Les entreprises qui ne visent pas l'égalité homme-femme disparaîtront

Hommes et femmes sont toujours loin d’être égaux dans les sociétés. Le sexe dit faible n’occupe qu’une dizaine de pourcent des postes aux comités de direction, reste moins bien payé et ose moins entreprendre. Mais souffle un vent de révolte…

La place de la femme dans l’entreprise? Ce jeudi, à l’occasion de la Journée internationale de la femme et de l’égalité des genres, un large concert de voix se fera entendre aux quatre coins du pays pour rappeler à tous que d’égalité, il n’est toujours pas question à la tête des sociétés. Si la loi belge imposant un quota d’au moins un tiers de femmes dans les conseils d’administration des sociétés cotées et des entreprises publiques a amélioré les choses dans ce cercle restreint de (grandes) compagnies, aucune obligation ne régit la composition des comités de direction.

Actuellement, les sociétés cotées membres de l’indice Bel 20 comptent toutes un tiers de femmes à leur conseil.
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Actuellement, les sociétés cotées membres de l’indice Bel 20 comptent toutes un tiers de femmes à leur conseil, comme c’était prévu à fin 2017, selon l’association Women on Board, tandis que la moitié des autres sociétés cotées ont également atteint cet objectif (ces dernières ont encore un an pour le faire).

Dans les comités de direction des mêmes sociétés, les femmes ne représentent pas plus de 18% des sièges. Et dans les autres entreprises, la situation est pire (10%). Pourtant les études internationales sont sans équivoque: les sociétés dirigées par des équipes très diverses sont celles qui performent le mieux.

Diversité par le genre d’abord, mais aussi par les âges, les expériences, les nationalités… Pour Ann Caluwaerts, directrice Corporate Affairs chez Telenet, c’est simple, "celles qui ne visent pas l’égalité ne seront plus là dans 50 ans". Elle a pris l’initiative de contacter une série de CEO prêts à s’engager pour la cause et, dans une lettre ouverte qu’ils ont cosignée, elle appelle l’ensemble des dirigeants à emprunter la même voie.

 

"Les femmes représentent 60% des diplômés universitaires en Belgique: nous sommes le plus grand réservoir de talents. Mais au niveau des salariés, la population des femmes diminue à chaque stade hiérarchique, pour ne plus occuper que 10% des postes aux comités de direction, souligne Isabella Lenarduzzi, la fondatrice de Jump, une association qui promeut l’égalité des genres.

"Les femmes représentent 30% des entrepreneurs du pays, mais sont majoritaires comme indépendantes à titre complémentaire, ajoute-t-elle. Les femmes créent souvent leur propre emploi, mais rarement l’emploi d’autrui. Elles passent trop rarement du statut d’entrepreneur à celui de chef d’entreprise et c’est dommage."

Aider les néo-entrepreneuses

Une vision partagée par ses consœurs? Pour le compte de Contrex (Nestlé Waters) et de la plateforme de crowdfunding Ulule, le bureau iVOX a enquêté auprès d’un échantillon de mille femmes de 20 à 55 ans à travers les trois Régions. Principale conclusion: 29% d’entre elles aimeraient entreprendre et 25% ont des projets concrets, mais à peine 9% se lancent réellement.

"Les femmes passent rarement d’entrepre-neur à chef d’entreprise et c’est dommage."
Isabella Lenarduzzi
fondatrice de jump

Elles identifient comme obstacles l’insécurité financière, la crainte de ne pas aboutir et la peur de l’échec. Et surtout, elles confirment l’existence d’un "plafond de verre" en estimant que combiner vie familiale et entreprise est irréalisable, que les femmes prennent moins de risques que les hommes et qu’elles redoutent de ne pas être prises au sérieux.

Contrex et Ulule viennent de prendre une initiative originale pour les aider à lever ces obstacles en lançant l’action "Woman Up by Contrex": il s’agit de soutenir six projets d’entreprise portés par des femmes en leur offrant à la fois du conseil, du coaching et du financement (campagne de crowdfunding sur Ulule + 2.000 euros). Une première néo-entrepreneuse a déjà été sélectionnée.

Elle s’appelle Sara Van Steenkiste, c’est une jeune gantoise qui crée une marque de mode baptisée Kimono Belge. Elle entend décliner une gamme de robes, vestes et robes de chambre selon des modèles japonais et avec l’idée de lancer des vêtements qui se transmettront de génération en génération. Sa campagne de financement participatif est en cours sur la plateforme Ulule. Les candidates à l’entrepreneuriat ayant une idée originale peuvent postuler pour une des cinq places restantes. Si le programme donne de beaux résultats, Contrex et Ulule envisagent de le reconduire d’année en année.

L’Oréal Belgilux objectif atteint

La filiale belgo-luxembourgeoise du géant français L’Oréal est le bon élève de la classe. Son effectif global totalise 65% de femmes tandis que son comité de direction respecte la parité avec six femmes pour six hommes. Les directions de ses divisions parviennent quasiment au même résultat avec 14 femmes sur 29 dirigeants.

Un remarquable tir groupé qu’on retrouve aussi à l’échelle du groupe, ce qui témoigne d’une stratégie concertée à tous les niveaux. Les femmes représentent en effet 70% de l’effectif mondial de L’Oréal. Son comité exécutif en compte 33%, son conseil d’administration 48% et ses comités de direction 48%.

"L’égalité hommes-femmes est un levier stratégique pour alimenter la créativité et l’innovation, augmenter le bien-être au travail et stimuler la performance et la croissance", souligne Jean-Marc Auverlau, directeur général de L’Oréal Belgilux. "Les femmes ont des soft skills qui diffèrent des qualités comportementales des hommes", relève de son côté Stéphanie Speeckaert, directrice générale de L’Oréal Produits professionnels.

Telenet le rôle du CEO

L’opérateur télécoms Telenet s’est hissé au niveau de L’Oréal à l’issue d’efforts effectués ces deux dernières années. Alors qu’il emploie au total 388% de femmes, il a atteint la parité à son comité de direction (6 sur 12) et le tiers à son conseil d’administration. "Le CEO a joué un rôle très important à cet égard, car c’est lui qui choisit les membres de la direction", observe Ann Caluwaerts, Chief Corporate Affairs de Telenet et initiatrice de la lettre ouverte. Pour composer son comité de direction, John Porter pratique la "shortlist" à double entrée: pour chaque profil recherché, il veut qu’on lui soumette un homme et une femme. Une tactique simple mais efficace, qui aide à diversifier ses choix.

 

 

Autre chouette initiative: l’ASBL 100.000 Entrepreneurs Belgique envoie des entrepreneuses dans les écoles secondaires et les universités du pays pour sensibiliser les jeunes à la problématique.

Mais le chantier reste grand ouvert. Au rythme actuel de l’évolution du dossier homme-femme dans l’entreprise, il faudra 150 à 200 ans pour arriver à la parité, selon le Forum économique mondial. Et sur le plan salarial, les écarts demeurent énormes. "À Bruxelles, les hommes gagnent toujours 40% de plus que les femmes dans les professions libérales et 20% de plus dans les métiers salariés", souligne Isabella Lenarduzzi. Pas le moment de relâcher les efforts…

Les entreprises ont besoin de diversité à leur tête non seulement par souci moral d’égalité, mais aussi pour être plus efficace, plus innovant et pour être capable de répondre aux défis futurs. Ann Caluwaerts, Chief Corporate Affairs de Telenet, a pris l’initiative de contacter une série de CEO pour leur demander de s’engager avec elle en ce sens. L’objectif de cette lettre ouverte: atteindre grâce à sa diffusion un maximum de dirigeants pour les engager à amorcer le changement.

 

©doc

 

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