Le risque de pauvreté touche désormais un Belge sur six

Le risque de pauvreté sur la base du revenu a atteint son niveau le plus élevé depuis 2004. ©Hollandse Hoogte / Chris Pennarts

En 2018, la Belgique comptait 2.250.000 pauvres. On constate que, sur les dix dernières années, les revenus ont augmenté de 11% chez la classe moyenne, mais d'à peine 3,2% chez les 5% des revenus les plus bas.

Le nombre de pauvres en Belgique a augmenté de 56.000 personnes au cours des dix dernières années. Quant au risque de pauvreté sur la base du revenu, il a atteint son niveau le plus élevé depuis 2004. Dans le même temps, l’efficacité de la protection sociale diminue, en particulier pour ceux qui travaillent avec charge de famille. Tels sont les conclusions alarmantes du rapport annuel du SPF Sécurité sociale sur l’évolution de la situation sociale et de la protection sociale en Belgique.

La pauvreté augmente

Partant de 2.194.000 personnes pauvres en 2008, la Belgique s’était fixé comme objectif de réduire ce nombre de 380.000 unités en 2018. Or c’est l’inverse qui s’est produit. Évidemment, entre-temps il y a eu la crise financière et ses conséquences sociales. En 2018, le nombre de pauvres s’élevait à 2.250.000, soit 56.000 personnes de plus que le niveau de départ.

60
pour cent
Une personne est considérée comme ayant un risque de pauvreté lorsque la médiane de ses revenus (c’est-à-dire le montant total des revenus nets, y compris le nouveau système des allocations familiales) est inférieure à 60% du revenu médian.

Malgré un bilan favorable en terme de création d’emplois, l’accès au marché du travail reste difficile pour les groupes les plus vulnérables et l’efficacité de la protection sociale diminue. Le risque de pauvreté avoisine désormais la moyenne européenne.

Au cabinet de la ministre des Affaires sociales Maggie De Block (Open Vld), on précise toutefois qu’il s’agit bien du risque de pauvreté, et non pas des personnes qui vivent réellement dans la pauvreté.

Une personne est considérée comme ayant un risque de pauvreté lorsque la médiane de ses revenus (c’est-à-dire le montant total des revenus nets, y compris le nouveau système des allocations familiales) est inférieure à 60% du revenu médian. Il se peut que certaines personnes n’atteignent pas ce seuil sans être pauvres pour autant. Prenons l’exemple d’un étudiant qui vit seul mais qui est aidé financièrement par ses parents. Inversement, certaines personnes vivent dans la pauvreté malgré le fait qu’elles dépassent ce seuil, du fait qu’elles ont de grosses charges.

Les inégalités se creusent

Les revenus disponibles des ménages en Belgique ont augmenté dans une mesure limitée en 2018, ce qui est conforme aux tendances internationales. Toutefois, ces augmentations concernent principalement les ménages ayant un taux d’emploi élevé et se situant au milieu de la répartition des revenus. Les ménages ayant peu ou n’ayant pas de travail rémunéré ou ayant un faible revenu sont laissés pour compte.

Entre 2004 et 2017, les 5% des revenus les plus bas n’ont augmenté que de 3,2%. Chez les 5 à 10% des revenus les plus bas, la progression est de 5,1%. L’augmentation concerne surtout la classe moyenne (+11%).

Pour les familles où les adultes travaillent moins de 20% de leur temps de travail potentiel, il y a eu une baisse de 8% du revenu médian par rapport à 2004. Pour les ménages dont l’intensité de travail est élevée, il y a eu une augmentation du revenu de 7 à 8%.

Surtout les "working poor"

Nous devons faire en sorte d’éliminer les obstacles empêchant de passer d’un emploi à temps partiel à un temps plein, notamment à l’aide de gardes d’enfants abordables.
Maggie De Block
Ministre des Affaires sociales

Là aussi, la ministre tient à replacer les chiffres dans leur contexte. Le fait que de plus en plus de personnes se situent en dessous du seuil du risque de pauvreté est partiellement dû aux mesures prises par le gouvernement, telles que l’activation et l’augmentation du revenu net. Cela peut sembler paradoxal, mais c’est ce qui a fait grimper la médiane des revenus. En d’autres termes, il n’est pas vrai, selon elle, que de plus en plus de personnes touchent moins. La réalité est que de plus en plus de personnes ont vu leur salaire augmenter, mais que, pour une partie d’entre elles, cette augmentation était inférieure à la médiane.

"Nous devons changer cela", admet-elle. C’est surtout le groupe des travailleurs à faible revenu (les "working poor") qui est le plus touché. "Notre souhait est que toute personne qui travaille puisse gagner assez pour dépasser le seuil du risque de pauvreté. Nous devons faire en sorte d’éliminer les obstacles empêchant de passer d’un emploi à temps partiel à un temps plein, notamment à l’aide de gardes d’enfants abordables. Il faut que les personnes à faible revenu puissent accéder plus facilement à des emplois mieux rémunérés, notamment à l’aide de recyclage professionnel, de trajets de transition, etc."

Les solutions préconisées par Maggie De Block

Plus globalement, la ministre estime que le meilleur moyen de se libérer du risque de pauvreté, c’est de travailler. "Nous souhaitons qu’il y ait une plus grande différence entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. Nous avons également fait en sorte que la dernière phase du tax shift puisse bénéficier aux revenus les plus faibles. Les effets de cette mesure ne sont pas repris dans l’analyse."

L’enveloppe bien-être doit être dépensée de manière plus ciblée.

Elle préconise aussi un filet de sécurité robuste pour soutenir les personnes qui traversent des difficultés passagères. "Nous avons chargé le SPF de mieux répertorier les groupes cibles afin que le nouveau gouvernement fédéral puisse prendre des mesures plus ciblées et plus efficaces."

Elle entend également revoir l’enveloppe bien-être. Celle-ci vise à adapter les indemnités au niveau de bien-être. "Bien que le gouvernement Michel l’ait toujours dépensée dans sa totalité, nous n’arrivons pas à ramener les citoyens au-dessus du seuil de pauvreté. L’enveloppe bien-être doit donc être dépensée de manière plus ciblée."

Par contre, augmenter les impôts pour assurer une meilleure redistribution n’est pas la bonne méthode, aux yeux de Maggie De Block. "Cela ne fera que baisser la médiane des revenus, et par conséquent, le seuil du risque de pauvreté. Le nombre de personnes en dessous du seuil diminuera, ce qui permettrait d’améliorer les chiffres. C’est très bien en théorie, mais en réalité, cela ne change rien à la situation de ceux qui vivent dans la pauvreté."


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