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Les chantiers de Georges-Louis Bouchez à la tête du MR

Charles Michel s’est rendu en personne au siège du MR, ce vendredi, pour féliciter le nouveau patron du mouvement. ©BELGA

Le Montois emporte l’élection interne avec 62% des suffrages. Il devra rassembler le parti, clarifier sa ligne et monter une nouvelle équipe dirigeante pour enrayer l’érosion électorale des libéraux.

Les urnes ont parlé. Georges-Louis a été élu vendredi soir président du Mouvement réformateur avec une confortable avance sur son concurrent, Denis Ducarme. Le Montois obtient presque 62% des suffrages des quelque 14.400 membres qui ont participé valablement au deuxième tour de cette élection interne. Avec 38%, Denis Ducarme n’a pas démérité. À 33 ans, "GLB" participe donc au changement de génération que connaissent la plupart des partis politiques belges.

"Si c’est pour faire du communautaire, ce sera sans le Mouvement réformateur."
Georges-Louis Bouchez Président du MR

Denis Ducarme a été le premier à réagir pour saluer la victoire de son opposant. La campagne a permis "à l’ensemble des sensibilités libérales et réformatrices de s’exprimer en rappelant leurs spécificités", a analysé le ministre fédéral en se disant disponible pour rassembler le MR. Il invite Georges-Louis Bouchez à "poser des actes qui rassemblent à court et à moyen terme". Voici les défis à court terme de cette nouvelle page qui s’ouvre pour les libéraux. 

Georges-Louis Bouchez devra d’abord se mettre dans le bain fédéral en supervisant la représentation du MR dans le cadre de l’information royale de Paul Magnette. Une mission jusqu’ici endossée par Sophie Wilmès, Première ministre. Il devra apprendre rapidement le néerlandais, dit déjà son entourage.  "Les libéraux seront du côté de la solution", disait-il dans la foulée de son élection. En ce qui concerne ses préférences en matière de coalition, le Montois a indiqué qu’il n’entendait pas être séparé de l’Open Vld. Il se dit également prêt à travailler avec la N-VA. Si celle-ci entend imposer un débat communautaire "ce ne sera alors pas avec le MR", affirme-t-il.

Pas peur du combat

"Il incarne un changement mais dans la continuité de Charles Michel dont l’ombre devrait encore planer sur le parti pendant un certain temps."

En interne, il est également attendu. "Il incarne un changement mais dans la continuité de Charles Michel, dont l’ombre devrait encore planer sur le parti pendant un certain temps", glisse un libéral. Ses qualités sont reconnues par tous: sa jeunesse, sa fougue, son énergie, son habileté dans les débats, son engagement et sa faculté de mouiller le maillot, d’aller au contact de ses électeurs. Bref, il n’a pas peur du combat. "Ce fut un grand partisan du clash contre Ecolo durant la campagne électorale", rappelle-t-on au MR. 

Cette virulence à l’égard des écologistes a d’ailleurs permis aux libéraux de limiter la casse électorale, il en reste persuadé. Sur le moment, cette stratégie en a indisposé plus d’un chez les bleus. Cette campagne interne aura toutefois conduit "GLB" à lisser son profil qui demeurait extrêmement clivant jusqu’alors. Il aura besoin de finesse pour remettre le parti  qui subit une érosion à l’instar des autres partis traditionnels  sur les rails du progrès électoral. Sa "chance", c’est d’hériter du parti alors que celui-ci, avec 14 députés fédéraux, est au plus bas.Voici quelques-uns des défis qui l’attendent.

Rassembler le parti

À l’évidence, Denis Ducarme n’aura pas fait de la figuration lors de cette campagne. Il a reçu le soutien d’un quart des militants électeurs du MR au premier tour et 38% au deuxième, ce n’est pas rien. Maintenant, l’inimité entre les deux hommes a été exacerbée par cette présidentielle avec un Georges-Louis Bouchez qui n’a pas digéré - et ne digérera probablement jamais - la quatrième place que lui a donné le patron du MR hennuyer sur la liste fédérale pour les dernières élections. Malgré un excellent score personnel, il n’a pas pu être élu et a dû se rabattre sur un siège de sénateur coopté après avoir été le porte-parole du MRdurant la campagne.

La position de Denis Ducarme risque d’être difficile dans les mois à venir.

La position de Denis Ducarme risque donc d’être difficile dans les mois à venir. Fera-t-il l’objet de représailles? Dans les coulisses du MR, on entend que Georges-Louis Bouchez opérera en douceur pour ne pas paraître revanchard. Le scénario qui circule avec le plus d’insistance veut que Denis Ducarme, ministre fédéral, ne soit plus reconduit à ce niveau de pouvoir si le MR remonte au gouvernement, ce qui a de fortes chances d’arriver quelle que soit la coalition. Les libéraux n’hériteraient alors que de deux postes ministériels, avec à la limite, un secrétaire d’État. Contre sept aujourd’hui.

Le problème de Bouchez c’est que les deux poids lourds fédéraux, Wilmès et Ducarme, ne lui sont pas proches. La Première ministre en affaires courantes a soutenu Georges-Louis Bouchez pour cette présidentielle mais ce fut plus dans la continuité de sa loyauté envers Charles Michel que par réelle adhésion. Georges-Louis Bouchez "craint d’être coupé du gouvernement", dit-on, si Wilmès et Ducarme continuent de représenter seuls le MR au fédéral. D’où l’idée d’envoyer Jean-Luc Crucke  un des soutiens de Georges-Louis Bouchez  dans le prochain gouvernement fédéral, laissant un portefeuille ministériel wallon à Denis Ducarme qui serait ainsi écarté sans être tué politiquement. À confirmer naturellement.

Georges-Louis Bouchez ©Anthony Dehez

La campagne présidentielle a également fait émerger un courant plus social autour de la candidature de l’échevine liégeoise Christine Defraigne. Celle-ci a demandé une place à part entière au sein du mouvement, à l’image du MCC de Gérard Deprez. Une demande que Georges-Louis Bouchez a annoncé ne pas souhaiter rencontrer. Ce refus a provoqué le soutien de Defraigne (à titre personnel) à Ducarme et n’a pas empêché la structuration de ce courant en un "Rassemblement des libéraux progressistes". L’avenir dira quel est le poids réel de ce rassemblement et quelle place cette tendance réussira à prendre au sein du Mouvement réformateur.

Signalons aussi que Georges-Louis Bouchez n’incarne en rien la rupture avec la N-VA que certains libéraux plébiscitent. Fidèle à sa ligne plutôt droitière, il a encore répété cette semaine dans la presse que le "plan A" demeurait que le prochain gouvernement associe les nationalistes. La proximité parfois affichée entre le MR et la N-VA a pu effrayer certains libéraux et participer à l’érosion du parti.

Bien s’entourer

La campagne présidentielle a fait émerger un courant plus social autour de la candidature de l’échevine liégeoise Christine Defraigne.

Un président de parti doit s’entourer. Bien s’entourer, d’expertise dans tous les domaines de la politique. Au MR, on le confesse, Georges-Louis Bouchez ne dispose pas réellement d’un cercle d’experts ni même de beaucoup de proches en mesure d’accompagner sa présidence avec la loyauté et la confiance requises. Le Montois a construit quasi seul sa notoriété au départ de son opposition à Elio Di Rupo au niveau local. Même s’il a pu compter sur le soutien de l’appareil du parti par la suite,"il est relativement seul", admet-on au MR.

Vu ses nombreux soutiens, il ne devrait pas éprouver trop de difficultés à dénicher les sherpas nécessaires. Mais ce sera une équipe à construire. Reste également entière la question de savoir si Valentine Delwart, qui formait un tandem aussi indéfectible qu’efficace avec Charles Michel à la tête du parti, restera ou non secrétaire générale du MR. Ce dénouement électoral ne sonne que le début de changements profonds au Mouvement réformateur.

Fédéral | De wolf ou Goffin

Ce sera probablement la première décision politique du nouveau président du MR: fixer le casting du gouvernement fédéral en affaires courantes. Dimanche, Didier Reynders prendra ses fonctions de commissaire européen, laissant en jachère des compétences importantes au sein du gouvernement Wilmès. Les autorités européennes ont fait savoir qu’elles ne toléreraient pas une minute de cumul entre le mandat de ministre du libéral et ses nouvelles fonctions.

La décision devrait donc tomber samedi. Où en sont les réflexions au MR? Il semble acquis que Daniel Bacquelaine, ministre des Pensions deviendra vice-Premier ministre. La Défense est le plus souvent destinée à Denis Ducarme, restent les Affaires étrangères, pour lesquelles Philippe Goffin et Vincent De Wolf sont en balance, semble-t-il. Le nom de Kattrin Jadin, députée fédérale germanophone, circule également. À Bruxelles, la jeune garde plaide pour que le bourgmestre d’Etterbeek obtienne enfin un poste de ministre.

Pour assurer une représentation bruxelloise au sein du gouvernement et se charger notamment des fonds fédéraux Beliris, entend-on. Et peut-être aussi pour simplifier la campagne qui s’engage pour la succession de Didier Reynders à la présidence régionale, pour laquelle Vincent De Wolf pourrait concourir.

D’autres candidatures se profilent dont celle du bourgmestre d’Uccle Boris Dilliès ou encore celle de David Leisterh, député bruxellois et proche de Georges-Louis Bouchez. Il n’est pas non plus exclu que les jeunes nouveaux élus régionaux se rangent derrière la candidature toujours possible d’Alexia Bertrand, cheffe de groupe MR au Parlement bruxellois.

Dans les médias flamands, on évoque aussi un CD&V souhaitant récupérer les Affaires étrangères. Impossible, car il y a un accord au sein de l’exécutif pour que les libéraux francophones conservent le poste, réplique-on au sein du MR.


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