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Les clés d'une bonne stratégie de promotion du vaccin

©AFP

La transparence totale sur le développement, l'achat des vaccins et sur les intérêts des scientifiques, un choix judicieux de relais de communication et la confiance des généralistes seront les piliers d'une bonne information du public.

Alors que la perspective d'un vaccin contre le Covid-19 se précise, les autorités du pays se mettent en ordre de marche pour en assurer, dès que possible, une promotion efficace auprès de la population. En Belgique comme ailleurs, demeure une méfiance non négligeable à l'égard d'une technique qui a pourtant fait ses preuves. Selon un sondage commandé par le quotidien flamand Het Nieuwsblad, seuls 36% des Belges sont prêts à se faire vacciner "le plus vite possible". Ils sont 17% à se dire totalement hostiles à toute vaccination. Cette problématique est depuis longtemps un "immense problème" de santé publique, rappelle Michel Moutschen, chef du service des maladies infectieuses et de médecine interne au CHU de Liège. Les causes en sont multiples: effets secondaires exagérés dans certains discours, méfiance à l'égard de l'industrie, orthodoxie religieuse, effet supposé des adjuvants, expose notamment le spécialiste. "On perdrait son temps à essayer de convaincre les anti-vaccins irréductibles", ajoute Michel Goldman, son confrère de l'ULB. "Le plus grand défi sera de cibler les hésitants." Ceux-ci sont encore très nombreux.

36%
Selon un sondage commandé par le quotidien flamand Het Nieuwsblad, seuls 36% des Belges sont prêts à se faire vacciner "le plus vite possible"

Lundi, une task force vaccination a été mise sur pied pour définir une stratégie nationale. En son sein, une cellule présidée par le professeur Yvon Englert (ULB) sera plus spécifiquement chargée de la communication au public de cette stratégie. Les spécialistes en dessinent déjà les grands principes. Michel Goldman plaide avant tout pour la transparence. "De la part de tous les protagonistes", insiste-t-il en citant toutes les données des recherches menées par les entreprises productrices des vaccins, les régulateurs du secteur des produits de santé, les autorités publiques quant aux conditions dans lesquelles elles ont négocié l'achat des vaccins, mais aussi les experts scientifiques, en particulier ceux qui s'expriment dans les médias, sur leurs liens avec l'industrie pharmaceutique. "Ces liens ne les disqualifient pas mais il faut qu'ils soient connus", poursuit-il. Objectif: éviter que le manque de transparence ne serve d’arguments "dans les discours poujadistes de ceux qui s’opposent au déploiement des vaccins".

Autre principe essentiel : "veiller à utiliser les bons relais", poursuit Michel Goldman. Il pense évidemment aux réseaux sociaux. "Les bons influenceurs ne sont pas nécessairement les grands scientifiques, la communication des industriels est trop souvent inspirée par des préoccupations de marketing et du côté des autorités politiques, on a souvent peur de reconnaître les incertitudes inhérentes à l’introduction de tout nouveau produit de santé."

"Les généralistes ne sont pas suffisamment consultés alors que ce sont des partenaires essentiels, il faut en faire de vrais ambassadeurs plutôt que des exécutants."
Michel Goldman
Immunologue (ULB)

Tant pour Michel Goldman que pour Michel Moutschen, les médecins généralistes sont une clé majeure de la communication à mettre en œuvre. Ce sont "des relais de proximité qu'il faut convaincre" compte tenu du capital confiance dont ils jouissent auprès de leurs patients. "Je suis sûr qu'ils peuvent convaincre 90% des vaccino-hésitants", estime le second cité. "Dans cette pandémie, ils ne sont pas suffisamment consultés alors que ce sont des partenaires essentiels, il faut en faire de vrais ambassadeurs plutôt que de simples exécutants", ajoute Michel Goldman.

"Lorsque la maladie n’est plus crainte, on est plus réticent à se faire vacciner et l’on devient plus sensible aux allégations des anti-vaccins."
Michel Goldman

Ce dernier insiste sur l'urgence qui s'impose. "Il faut anticiper ce qui va se passer à la sortie de cette phase critique où le virus circule intensément : lorsque la maladie n’est plus crainte, on est plus réticent à se faire vacciner et l’on devient plus sensible aux allégations des anti-vaccins."

Pour l'heure, l'obligation de vacciner n'est pas à recommander, elle donnerait du grain à moudre aux anti-vaccins. Et si la communication ne suffit pas à convaincre les 70% de Belges vaccinés, objectif du gouvernement? "Compte tenu de l'impact du virus sur la vie sociale et si l'on démontre que le vaccin protège et empêche sa circulation (ce dernier aspect n'est pas établi, NDLR), on est en droit de le rendre obligatoire", estime Michel Moutschen. "Ce serait dommage d'en arriver là, il vaut mieux créer un grand engouement avec l'aide de la population."

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