"Les Flamands ne veulent plus quitter la Belgique, ils veulent la dominer"

Kris Peeters et Marino Keulen ©Photo News

La Flandre a opéré un mouvement à 180 degrés. Il n’est plus question de quitter la Belgique mais de dominer celle-ci. L’échec de l’Orange bleue en 2007 a été un tournant décisif.

Oubliez le cliché du francophone belgicain et du flamand séparatiste. Les choses sont en train de changer. Et même radicalement.

D’après une étude réalisée par Jan Callebaut (expert en marketing et médias) et Wouter Verschelden (journaliste au quotidien De Morgen), les Flamands sont de plus en plus chez eux en Belgique au contraire des francophones qui se sentent marginalisés depuis que les partis flamands constituent la majorité au fédéral.

Les deux auteurs se sont appuyés sur une enquête réalisée par le bureau de Callebaut WHY5Research auprès de centaines de Belges du nord et du sud du pays.

"Il n’est plus question de quitter la Belgique mais de dominer celle-ci, c’est-à-dire d’organiser le pays de façon à ce qu’il colle à ce à quoi devrait ressembler une Flandre indépendante."

Alors pourquoi cette soudaine affection tricolore au nord de la frontière linguistique? "La stratégie flamande a opéré un mouvement à 180 degrés", peut-on lire dans l’ouvrage. "Il n’est plus question de quitter la Belgique mais de dominer celle-ci, c’est-à-dire d’organiser le pays de façon à ce qu’il colle à ce à quoi devrait ressembler une Flandre indépendante." Cette stratégie a surtout été déployée au niveau socio-économique. "C’est ce qui explique pourquoi l’ennemi, ce ne sont plus tant les francophones, c’est le PS."

Le traumatisme de 2007

De Wever & Co se sont jurés de ne plus jamais se laisser embarquer dans une situation comme en 2007.

À cet égard, l’échec des négociations gouvernementales en 2007 a été un tournant décisif. "Les négociateurs flamands sont sortis traumatisés de cette épreuve. En face, ils avaient Joëlle Milquet, ‘madame non’, qui n’était demandeuse de rien. De Wever & Co se sont jurés de ne plus jamais se laisser embarquer dans une telle situation. C’est pourquoi en 2014, ils ont radicalement changé de stratégie en s’invitant dans un gouvernement fédéral sans garantie d’avancée vers plus d’indépendance. Le choix s’est porté sur un virage socio-économique à droite au Fédéral, afin de créer un projet politique belge où les francophones ne se sentiraient plus chez eux."

En plus, les Flamands ont eu petit coup de chance. "Sans crier gare, Elio Di Rupo et le PS se sont mis avec Benoît Lutgen et le cdH. C’est pour venger cette trahison que le MR a accepté d’embarquer avec la N-VA au Fédéral."

Callebaut et Verschelden considèrent le foudroyant succès du PTB dans les sondages comme l’illustration de cette distance de plus en plus grande entre les Wallons et la maison Belgique.

"Trois groupes linguistiques sont en train de se former: des Flamands dont le français est très moyen, des francophones peu éduqués qui ne connaissent pas le néerlandais et des francophones éduqués qui sont bilingues."

Et les Bruxellois dans tout ça? Beaucoup de familles francophones habitant Bruxelles ou la périphérie envoient leurs enfants dans des écoles flamandes, parce que c’est devenu la meilleure garantie de décrocher un emploi dans la capitale. "Trois groupes linguistiques sont en train de se former: des Flamands dont le français est très moyen, des francophones peu éduqués qui ne connaissent pas le néerlandais et des francophones éduqués qui sont bilingues." Et ça aussi, c’est nouveau.

"Het merk België", J. Callebaut et W. Verschelden, éd. Manteau, 144 p, 20 euros

©manteau


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