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Les deux associations belges de victimes des attentats en conflit ouvert

©BELGA

Un subside de 300.000 euros a été accordé à V-Europe pour un "coaching" des victimes des attentats du 22 mars 2016. Entraînant la colère de l'autre association, Life4Brussels, qui s'estime flouée.

Depuis cinq ans maintenant, les deux associations belges d'aide aux victimes des attentats de Bruxelles, sont prises dans un conflit larvé et tenu jusqu'ici hors du débat public afin de ne pas nuire à leur action. Il s'agit de V-Europe et Life4Brussels, toutes deux reconnues par le Roi, qui revendiquent chacune l'aide à plusieurs centaines de victimes directes et indirectes des attaques du 22 mars 2016 au métro Maelbeek et à l'aéroport de Zaventem.

300.000
euros
L'association V-Europe s'est vu attribuer un subside de 300.000 euros par le ministère de la Justice pour un projet de "coaching" à destination de toutes les victimes des attentats du 22 mars 2016.

Mais les choses ont changé en ce mois de juin avec l'octroi par le ministère de la Justice d'un subside de 300.000 euros à V-Europe, qui dit représenter 250 victimes, sur son site internet. La somme devra être consacrée à l'embauche de deux "coachs" et d'un coordinateur qui auront la charge d'accompagner les victimes des attentats au quotidien et de les aider dans leurs démarches administratives. Mais Life4Brussels n'a rien reçu et s'en émeut, arguant du fait qu'elle risque de "ne plus avoir les moyens de fonctionner à partir de septembre", alors qu'elle indique défendre plus de 500 victimes des attentats.

"Accusations grossières et destructrices"

L'affaire a finalement fait l'objet de deux séries de questions parlementaires, menées par Sophie Rohonyi (DéFI) et Nabil Boukili (PTB), tous deux s'étonnant du fait que Life4Brussels n'ait pas été soutenue comme sa consœur V-Europe. La première, le 9 juin, a vu le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open Vld) justifier l'octroi du subside par la qualité du travail de V-Europe. Il a aussi confirmé l'existence de la controverse entre les deux associations, une réunion ayant été menée par son cabinet pour tenter de rassembler les points de vue. Mais, explique le ministre, "à la fin de la réunion, Life4Brussels accuse V-Europe d'avoir commis des infractions. Par respect pour tous et parce que cela n'a pas fait l'objet d'une plainte, je n'entrerai pas dans les détails. Mon cabinet a ressenti ces accusations comme grossières et très destructrices." V-Europe aura donc les subsides, pas Life4Brussels.

"Cette controverse n'est pas saine, pour les victimes, pour le pays, pour le bien commun."
Koen Geens
Député fédéral (CD&V) et ancien ministre de la Justice

Ce mercredi, une autre salve de questions parlementaires a été menée par les deux mêmes députés, rejoints cette fois-ci par Koen Geens (CD&V), le précédent ministre de la Justice. "Cette controverse n'est pas saine, pour les victimes, pour le pays, pour le bien commun (...) Pouvez-vous confirmer que le projet n'exclut aucune des victimes des attentats? J'aimerais vous entendre le confirmer afin de rassurer tout le monde", a lancé l'ancien ministre à son successeur. "Le choix de V-Europe pour le projet des coachs n'est pas un choix contre une association spécifique de victimes, mais un choix pour les victimes. Collègue Geens, l'ensemble des victimes du terrorisme pourront y faire appel", a répondu Vincent Van Quickenborne.

"Depuis cinq ans, je me tais"

"Si nous avions été forts ensemble, le gouvernement aurait été plus attentif à nos demandes."
Jamila Adda
Présidente de Life4Brussels

La controverse entre les deux entités est très ancienne et remonte presque à leur création. "Depuis cinq ans, je me tais pour pouvoir continuer à avancer et aider les victimes, mais aujourd'hui, cela devient insupportable", lance Jamila Adda, présidente bénévole de Life4Brussels et fonctionnaire européenne. "Nous avons toujours voulu collaborer avec V-Europe, dans l'intérêt des victimes. Si nous avions été forts ensemble, le gouvernement aurait été plus attentif à nos demandes", poursuit Jamila Adda, qui dit avoir été victime de violences physiques et accusée d'antisémitisme par des membres de V-Europe, sans pour autant avoir déposé plainte. Elle regrette aujourd'hui une subvention à V-Europe qui s'apparente, selon elle, à "une aide étatique".

Contacté, le directeur de V-Europe, Philippe Vansteenkiste, n'entend pas rentrer dans une polémique publique. "Le but est d'aller ensemble pour les victimes, cela ne devrait pas passer par la presse", considère-t-il, avant de mettre en avant son projet de coaching des victimes, qui devrait, selon lui, être opérationnel à l'automne.

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