Les coulisses

©Nicolas Vadot

Un Européen convaincu qui s'adressait surtout à la Flandre…/Un nouveau drapeau belge: bienvenue dans Jupilerland/Visite d'entreprise sous haute surveillance/Des oreilles qui sifflent/Le joli lapsus de la semaine/L'exemple viendra-t-il du haut de la hiérarchie?

Les dessous d’une interview…

Le restaurant "Il Doge" est bien connu à Louvain-la-Neuve. Ce jour-là, il affiche complet. Mais dans l’arrière-salle, une seule table est occupée. Herman Van Rompuy termine tranquillement son dessert, entouré de ses hôtes de l’Institut d’études européennes de l’UCL, dont le politologue Vincent Dujardin. Celui qui fut le premier président du Conseil européen ces cinq dernières années prévient d’emblée: "Je ne donne pas d’interview sur l’actualité!" Cela tombe mal: on venait justement pour l’interroger sur la crise grecque, au moment où les ministres des Finances de la zone euro tenaient une téléconférence pour statuer sur une prolongation de l’aide… Mais on ne perd pas espoir de recueillir son avis sur la partie d’échecs qui se joue entre Athènes et le reste de la zone euro. Et l’on fait bien, comme en témoigne l’interview publiée mercredi dans L’Echo. Peut-être "HVR" a-t-il changé?

… et la petite digression d’Herman Van Rompuy.

Au détour de la conversation, l’éminence du CD&V fait une digression qui ne manque pas de sel sur la conception qu’il avait de son mandat.

Présider le Conseil européen, ce n’est pas se prétendre le Barack Obama européen, mais c’est bâtir des ponts entre les vingt-huit dirigeants. Et pour ce faire, la discrétion est d’or. "On doit chercher des solutions, pas chercher une solution à un problème qu’on a créé soi-même" en parlant trop, explique-t-il. Et le sel dans tout ça? Il arrive. "Je ne donnais jamais d’interviews. Deux ou trois? Et le plus souvent dans la presse belge où j’étais certain que ça ne dépassait pas les frontières." On s’étrangle… Mais attendez, ça nous rappelle un grand moment de radio. C’était en décembre dernier sur la chaîne française BFM Business. Le journaliste Jean Quatremer se lançait dans une diatribe sur l’émission de Yann-Antony Noghès "500 millions d’Européens". "Herman Van Rompuy a été inexistant. Il a été inexistant sur le plan intérieur, parce qu’il n’a pas du tout communiqué avec les citoyens européens pendant cinq ans, alors que c’était un des rôles auxquels avait pensé Valéry Giscard d’Estaing, l’auteur de cette idée de créer un poste permanent de président du Conseil européen. (…)", s’emballe le journaliste de "Libération".

Et Nogès, pince-sans-rire, de l’interrompre: "Vous êtes difficile Jean Quatremer, parce que tout de même Herman Van Rompuy a régulièrement répondu à des interviews. Pas forcément toujours de la presse européenne, mais de la presse flamande… Toutes les semaines, il était à la télévision flamande ou alors il répondait à des journaux flamands", lâche-t-il ironique, pendant que ses chroniqueurs se fendent la poire.

Voilà, on le sait maintenant, c’était pleinement assumé…

Les Diables aux couleurs des Jupilériens…

Durant la Coupe du monde de football 2014 au Brésil, le brasseur AB InBev avait distribué des drapeaux belges floqués à la marque Jupiler. À côté de la mention "Belgian Red Devils" placée dans la partie rouge du drapeau, le taureau emblématique de la marque de pils liégeoise trônait au centre du jaune, surplombant le nom de la marque. Ce cadeau publicitaire avait rencontré un grand succès durant le Mondial. "Des enfants ont même demandé à leurs parents si le drapeau belge avait été modifié!", a confié, hilare, Carlos Brito, le CEO d’AB InBev, devant un parterre de journalistes venus découvrir les résultats annuels du géant belgo-brésilien. C’est vrai qu’un drapeau national dédié à une marque de bière, ça le fait… Super-opération de marketing. Imaginez: on vous apprendrait que vous habitez désormais non plus la Belgique ou la Wallonie, mais JupilerLand, juste à côté de Stella ou de MaesLand! Quel bonheur… Au prochain Mondial, les Diables rouges défendraient les couleurs des Jupilériens (on n’en est pas si loin, du reste, avec la "Jupiler League"). Du côté de Jupille, on s’en réjouirait. On plaindrait en revanche nos voisins français s’ils devaient vivre dans le KronenburgLande (avec un "e" final) ou, pire, le 1664Lande…

Visite royale de niveau 3…

Le Roi Philippe a visité jeudi la bonne ville de Haacht, ainsi que le groupe de communication et imprimerie Artoos-Hayez à Kampenhout. Comme la Belgique est placée en niveau d’alerte 3 sur une échelle de 4, on n’a pas rigolé avec la sécurité. Pas question de bain de foule, ni de public massé sur les trottoirs. L’entreprise élue a dû barricader tous ses accès une heure et demie avant la visite, tandis que sa direction s’est vu demander si elle se portait garante de son personnel — elle a répondu oui, bien évidemment. Pas question d’improviser. Dommage pour la spontanéité et l’émotion, que ce genre d’événement devrait au contraire susciter ou stimuler. Enfin, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Artoos-Hayez a tout de même réservé une surprise à son auguste hôte: elle lui a offert, à la fin de son tour, un petit livre imprimé décrivant sa visite, photos à l’appui! Le tout ayant été concocté en moins d’une heure… Désormais, on pourra parler de "Speedy Artoos"…

"Nous ferons tout pour rester un partenaire faible, heu fiable, à plus long terme."
Le lapsus de Steven Vandeput, le ministre de la défense

Les oreilles de De Crem sifflent

Les oreilles de l’ancien titulaire du portefeuille de la Défense, Pieter De Crem, ont quelque peu sifflé cette semaine suite à un débat mardi au sein de la commission "Cour des Comptes" au Parlement. L’institution présentait devant quelques députés son rapport à mi-parcours sur la construction du nouveau siège bruxellois de l’OTAN, en présence du successeur de De Crem, Steven Vandeput (N-VA).

À cette occasion, le député brabançon Stéphane Crusnière (PS) a regretté que l’ancien ministre CD&V n’ait pas pris le temps de répondre au rapport de la Cour des Comptes, comme c’est l’usage. Le rapport a certes été publié en décembre, mais son contenu avait été en son temps présenté à l’ancien cabinet, pour que la réponse de ce dernier puisse figurer dans le document. "Je ne sais pas pourquoi votre prédécesseur n’a pas daigné répondre", s’est demandé Crusnière. "Sans doute pour améliorer l’ambiance entre la N-VA et le CD&V", a perfidement rétorqué avec un grand sourire son collègue Georges Dallemagne (cdH). Pour être complet, il faut signaler que ledit Crusnière est arrivé au Parlement comme suppléant d’un certain André Flahaut, dont l’inimitié avec De Crem est encore dans toutes les mémoires. En dépit de l’atterrissage de Flahaut à la Région wallonne, les oreilles de De Crem risquent bien d’être encore sollicitées pendant un certain temps.

Le lapsus de Steven Vandeput

Le lapsus de la semaine revient incontestablement au ministre de la Défense, Steven Vandeput, qui avait organisé mercredi un colloque sur l’avenir de la Défense à l’École Royale Militaire. Pendant plusieurs heures, tous les participants ont souligné à quel point la nouvelle cure d’austérité qui s’est abattue sur l’armée belge risquait de lui être fatale. À l’issue des débats, le ministre N-VA a tenté de rassurer tout ce beau monde en faisant valoir qu’il allait tout faire "pour s’assurer que nous allons rester un partenaire faible, heu fiable, à plus long terme". L’assistance a préféré en rire…

Discussions à l’heure de la pause

L’assureur Ethias était de retour à la "Une" cette semaine avec le lancement, révélé par "L’Echo" (nos éditions du 25/02) d’une opération pas banale autour de son produit le plus connu: le compte First. Commercialisée avant septembre 2003, la première génération de ce produit d’assurance-vie (le "First A") offre un taux garanti élevé (3,44% en moyenne) et, surtout, à vie. Avec de tels arguments, le First A s’était vendu comme une couque à l’époque, mais avec les taux d’intérêt plancher en vigueur sur les marchés financiers, le produit est devenu impayable pour Ethias. Hier chouchou, aujourd’hui maudit.

Pour en finir avec le First A, Ethias propose jusqu’au 31 mars une prime de sortie correspondant à quatre années d’intérêts, soit près de 14%, en plus du capital et des intérêts acquis. Que choisiront les 49.878 heureux détenteurs du First A, qui y ont logé 3,2 milliards d’euros au total? Stop ou encore? Rendez-vous dans quelques semaines.

Parmi les détenteurs, il y a évidemment un certain nombre d’employés d’Ethias, très bien placés pour apprécier les qualités du produit. Pour les inciter à clôturer leur compte, une nouvelle a été postée sur l’intranet. La maison a même prévu un numéro de téléphone direct et un e-mail dédié pour répondre aux questions des 1.800 employés. Tiens, et le management, que fera-t-il? Peut-il se permettre de ne pas donner l’exemple? La question restera sans réponse, puisqu’elle touche au respect de la vie privée. Mais on parie (un compte First) qu’elle alimentera les discussions en interne à l’heure de la pause.

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