Les coulisses

©Nicolas Vadot

Le professeur d'économie et la ministre/Le début d'une "love affair" à Riga?/Le stress qui fait de plus en plus courir un patron/Une transaction d'initié vraiment très rapide/Une allusion politique pas très subtile/En souvenir des Diables rouges au Brésil

Une mission en terrain hautement radioactif

Marie-Christine Marghem est ravie: pas de commissions parlementaires prévues ce week-end. Après ses (nombreuses) maladresses, après avoir essuyé les tirs du duo écologiste Nollet-Calvo, la ministre de l’Énergie peut recharger ses batteries. Et du jus, il lui en faudra. Notamment pour lire le dossier nucléo-fiscal que Bruno Colmant lui prépare. L’académicien au curriculum vitae haut comme une tour de refroidissement (docteur en Économie appliquée de l’ULB, titulaire d’une maîtrise en Sciences fiscales et d’un Master en Sciences en méthodes quantitatives de Purdue University, professeur en finance à Solvay, l’UCL, Vlerick, Saint-Louis, l’Ichec, l’École royale militaire...) vient d’emporter en toute discrétion le marché public lancé par la mandataire tournaisienne (mais non encore audité par le duo Nollet-Calvo…). Sa mission? Assister la ministre dans l’évaluation du bénéfice nucléaire pour les années 2015-25 eu égard à la prolongation de Doel 1 et 2 — pour autant que Marie-Christine Marghem parvienne à l’obtenir, ce qui, au vu de la semaine écoulée, n’est pas gagné. L’ex-patron de la Bourse de Bruxelles devra également réexaminer l’étude (controversée) de la précédente Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg) portant sur l’évaluation du bénéfice nucléaire, à la lueur de l’indisponibilité des centrales ces derniers mois, des investissements à effectuer pour la prolongation de Doel 1 et 2 etc. Objectif: fixer une taxe nucléaire plus conforme à la réalité. Bref une incursion en terrain hautement radioactif pour le professeur Colmant. Le port de la combinaison anti-radiations est recommandé.

Matteo aime Angela qui aime Charles

Les sommets européens, c’est un peu comme (certains) repas de famille: on retrouve toujours les mêmes têtes et on commence à se connaître par cœur. À force de se croiser, on connaît les habitudes des uns et des autres sur le bout des doigts. Ainsi en allait-il de la sorte lors du sommet européen de Riga en Lettonie ces jeudi et vendredi où tout ce petit monde s’est retrouvé sur les bords de la Baltique pour discuter le coup. Et il y en a un qui tranche singulièrement: l’Italien Matteo Renzi y va de grandes accolades dans tous les sens, il embrasse ses pairs du Conseil européen comme s’ils étaient des copains de longue date… "Il embrasse tout le monde, il est très sympa, mais il n’y a pas grand-monde pour l’écouter", glisse un habitué des salons européens. Jeudi soir, alors que Charles Michel devisait en aparté avec le Français François Hollande et… le Grec Alexis Tsipras, Renzi prenait donc la chancelière allemande Angela Merkel dans ses bras. Celle-ci ne goûte que très modérément ces débordements très latins. Elle apprécie par contre le Premier ministre belge qu’elle a croisé à la table du petit-déjeuner vendredi… "En Belgique, vous mettez en route de solides réformes, je ne connais pas beaucoup de Premiers ministres aussi jeunes qui auraient eu le courage d’affronter leur opinion publique pour réformer leur pays", a-t-elle déjà glissé à Charles Michel. "Si je peux vous aider d’une manière ou d’une autre, faites-le moi savoir". Si ça, ce n’est pas le début d’une love story…

Intervention sous haute surveillance

C’est devant un parterre de fournisseurs et de concurrents – comme le patron de Carrefour Belgique, François Melchior de Polignac, très attentif – que Denis Knoops, CEO de Delhaize Belgique, a fait sa première intervention publique mardi soir, dans le cadre de la "Retail academy" du magazine professionnel Gondola. Une intervention sous haute surveillance. Il était marqué à la culotte par deux des porte-parole de Delhaize qui ne le lâchaient pas d’une semelle. C’est qu’en cette période délicate de "discussions" avec Ahold, toute parole malencontreuse pourrait avoir des conséquences sur l’issue des pourparlers: "Mes juristes m’ont dit de me taire sinon je ne pouvais pas venir, a-t-il indiqué d’emblée à l’assemblée. Je ne répondrai donc pas aux questions sur l’actualité en cours. Si vous partez avant la fin, je ne serai pas vexé." Éclats de rire dans la salle.

"En Belgique, vous mettez en route de solides réformes, je ne connais pas beaucoup de Premiers ministres aussi jeunes qui auraient eu le courage d’affronter leur opinion publique…"
Angela Merkel à Charles Michel

Denis Knoops s’est tout de même un peu lâché lorsqu’il a commenté l’attachement des Delhaiziens à leur entreprise, se félicitant que très peu de cadres aient quitté le navire durant la période trouble de ces derniers mois: "Peut-être qu’ils sont trop payés ou qu’ils ne travaillent pas assez", a-t-il plaisanté. D’humeur badine, ce fana de course à pied a souligné qu’à quelques jours des 20 km de Bruxelles, son niveau de forme s’était amélioré: "Avec le niveau de stress qui est le mien, je dois courir de plus en plus pour relâcher la pression." Denis Knoops sera donc bel et bien présent le dimanche 31 mai avec quelque 200 collègues pour arpenter le bitume bruxellois!

Chez Tinc, on dégaine plus vite que son ombre…

Manuel Vandenbulcke vient peut-être de battre un record de vitesse. Mais, comme nous, il l’ignore sans doute. Pour une simple raison, c’est que personne ne tient à jour les statistiques qui permettraient de l’établir. Il reste que le CEO de Tinc, la société d’investissement en infrastructures récemment introduite en Bourse, dégaine rapidement. Pensez donc: l’homme a effectué une transaction d’initié dès le premier jour de cotation de son entreprise, le 12 mai dernier! L’opération a aussitôt été publiée sur le site de la FSMA, comme il convient. Elle est tout à l’honneur du dirigeant, puisque celui-ci s’est porté à l’achat. Il a acquis 7.650 actions Tinc au prix de 11 euros par titre. Mais elle est intervenue très tôt, comme si Monsieur Vandenbulcke, qui avait souscrit des parts de Tinc dès sa création en 2007, était particulièrement pressé d’augmenter (ou de reconstituer) sa participation. Contactée par nos soins, la FSMA n’a pas été en mesure de dire s’il s’agit, ou non, d’un record de rapidité car elle ne collecte pas ce genre de données. Nous, on le "think" quand même parce qu’on n’a pas souvenir d’un précédent, tout en concédant qu’on pourrait avoir mauvaise mémoire. On devrait peut-être créer un "Tinc tank" pour approfondir la question…

Marco Van Hees (PTB) brûlé…

Auditionné en commission des Affaires sociales à la Chambre mercredi dernier, l’ancien ministre Frank Vandenbroucke a répondu aux questions des députés concernant son rapport de 900 pages sur la nécessaire réforme des pensions en Belgique. Parmi les députés, Marco Van Hees, pour le PTB, a tenu un discours résolument anti-système en insistant sur le fait que, selon lui, le problème de la viabilité financière des pensions est "un faux problème". Au passage, il n’a pas hésité à titiller l’ancien président des socialistes flamands à propos d’un épisode bien connu de la vie politique belge: "Les pensions peuvent parfaitement être financées, puisque l’argent est là. À moins que l’on ne se mette tout d’un coup à brûler de l’argent…" Une allusion – pas très subtile – à un épisode resté célèbre de l’affaire Agusta. En 1995, Frank Vandenbroucke avait dû quitter le gouvernement, après avoir reconnu qu’il avait donné l’ordre, en 1991, de brûler 5 millions de francs belges de pots-de-vin, dont il venait de découvrir l’existence dans une caisse noire du Parti socialiste flamand (SP), qu’il présidait à l’époque. Mercredi à la Chambre, Frank Vandenbroucke a préféré ne pas relever la provocation de Marco Van Hees…

Un accueil chaleureux

Le ministre-président de la Communauté française, Rudy Demotte, est en déplacement la semaine prochaine au Chili et au Brésil en vue de renforcer le partenariat de la Communauté (ou plutôt la Fédération Wallonie-Bruxelles) avec le continent sud-américain sur les plans académique, de recherche-innovation et culturel. Parmi les nombreux rendez-vous prévus, notre attention a été attirée par le fait qu’il "devra décorer, au nom de l’État Belge, le maire de Mogi das Cruzes pour son accueil chaleureux des Diables rouges au Mondial 2014 et discuter avec lui d’un projet de jumelage avec sa ville." Renseignements pris auprès des Affaires étrangères, le prefeito Marco Aurélio Bertaiolli sera bien fait officier de l’ordre de Léopold II par Rudy Demotte, au nom du Roi. La proposition est venue du Consul général de Belgique à Sao Paulo, qui a trouvé le maire très actif pour accueillir notre équipe nationale de football. Normalement, une telle décoration est remise à l’étranger par la plus haute personnalité belge sur place, soit le Consul général ou l’ambassadeur. Le protocole a donc profité de la présence du ministre-Président sur le territoire brésilien pour donner plus de faste à l’événement. Ils ont vraiment dû être choyés, nos Diables rouges…

Le salon des limousines de l’air

Cette semaine à Genève s’est tenu le salon Ebace, celui de l’aviation d’affaires européenne. C’est Le grand rendez-vous du secteur. S’y croisent aussi les équipementiers, motoristes, sociétés de location d’avions et – bien sûr! – les clients potentiels attirés par les modèles récents signés Dassault, Bombardier, Embraer, Gulfstream et autres. On est dans le monde du luxe assurément, mais si on dit ça à un exposant, il sursaute. Pour l’image de marque, pour les institutions internationales, pour les administrations fiscales, il ne faut surtout pas que l’avion d’affaires soit considéré comme un produit de luxe, mais comme un outil précieux pour la prospérité d’une entreprise. C’est si vrai que Fernand François, éditeur de la revue spécialisée "BART" (Business Aviation Real Tool), se refuse quoi qu’il arrive de publier des photos d’intérieur d’avion avec une bouteille de champagne sur une table!

François est un Belge qui édite cette revue depuis longtemps et qui a eu un jour l’idée de demander à des exposants – ses annonceurs en fait – de participer à une sorte de congrès au Château du Lac de Genval et d’y disposer de stands. C’était il y a quinze ans. Et depuis, cette manifestation, soutenue par la puissante NBAA (National Business Aviation Association) américaine, est devenue ce salon incontournable de Genève. Où, à juste titre, Fernand François a été honoré cette semaine. Quelques journalistes belges avaient fait le déplacement lundi, jour dit "de la presse". En réalité, si les avions sont bien là, les stands ne sont pas prêts. C’est le jour de la presse qu’on les met en place, à l’exception de quelques-uns. Résultat, le grand hall de Palexpo est un vaste chantier où il n’y a rien à voir et où les grands patrons – avec des exceptions ici aussi – manquent à l’appel. Contrairement à un salon du Bourget, par exemple, tout démarre vraiment le lendemain. Et effectivement, il n’y avait nulle part du champagne. Le lundi tout au moins…

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