Le verdict est tombé: Emir Kir est exclu du Parti Socialiste

Emir Kir ©BELGA

La décision de la commission de vigilance du PS bruxellois constitue un petit séisme pour le parti. En se privant des services du bourgmestre tennoodois, le PS montre qu'il ne tolère plus d'écart quant à sa ligne et ses valeurs.

C'est officiel, Emir Kir est exclu du PS. Formellement, le maïeur de Saint-Josse fait les frais de sa rencontre en décembre dernier avec des maires turcs membres du MHP, un parti ultranationaliste d’extrême droite, proche de l’organisation paramilitaire des Loups gris. La commission de vigilance, saisie par un militant, statuait en théorie uniquement sur cette question. Jeremie Tojerow, le militant socialiste à la base de la plainte à l'encontre d'Emir Kir examinée par la commission de vigilance du PS, a tenu à saluer une "une décision difficile, mais qui restaure l'honneur des socialistes".

Le président du Parti socialiste Paul Magnette s'est également exprimé ce samedi. Il a déclaré "prendre acte" de la décision de la commission de vigilance de la fédération bruxelloise du PS. "Cette sanction fait suite au non-respect du cordon sanitaire. Pour le PS, son respect s'impose vis-à-vis de tous les élus d'extrême droite, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent", a-t-il exposé.

La séquence n’était pas neuve sur le fond. En 2018, Emir Kir avait, par exemple, déjà relayé sur les réseaux sociaux une autre rencontre avec un maire turc d’extrême droite. Quelques années auparavant, son absence lors d'une minute de silence organisée à la Chambre pour commémorer le génocide arménien créait la polémique et mettait son parti dans une position délicate. 

"Je réaffirme sans ambiguïté qu'il s'agissait d'une erreur d'appréciation de ma part. A l'avenir, je ferai preuve de plus de vigilance."
Emir Kir

Conscient du risque qu'il encourait en comparaissant devant la commission de vigilance, Emir Kir avait tenté d'éteindre l’incendie en début de semaine.  "Je réaffirme sans ambiguïté qu'il s'agissait d'une erreur d'appréciation de ma part. A l'avenir, je ferai preuve de plus de vigilance", avait-il lancé sur twitter, rappelant au passage son "attachement aux valeurs du PS" et sa "condamnation de l'extrême droite sous toutes ses formes". 

Depuis, l'élu tennoodois s'est fendu d'une série de tweets, réagissant à son éviction du PS. Emir Kir ne s'est pas encore exprimé quant à la possibilité d'aller en appel de la décision prise à son encontre. Il dispose d'un délai d'un mois pour actionner la procédure. 

Gérer l'après Kir

Au-delà de cette marque de repentir feutré, l'homme avait fait monter au front plusieurs de ses soutiens, dont le premier échevin d'Ixelles, Bea Diallo, et le président du parlement bruxellois, Rachid Madrane. Ses efforts furent vains. La sanction est lourde de conséquence pour le PS. Crédité de 18.520 voix à Bruxelles lors des élections fédérales de mai dernier, Emir Kir était une véritable locomotive électorale pour son parti.

Certains socialistes soutiennent Emir Kir

Les élus socialistes de la Liste du Bourgmestre de Saint-Josse-Ten-Noode ont réaffirmé samedi leur soutien au bourgmestre de la commune, Emir Kir, exclu du PS, a indiqué le président de la Ligue Ouvrière de Saint-Josse, section socialiste locale Luc Fremal. Les militants de la section seront convoqués dans les prochains jours en assemblée générale afin de se prononcer eux aussi à ce propos.

"Nous, les élus socialistes de la Liste du Bourgmestre de Saint-Josse, réaffirmons notre soutien plein et entier à l'égard de notre bourgmestre Emir Kir qui a toujours été un homme de gauche dans son engagement politique et ses actions. Une Assemblée Générale des militants se réunira dans les prochains jours afin de se prononcer souverainement sur leur soutien à l'égard du bourgmestre", a communiqué Luc Fremal via l'agence Belga.

Gérer l’après-Kir pourrait s’avérer une véritable gageure pour les socialistes. Dans la capitale, ils devront trouver des candidats solides pour espérer flirter avec les scores électoraux de leur ancien bourgmestre, du moins dans son bastion tennoodois. Au sein de la fédération bruxelloise, le risque d’un accroissement des tensions entre partisans et détracteurs de M. Kir est plus présent que jamais.

Le député socialiste bruxellois Emin Ozkara a d'ailleurs annoncé via les réseaux sociaux qu'il siégerait dorénavant comme indépendant. "Par la présente, je vous informe que j'ai décidé de siéger comme indépendant au Parlement régional bruxellois, à la Commission communautaire commune de Bruxelles-Capitale, au Parlement francophone bruxellois et au Conseil communal de Schaerbeek, et cela dès à présent", a-t-il écrit sur Facebook.

Enfin, au fédéral, les socialistes disposeront d’un siège de moins à la Chambre, ce qui aura pour conséquence de faire perdre sa majorité à une potentielle coalition arc-en-ciel (socialistes, libéraux et écologistes), hypothèse principale développée par Paul Magnette lorsqu’il était informateur.

En écartant l’un de ses poids lourds électoraux, le PS a démontré qu’il n’entendait plus transiger avec sa ligne et ses valeurs. Cet acte de courage politique lui permettra-t-il de regagner des voix perdues dans des communes du sud de Bruxelles, une zone où le Tennoodois était loin de faire l’unanimité ?  Le pari est ambitieux.

Et pour Emir Kir, de quoi sera fait l’avenir ? Trop tôt pour le dire, mais ses excellents résultats électoraux pourraient bien aiguiser les appétits d’autres formations politiques sur la scène bruxelloise. Fort de ses résultats électoraux, il pourrait aussi très bien se lancer seul face aux électeurs.

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