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Le travail hybride, une opportunité à saisir

Le travail hybride, qui succède à 1 an de télétravail, n’est pas une solution toute faite. Une préparation est nécessaire. Comment? En renforçant les trois piliers du célèbre modèle "bricks, bytes & behaviour".

Maintenant que l’on voit enfin la lumière au bout du tunnel, l’économie se prépare pour l’avenir: le "travail hybride". Bien que je sois absolument favorable à cette combinaison de travail au bureau et de travail à domicile, je remarque actuellement que les entreprises risquent de faire une grave erreur en pensant que le travail hybride sera une solution en soi.

Lode Godderis, CEO d’IDEWE ©Kristof Vadino

Tout le monde s’est plié en quatre l’année dernière, et je m’attends en conséquence à une vague de problèmes de santé mentale et d’incapacités de travail. Un nouveau système de travail qui n’est pas adapté aux travailleurs compromet leur bien-être et la continuité de l’entreprise. Heureusement, il y a aussi une bonne nouvelle: les employeurs qui s’y prennent bien bénéficieront du vent de changement qu’a apporté la crise en termes de flexibilité du travail.

Mais évoquons d’abord la mauvaise nouvelle: 50% des télétravailleurs se sentent épuisés et 55% se plaignent de douleurs au niveau du dos et de la nuque. 20% éprouvent de l’anxiété, 16% du stress et 15% ressentent une influence négative du travail sur leur vie privée. Les causes sont nombreuses et souvent liées entre elles. La forte augmentation du temps d’écran rend le travail très épuisant. Et les douleurs sont caractéristiques de nos postes de travail à domicile non ergonomiques.

Les entreprises qui ne font pas cet effort s’exposent à un absentéisme massif.

Autant de problèmes qui peuvent être résolus, faisant du télétravail une moitié potentiellement positive du travail hybride. Mais les entreprises qui ne font pas cet effort s’exposent à un absentéisme massif.

Le retour au bureau ne va pas de soi

Heureusement, il reste l’autre moitié. Parce que travailler à nouveau au bureau plusieurs jours par semaine, c’est ce que nous voulons tous, n’est-ce pas? Cette hypothèse de business as usual est également trop simpliste. Après une pandémie aussi dramatique, il est irréaliste de penser que tous les travailleurs voudront retourner au bureau. Et pour ceux qui le souhaitent, nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu’après une année, ils puissent immédiatement fonctionner dans un bureau traditionnel.

Comme toute crise, celle-ci a aussi ses bons côtés. Elle a permis aux opposants extrêmes au télétravail de constater que c’était possible de donner et de prendre des libertés, sans affecter négativement la qualité et la quantité des prestations. Il appartient désormais à l’ensemble des acteurs de notre économie de se préparer à un mode de travail hybride à l’épreuve du temps. Personnellement, je préfère parler de "human-based working" ou "activity-based working": qui implique une vision réfléchie et accordée au bien-être de chacun.

Comment y parvenir? En renforçant plus que jamais les trois piliers du célèbre modèle "bricks, bytes & behaviour". Le premier concerne l’environnement de travail physique, tant à la maison qu’au bureau. Après cette pandémie, il va de soi que des aspects tels qu’une bonne Health-Safety Rating et des normes de ventilation strictes au bureau représentent le strict minimum. Et quand on envisage de construire ou de rénover un nouveau lieu de travail, on doit de préférence respecter les normes les plus modernes en matière de santé et de bien-être. Je suis également fermement convaincu que nous devons nous détacher du bureau paysager au profit des "energy & meeting spaces".

Parvenir au meilleur des deux mondes

Et comment allons-nous maximiser le rendement et le bien-être des collaborateurs au niveau du "behaviour" (comportement)? Là aussi, il y a de nombreuses étapes à franchir. Une évolution vers la planification flexible axée sur les résultats par exemple. Et comment faire en sorte que notre temps au bureau (réunions et la cocréation) et à la maison (tâches solitaires) soit rentabilisé au maximum?

Il est aussi essentiel d’impliquer les travailleurs dans ces décisions et de les tenir bien informés.

Quant à eux, les "bytes" technologiques doivent rendre notre travail hybride plus facile et plus agréable au lieu de le rendre plus fatigant. Il est aussi essentiel d’impliquer les travailleurs dans ces décisions et de les tenir bien informés.

En bref, le travail hybride peut réunir le meilleur des deux mondes, une possibilité dont nous osions à peine rêver il y a un an. Saisissons donc cette opportunité à deux mains, dans l’intérêt de tous.

Par Lode Godderis, CEO d’IDEWE (service externe de prévention), professeur de Médecine du travail à la KU Leuven et membre du GEMS (Groupe d’experts de stratégie de crise pour la COVID-19)

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