Les effets retour du tax shift sont largement surestimés

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Une étude de la KU Leuven montre que le boom des créations d’emplois ne découle pas exclusivement du tax shift. On observe aussi que le tax shift ne se finance pas lui-même avec les effets retour.

"Jobs, jobs, jobs": telle est la devise du gouvernement Michel depuis son entrée en fonction il y a quatre ans. Pour relancer les créations d’emplois, le Premier ministre s’appuie principalement sur le tax shift, l’opération qui vise à faire glisser une partie des charges sur le travail vers la consommation, le capital et l’environnement. Et la recette semble marcher. Depuis 2015, le gouvernement Michel a créé près de 200.000 emplois. Et pour 2019 et 2020, la Banque nationale table sur 55.000 postes supplémentaires.

Reste à voir si tous ces emplois sont directement imputables au tax shift. Une bonne partie de ces emplois aurait de toute manière vu le jour, compte tenu de la conjoncture économique favorable. Une équipe d’économistes de la KU Leuven (André Decoster, Bart Capéau, Sebastiaan Maes et Toon Van Heukelom) s’est penchée sur la question. Leur conclusion est sans appel: le gouvernement surestime les effets du tax shift sur l’emploi. En voici la démonstration.

D’après les quatre économistes, le tax shift permettra de créer 65.000 emplois entre 2016 et 2020. Simplement en appliquant mécaniquement les baisses de charges. Si on y ajoute la demande accrue de main-d’œuvre (rendue moins chère grâce aux baisses de charges), l’étude table sur 91.900 emplois entre 2016 et 2020. De son côté, la Banque nationale avait annoncé 52.100 emplois créés par le tax shift sur la même période.

94 euros par mois par ménage

Le coût brut du tax shift s’élève à 8,9 milliards d’euros. Ce montant comprend la baisse de l’IPP (6,1 milliards), la baisse des cotisations patronales (3,6 milliards), la baisse des cotisations des travailleurs (111 millions) et la hausse de la fiscalité indirecte (951 millions). Ce qui permet au revenu disponible des ménages de progresser de 111 euros par mois en moyenne. Attention: si on tient compte des hausses de TVA et autres taxes, on n’obtient plus que 94 euros par mois.

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Comme l’opération permet de relancer l’emploi, il y aura des effets retour. Ceux-ci sont estimés à 394 millions d’euros dans l’hypothèse de 65.200 emplois créés. Si on prend le scénario de 91.900 emplois créés, les effets retour sont beaucoup plus importants: 1,34 milliard d’euros.

Ces montants sont toutefois sans comparaison avec le coût initial du tax shift, soit 8,9 milliards d’euros. Autrement dit, il serait illusoire de vouloir affirmer que le tax shift se finance de lui-même grâce aux créations d’emplois.

Il est bien sûr possible de compenser davantage le coût du tax shift en prélevant beaucoup plus d’impôts indirects (TVA, prix de l’énergie, etc.). C’est l’objet d’un troisième scénario où la fiscalité indirecte gonfle de 4,6 milliards d’euros. Ce qui a pour résultat de faire tomber la hausse du revenu des ménages de 111 à 31 euros par mois. L’idée est d’autant plus mauvaise que l’emploi ne progressera plus que de 43.800 unités. Pourquoi? Parce que les gens regardent leur salaire réel et ne se laisseront pas influencer par un salaire nominal plus élevé si c’est pour ensuite être ponctionné au niveau de la fiscalité indirecte. Ils préféreront alors ne pas se présenter sur le marché du travail.

S’acheter du temps libre

Comment expliquer que les effets retour se matérialisent aussi peu? Les auteurs de l’étude suggèrent plusieurs explications.

Premièrement, s’il est exact que grâce aux baisses de charges, les bas salaires rentrent plus facilement sur le marché de l’emploi, du côté des hauts salaires, certains sont tentés de travailler moins pour gagner grosso modo la même chose, explique André Decoster, professeur de finances publiques à la KU Leuven. Or comme ces gros revenus paient davantage d’impôts, ce qui est gagné en bas de l’échelle grâce à l’embauche des bas salaires est plus que perdu en haut de l’échelle avec des hauts salaires qui s’achètent du temps libre en travaillant en quatre cinquièmes par exemple.

Deuxièmement, explique-t-il, certains voudront échanger la perspective d’un salaire net plus élevé contre un meilleur confort de travail, par exemple en travaillant plus près de leur domicile ou en acceptant un emploi moins stressant, avec moins de responsabilités. Ce faisant la masse salariale brute, qui sert de référence pour le calcul des cotisations sociales et de l’impôt des personnes physiques, risque de diminuer de l’ordre de 3,4%.

Enfin, l’étude laisse apparaître que, quel que soit le scénario utilisé, les perdants du tax shift seront ceux qui ne travaillent pas (pensionnés et chômeurs). Leur revenu ne progresse pas et ils paieront davantage de taxes indirectes.

Au final, les auteurs de l’étude ne contestent pas que le tax shift ait permis de créer de l’emploi. Mais ils se demandent si cela n’aurait pas pu se faire à un moindre coût pour les finances publiques.

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