Les détenus en "congé Covid" rentrent en prison ce mercredi

A la prison de Forest, les conditions de détention ont été rendues compliquées par l'application des règles de distanciation sociale. ©BELGA

La population carcérale belge avait chuté de 10% en trois mois, un fait inédit dans l'histoire. Le déconfinement débute jeudi alors que la catastrophe tant crainte d'une explosion de l'épidémie en prison a été évitée.

Derrière l'anonymat et la discrétion des murs des prisons belges s'est joué un événement peut-être inédit dans l'histoire du pays. Avec le Covid-19, la population carcérale a fondu de 10% environ en trois mois. Ainsi, le 13 mars, on comptait 10.853 détenus, contre 9.798 le 4 juin, en plein confinement. 1.000 prisonniers en moins, de retour dans les rues, ce n'est pas rien. "Ce n'est pas pour autant qu'il y a eu une flambée de viols et de meurtres en pleine rue", ironise l'avocate Delphine Paci, membre de la section belge de l'Observatoire international des prisons. "Cela montre bien que l'on pourrait, avec de la volonté, diminuer drastiquement la population carcérale belge".

24
contaminations
Il y a eu 24 prisonniers officiellement contaminés par le Covid-19 en Belgique depuis le début de la crise. Soit, en proportion, plus de deux fois moins que dans le reste de la population belge.

Le défi Covid a donc été relevé haut la main par les prisons belges. Selon des chiffres de l'administration pénitentiaire, il y a eu, en tout, 24 cas constatés, dont 5 toujours en cours. Un rapide calcul permet de montrer qu'en Belgique, il y a eu 5,2 cas de contamination pour mille habitants, contre 2,2 cas pour mille dans les prisons belges. Si le chiffre est contesté – "il est complètement sous-estimé, beaucoup de détenus sont allés à l'isolement sans avoir été testés", pointe Delphine Paci – il montre que la grande flambée qui avait été crainte n'a pas eu lieu.

La diminution de la pression carcérale a été voulue par le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V). Elle a été assumée publiquement et, en privé, il a aussi demandé avec insistance aux magistrats d'instruction de bien vouloir limiter au maximum la délivrance des mandats d'arrêt. "On a pu éviter un grand drame. Les mesures ont été lourdes pour tout le monde, détenus et personnel. Tout le monde était d'accord sur le fait que ce soit nécessaire. Aujourd'hui, les choses commencent à se normaliser", explique-t-on dans l'entourage du ministre.

La barre des 10.000 prisonniers

En effet, cette semaine est celle du déconfinement des prisons. À partir de ce mercredi 17 juin et jusqu'au 30 juin, les détenus qui avaient bénéficié de congés élargis – il y en a eu plusieurs centaines – vont revenir purger le restant de leur peine derrière les barreaux. La population carcérale devrait donc bientôt repasser au-dessus de la barre symbolique des 10.000 prisonniers; vendredi dernier 12 juin, elle était déjà remontée à 9.915. "Le but n'était pas de diminuer la population carcérale pour la diminuer, mais bien d'éviter une crise sanitaire en prison", indique-t-on au cabinet Geens.

"C'est un petit miracle si on n'a pas eu de situation comparable à celle des maisons de repos."
Delphine Paci
Avocate, membre de l'Observatoire international des prisons

Par ailleurs, le déconfinement des prisons va débuter ce jeudi, avec un retour que l'on espère progressif à la normale. Les visites avaient repris le 25 mai, mais dans des conditions plus que drastiques. "Les détenus n'ont pas vu leurs enfants depuis le 13 mars, pour les gosses, c'est vraiment long. Aujourd'hui, les visites en prison, c'est une personne par semaine et les mineurs de moins de seize ans sont interdits", observe Delphine Paci, qui concède que "c'est un petit miracle si on n'a pas eu de situation comparable à celle des maisons de repos. Il faut bien voir que dans la population carcérale, beaucoup ne sont pas en bonne santé."

En attendant, la justice pénale semble reprendre son cours. Selon des magistrats d'instruction interrogés par nos soins, le rythme des placements sous mandat d'arrêt est revenu à son niveau d'avant crise. Et s'il y a eu des récidives commises par des prisonniers en congé "Covid", celles-ci ont été tout à fait mineures.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés