"Le stade national doit arriver à un moment ou l'autre"

©Saskia Vanderstichele

Sous le mandat de Marc Coudron, le hockey belge a engrangé une médaille d’argent aux JO, un titre de champion du monde, un autre d’Europe. Un nouveau stade national de 6 à 8.000 places serait suffisant, mais le projet peine à se concrétiser.

La semaine dernière, le hockey belge a subi un échec. Pas au niveau sportif, mais organisationnel. Notre pays n’accueillera pas la Coupe du monde 2022. Une petite déception. Mais Marc Coudron reste un président heureux. Il a de bonnes raisons. À la tête de la Fédération de hockey depuis 2005, il enchaîne les succès. Sous son mandat, le hockey belge a engrangé une médaille d’argent aux JO, un titre de champion du monde, un autre d’Europe.

On ne veut pas un stade à 50.000 places mais plutôt entre 6.000 et 8.000 places.
Marc Coudron
Président de la Fédération belge de hockey

Du côté du développement sportif, le succès du sport au stick est inarrêtable. Le nombre de membres a triplé en moins de quinze ans. Ajoutez à cela l’organisation réussie du dernier Euro à Wilrijk et le tout récent titre de mérite sportif pour les Red Lions et vous obtenez un assez bon résumé de la situation actuelle. Il reste néanmoins encore un sérieux chantier, celui d’un stade national.

Il y a une semaine, la candidature de la Belgique pour l’organisation de la Coupe du monde 2022 a été rejetée. Une nouvelle fois au profit de l’Inde. Quel est votre sentiment?

Notre proposition tenait la route. Celle de l’Inde était juste meilleure d’un point de vue financier (l’organisateur doit s’engager à verser au moins un million d’euros à la Fédération internationale de hockey NDLR). C’est très dommage. Bien entendu, cet aspect est capital, mais il n’est pas essentiel. Organiser trois fois sur quatre la Coupe du monde dans le même pays n’a aucun sens. Je n’ai rien contre l’Inde, mais dans aucun autre sport un pays n’oserait avoir une telle mainmise sur une Coupe du monde.

La Belgique n’a toujours pas de stade national. Cette candidature faisait-elle partie d’une stratégie pour faire avancer les choses?

Les dossiers n’étaient pas directement liés. Avoir le stade en 2022 aurait d’ailleurs été très compliqué. On partait plutôt sur le principe d’un stade provisoire. Cela dit, cela ne pouvait être que positif pour faire avancer la situation.

Aujourd’hui, il y a trois pistes concrètes pour le stade, une dans chaque Région.

Où en est le dossier aujourd’hui?

Cela fait depuis 2017 qu’on y travaille. On nous a d’abord dit qu’il fallait attendre les élections communales, puis les fédérales et régionales. Maintenant, on nous dit qu’il faut que tout le monde soit d’accord. C’est un peu lent et décourageant par moments. Je veux bien entendre qu’il s’agit d’un budget important, mais cela rien à voir avec d’autres projets. On parle ici de cinq à dix millions d’euros, suivant ce que l’on souhaite faire. Sur un projet à amortir sur 25 ans, ce n’est pas excessif. On ne veut pas un stade à 50.000 places mais plutôt entre 6.000 et 8.000 places. Cela correspond au premier anneau à Anderlecht ou à la taille d’un stade comme celui de l’Union Saint-Gilloise. Aujourd’hui, il y a trois pistes concrètes, une dans chaque Région: à Wavre, à Uccle et à Wilrijk. La solution de Bruxelles est notre premier choix. On continue les rendez-vous pour faire avancer les dossiers, mais nous sommes dépendants d’une décision politique.

Vous avez organisé la Coupe d’Europe cet été sans stade donc. Quel a été le bilan?

L’organisation a été excellente. Nous avons eu des louanges de tout le monde: des sponsors, des autres équipes, du public… C’est d’ailleurs ce qui nous a poussés à soumettre notre candidature.

Le succès était-il aussi financier?

Nous avions vendu l’organisation à Golazo, ce qui nous a permis de toucher quelques centaines de milliers d’euros. Une somme fixe était prévue avec un supplément en cas de bénéfices. Ce fut le cas, nous avons donc touché un peu plus que prévu. C’est important, mais l’objectif était d’organiser avant tout une grande fête du hockey et ne pas faire de pertes.

Si l’organisation de l’Euro avec des infrastructures temporaires a été largement saluée et que vous en êtes sortis bénéficiaires, pourquoi un stade national est-il nécessaire?

Organiser une Coupe du monde ou d’Europe est une chose. Mais chaque année, nous participons aussi à la Pro League (un championnat international réservé aux meilleures équipes nationales du monde). Nous devons organiser 16 matches à domicile par an: 8 pour les Red Panthers et 8 pour les Red Lions. Pour ces rencontres, on doit à chaque fois installer du provisoire. En gros, cela nous coûte environ 250.000 euros par an. C’est donc de l’argent qu’on jette par les fenêtres. La Pro League est prévue jusqu’au moins 2022. Si le stade arrive après, cela signifie qu’on aura gaspillé près d’un quart de son prix dans des installations éphémères. Il faut trouver une solution. Le stade doit arriver à un moment ou l’autre. On est le seul pays du top dix mondial à ne pas en avoir.

Quand j’ai commencé à jouer en équipe première en 1985, le hockey était perçu en Flandre comme un sport de francophones, en Wallonie comme un sport de Bruxellois et à Bruxelles comme un sport de snob. Cette image a complètement changé. Aujourd’hui, le hockey est un sport belge.

Où en êtes-vous au niveau du développement du hockey en Belgique?

Nous venons tout juste de passer les 51.000 membres. Quand je suis arrivé à la présidence en 2005, nous étions 16.000. Nous avons donc triplé en moins de 15 ans. C’est une évolution avec beaucoup de conséquences. Pour donner des chiffres, un terrain peut accueillir 500 membres. Cela signifie que nous en avons construit 70 nouveaux. 35.000 membres en plus, cela fait environ 1.500 équipes et donc un besoin de 1.500 coachs, 1.500 entraîneurs, 1.500 managers… Il y a un énorme travail à mettre au crédit des clubs.

Craignez-vous que la croissance finisse par se tasser?

Nous n’avons jamais eu comme objectif d’avoir 50.000 membres. Notre ambition est de proposer un accueil de qualité pour tout le monde, en gardant nos valeurs de respect, d’esprit d’équipe et de fair-play. Si on construit sur cette base, il n’y a aucune raison que cela ne continue pas. L’un des développements importants a été l’évolution de l’image de notre sport. Quand j’ai commencé à jouer en équipe première en 1985, le hockey était perçu en Flandre comme un sport de francophones, en Wallonie comme un sport de Bruxellois et à Bruxelles comme un sport de snob. Cette image a complètement changé. Aujourd’hui, le hockey est un sport belge. Il y a un parfait équilibre entre les deux communautés et également au niveau du genre. Dans les années 2000, moins de 20% de membres étaient des femmes. Nous sommes maintenant à plus de 40% et on devrait être à la parité d’ici 2023.

Un Red Lion touche entre 1.200 et 2.000 euros brut par mois pour s’entraîner presque tous les jours.

Que vous inspire le titre du mérite sportif reçu par les Red Lions la semaine dernière?

C’est un immense honneur. On l’a aussi reçu en 1959, il y a tout juste 60 ans. C’est donc très symbolique. Ce qu’ils ont réalisé est historique. Jamais un sport collectif belge n’a été champion d’Europe ou du monde. Ils ont fait les deux en neuf mois. L’année prochaine, ils seront champions olympiques. Ils sont sur les traces de Nafi Thiam (rires).

Quel est le budget de fonctionnement de la Fédération?

Il est d’environ 7,8 millions d’euros. Il comprend tout, y compris le budget pour les équipes nationales. Pour cet aspect, cela reste toutefois assez faible. Un Red Lion touche entre 1.200 et 2.000 euros brut par mois pour s’entraîner presque tous les jours. Ils ne sont plus amateurs, mais je ne suis pas certain qu’on puisse parler de professionnalisme avec de telles sommes. Ils gagnent un peu plus que les filles, mais simplement parce que leur position au ranking mondial est meilleure.

Un tel budget est-il suffisant?

Nous étions à 1,25 million d’euros en 2005. On ne doit donc pas se plaindre. Nous avons une évolution constante avec une belle aide des sponsors et des subsides. La hausse du nombre de membres a aussi permis d’accroître les fonds. Nous avons obtenu un peu plus de deux millions d’euros en plus grâce aux cotisations des nouveaux membres. Nous sommes une ASBL, l’objectif n’est pas de faire de l’argent, mais de ne pas en perdre non plus. Il n’y a jamais eu de gros bénéfices, mais nous n’avons jamais été en perte. On fait quelques dizaines de milliers d’euros de bénéfices annuellement, qu’on met de côté en cas de plus mauvaise année. Nous n’avons pas des millions d’euros sur le compte. L’idée est simplement de ne pas dépenser les euros que nous n’avons pas.

Avant les Jeux Olympiques de 2016, vous aviez annoncé une médaille pour les Red Lions. Qu’annoncez-vous pour Tokyo?

L’or. L’équipe ne souhaite aucune autre médaille. Ce n’est pas de l’arrogance, mais juste la conscientisation de la qualité de l’équipe et du staff. Avant la Coupe du monde, l’équipe a annoncé qu’elle y allait pour l’or. Elle a dit pareil avant l’Euro. À Rio, l’ambition était une médaille. Quand les joueurs ont gagné leur demi-finale, ils ont atteint leur objectif. Il ne faut pas remettre cela en cause, mais il a peut-être manqué les 2-3% d’adrénaline supplémentaire pour faire la différence en finale. Pour Tokyo, ils ont tout pour le faire et ils sont affamés.

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