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Les francophones en mal de projet pour la Belgique

Le Fédéral consultera la population sur l'avenir institutionnel du pays à la rentrée, a annoncé le ministre David Clarinval. ©JONAS LAMPENS

Le débat institutionnel émerge à chaque crise sans pour autant qu'une dynamique se mette concrètement en branle chez les francophones.

Les autorités ont sans doute d'autres chats à fouetter que de redessiner les structures de l'État belge. Il n'empêche que le débat institutionnel plane, dirait-on, au-dessus de chaque séquence politique. La crise sanitaire a mis tout le monde d'accord sur l'idée qu'il y avait un problème de cohérence et d'efficacité dans la répartition des compétences, et les inondations wallonnes viennent mettre en lumière de nouvelles défaillances de l'État. Bart De Wever, président de la N-VA, a récemment alimenté la machine à buzz en proposant la réunification de la Flandre et des Pays-Bas tout en continuant à demander le PS en mariage lors d'un grand barnum confédéral en 2024. Son homologue de l'Open Vld Egbert Lachaert entend, lui, renforcer l'échelon fédéral. Côté francophone, c'est surtout le PS qui se manifeste. En ligne de mire: la Loi spéciale de financement, jugée défavorable, et le deal communautaire de 2011 condamnant les mécanismes de solidarité qui financent une partie du budget wallon. Ces petites sorties à répétition révèlent l'inconfort budgétaire francophone et une position demanderesse qui excite déjà les appétits autonomistes du nord du pays. Vous avez dit cacophonie? Tentons d'éclaircir la situation.

Deux dynamiques sont enclenchées. La première implique le gouvernement fédéral dont l'accord de majorité prévoit l'élaboration d'une nouvelle réforme de l'État. Plus encore, les sept partis de la Vivaldi doivent tenter de trouver la majorité des deux tiers qu'ils n'ont pas pour la faire voter par le Parlement. Tout cela avant 2024, avec le bicentenaire du pays (2030) comme perspective. Où en est-on ? Pas très loin, car il s'agit pour le moment de lancer une large consultation publique sur le sujet, imposée elle aussi par le programme gouvernemental. Annelies Verlinden (CD&V) et David Clarinval (MR), les deux ministres des réformes institutionnelles, s'en chargent.

Plus d'un million pour la com'

"En septembre-octobre, une plateforme sera mise à disposition des citoyens, mais aussi des syndicats, des universités, des entreprises, etc.", explique David Clarinval. Le gouvernement est occupé à sélectionner les questions qui y seront posées. Il sera aussi possible d'y faire des propositions, précise-t-il. La complexité du sujet ne facilite pas les choses, "mais on avance bien avec tous les partis de la Vivaldi", assure Clarinval. Le gouvernement s’est adjoint l’aide d’un panel d’experts pour élaborer le contenu de la plateforme et faire la synthèse des résultats obtenus dans un rapport attendu début 2022. Un budget de 1,1 million d’euros est prévu pour financer la campagne de communication (massive) qui fera la publicité de cette consultation à la rentrée.

"En septembre-octobre, une plateforme sera mise à disposition des citoyens, mais aussi des syndicats, des universités, des entreprises, etc."
David Clarinval
Ministre des Réformes institutionnelles

Aussi séduisante soit-elle, cette initiative suscite déjà pas mal de perplexité et n'empêchera pas les partis politiques de garder la main sur la réforme. Au nord, Annelies Verlinden a déjà trahi les intentions de son parti en évoquant un système à 2+2 pour une gestion articulée autour des Régions flamande et wallonne, et reléguant Bruxellois et germanophones à des statuts inférieurs. On sait depuis les négociations interminables qui ont précédé l'avènement du gouvernement que le CD&V et la N-VA disposent de projets prêts à l'emploi. Pour le CD&V, l'enjeu politique est important.

Côté francophone, on en appelle à une stratégie commune en vue des négociations à venir avec la Flandre. Et surtout d'une réforme préalable des institutions francophones qui ne brillent pas par leur lisibilité. Peu de choses filtrent sur les deux sujets, donnant l'impression qu'il n'y a pas grand-chose qui se passe. Au PS, un schéma à quatre Régions réduisant la Fédération Wallonie-Bruxelles est dans les cartons. Le président Magnette l'a lui-même annoncé. Le MR a mis en place un groupe de travail interne au début de l'année, sans résultat probant. Le top du parti ne se dit pas plus pressé que cela. "Notre système n'est pas si mal fait", entend-on même, avec l'idée qu'il n'est pas nécessaire de mettre les mains dans le cambouis institutionnel pour rationaliser. Lors de notre interview, Daniel Bacquelaine se dit favorable à titre personnel à une Belgique à quatre Régions, pour autant que le lien Wallonie-Bruxelles soit maintenu.

Écolo ne sortira pas du bois avant cette consultation populaire, tandis que ni le cdH ni DéFi ne semblent encore associés à une dynamique qui transcenderait le clivage majorité/opposition. Et le positionnement unitaire du PTB est de nature à l'exclure du débat à l'heure où le fait régional semble s'imposer de lui-même.

Le résumé

  • Le gouvernement fédéral va lancer une vaste consultation populaire sur l'avenir de la Belgique.
  • L'actualité ne cesse de mettre en lumière les carences du système institutionnel belge.
  • Les partis francophones en appellent à une stratégie commune sans que cela ne se concrétise.
  • En Flandre, le débat, alimenté par la N-VA, commence à prendre corps.

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