Le salaire réel des Belges a encore baissé en 2017, selon les syndicats

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La Belgique compte parmi les mauvais élèves européens en matière de pouvoir d’achat. Le salaire net augmente pourtant sensiblement défend-on au niveau du gouvernement.

Voilà qui devrait ajouter de l’eau au moulin des pourfendeurs du satisfecit affiché par le gouvernement Michel quant aux résultats de sa politique socio-économique. Selon le dernier Benchmarking Working Europe 2018 de l’Institut européen des syndicats (Etui), en 2017, la Belgique n’est pas sortie du groupe des mauvais élèves européens en termes de salaire réel. Il s’agit du revenu moyen par travailleur (contributions sociales inclues) pondéré par l’évolution des prix à la consommation.

Comme en 2016, et malgré le retour d’une croissance significative, le travailleur belge doit enregistrer, pour 2017, une baisse du salaire réel de 0,8%. "Alors qu’en 2016, seule la Belgique enregistrait une  baisse du salaire réel, ce groupe comprend aujourd’hui 6 pays", déplore la CES qui ajoute la Grèce, la Finlande, l’Espagne, l’Italie et le Royaume Uni. En dehors de la Grèce, ces pays ont par ailleurs vu augmenter la productivité de leurs travailleurs. Celle-ci est présentée comme la moyenne par travailleur de la production domestique brute. Pour la Belgique, cette hausse est de 0,6%.

Evolution des salaires européens en 2017. ©MEDIAFIN

Plus interpellant encore, le salaire réel en Belgique est 1,1% plus bas qu’en 2010 alors que durant la même période, la productivité augmentait de 6,6%. "Malgré tous les beaux discours sur la reprise économique, la situation des travailleurs dans plusieurs grands pays reste moins bonne qu’avant la crise, et ces travailleurs sont toujours perdants", fustige Esther Lynch, secrétaire confédérale de la Confédération européenne des syndicats. Et de réclamer des augmentations. "C’est essentiel non seulement pour l’équité sociale mais aussi pour stimuler la croissance et créer des emplois de qualité…"

"Malgré les beaux discours sur la reprise économique, la situation des travailleurs reste moins bonne qu’avant la crise."
Esther Lynch
Secrétaire confédérale de la Confédération européenne des syndicats.

Ce Benchmark 2018 avance trois éléments pour expliquer ces évolutions. Il déplore d’abord la sous-estimation de la non-occupation des travailleurs dans les statistiques officielles et la prise en compte insuffisante de ce ceux qui travaillent "involontairement à temps partiel et désirent prester plus d’heures". La Confédération évoque encore la nature précaire des nouveaux emplois créés et la perte de pouvoir des travailleurs et des organisations syndicales dans les négociations sur les salaires. C’est une des conséquences des politiques de flexibilisation menées dans de nombreux pays, relève l’étude syndicale. Selon elle, la décentralisation de la négociation salariale au niveau de l’entreprise n’a fait qu’affaiblir le pouvoir des organisations syndicales et in fine, des travailleurs eux-mêmes.

Chacun ses chiffres

Le ministre de l’Economie et de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) ne souhaite pas réagir et entrer dans une querelle de chiffres. La FEB préfère mettre les statistiques de l’OCDE en avant. On parle ici de salaires bruts annuels moyens à prix constant. "L’évolution pour la Belgique entre 2010 et 2016 est de +1.8% sur la période", dit l’organisation patronale.

Dans l’entourage du gouvernement, on ne conteste pas les conclusions syndicales sur le brut mais on préfère parler du salaire net. En Belgique, les indexations successives et le tax shift du gouvernement Michel auraient permis une augmentation de celui-ci de plus de 12,5% depuis 2010, fait-on valoir.


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