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Les huit grands travaux de Paul Magnette à la tête du PS

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Paul Magnette prend les clés du Parti socialiste dès ce lundi. La tâche ne sera pas simple. Il lui faudra, notamment, dialoguer avec la N-VA, redynamiser la base du PS et reconquérir un électorat happé par le PTB et Ecolo.

Le constat est clair: le PS est sorti affaibli du triple scrutin du 26 mai dernier, enregistrant une véritable dégringolade à tous les niveaux de pouvoir. À la Chambre, il lâchait trois sièges quand Écolo en empochait sept; en Wallonie, il en perdait sept – enregistrant "le pire score de son histoire", selon le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain) –, quand le PTB en prenait huit; et, enfin, à Bruxelles il devait faire l’impasse sur quatre députés quand Ecolo et le PTB se renforçaient de près du double. Seule l’élection européenne fut plus clémente, avec un recul d’un seul siège.

Les chiffres sont connus. Les conséquences de taille. À côté des nécessaires négociations entamées à contrecœur au Fédéral avec une N-VA (affaiblie) repoussoir, l’on notera notamment la montée, contraint et forcé, au pouvoir au sud du pays avec le MR, après une tentative avortée de coalition avec les Écolos, placée sous le signe de la société civile, et que certains voyaient comme une aubaine pour virer plus à gauche.

Huit grands chantiers sont à relever pour un homme jugé "charismatique", "d’une intelligence remarquable" et "expérimenté".

Ce contexte, les militants, qui ont voté l’adoubement de l’unique candidat président ce week-end à plus de 95% des voix, le connaissent. De quoi chasser l’idée de s’asseoir dans un confortable fauteuil pour Paul Magnette, lors de la passation de pouvoir dimanche, au profit d’une vision de retroussage de manches dès lundi. Direction? La reconquête. Huit grands chantiers sont à relever pour un homme jugé "charismatique", "d’une intelligence remarquable" et "expérimenté" – après tout, il avait déjà occupé la fonction de président de 2013 à 2014, de même que participé au chantier des idées du parti.

1/ Redonner corps à la structure au niveau central

Premier défi, Paul Magnette "devra redonner corps à la structure au niveau central", commence le politologue Pascal Delwit (ULB). Et ce, afin de lui donner les armes lui permettant de riposter aux coups durs et autres attaques en sous-marin de la législature à venir, que le PTB ne manquera pas d’asséner depuis les bancs de l’opposition en Wallonie et à Bruxelles; tout comme le Vlaams Belang et autres exclus de la coalition à naître au Fédéral. Une défense qui devra s’organiser avec une enveloppe réduite, puisque, dû à ses performances électorales, le financement public du PS a été raboté de plus d’un million d’euros.

2/ Éviter le déséquilibre entre fédérations

Ensuite, sur un deuxième plan, étiqueté hennuyer, l’actuel bourgmestre de Charleroi aura à gérer le déséquilibre wallon qui frappe pour l’heure la formation socialiste. "Si le PS est toujours très fort en Hainaut, il est aujourd’hui beaucoup plus faible ailleurs, avec un score en Province de Liège aux dernières élections n’ayant même pas atteint les 25%", pointe Vincent Laborderie. Le défi du futur président, demain, sera de tenter de revenir à une certaine balance. "Il a un peu le même problème que Bart De Wever, bourgmestre à Anvers, qui voit son parti bien y performer, mais moins bien ailleurs."

3/ Exister en bonne et due forme après passage de relais de Di Rupo

Paul Magnette, s’il est déjà bien installé dans l’imaginaire, devra endosser le costume de président, avec une acclimatation de son style à la fonction et une réflexion doctrinale face aux nouveaux enjeux.
Nicolas Baygert
Professeur en communication politique

Et en parlant de figure de taille, se présente alors le troisième chantier: la gestion du passage de relais tendu par le président du PS pendant quasiment 20 ans, Elio Di Rupo. "Paul Magnette, s’il est déjà bien installé dans l’imaginaire, devra endosser le costume de président, avec une acclimatation de son style à la fonction et une réflexion doctrinale face aux nouveaux enjeux", évoque Nicolas Baygert, professeur en communication politique à l’ULB et à l’Ihecs. Et ce, sans se dénaturer.

Car "une bifurcation dans la teneur de ses propos actuels serait malvenue". Simple? Pas sûr. Car, à la différence d’un Elio Di Rupo réputé prudent, modéré, le Carolo est connu pour un verbe tranché, voire parfois spontané. "Il devra faire attention à être plus structurel dans ses propos, là où l’on constate aujourd’hui dans son chef une certaine souplesse dans l’évolution de ses dires. Il devra veiller à ne pas s’enfermer dans des paroles qui pourraient lui être reprochées par après, comme lorsqu’il a dit qu’il ne gouvernera pas avec la N-VA ou qu’il ne reviendra pas au gouvernement si l’on ne revient pas sur la pension à 65 ans", détaille Pascal Delwit. C’est-à-dire viser une certaine forme de modération? "Plutôt de constance. S’il est clair et tranchant, cela devra être dans la durée", résume le politologue.

4/ Redynamiser la base et le militantisme

Attention au syndrome Prince Charles. Magnette devra veiller à ne pas apparaître que comme l’héritier de Di Rupo.
Vincent Laborderie
Politologue (UCL)

Un dialogue qui devra aussi, quatrième défi, se tenir "à l’interne, où il y a un besoin de redynamisation", nous soufflait un fin connaisseur des arcanes du PS, d’inclusion des bases, de débat avec les parlementaires. "Il faudra montrer qu’il n’est pas juste adoubé dans une forme de succession monarchique choisie, mais bien imprégné des défis qui se présentent à lui", avance Nicolas Baygert. Et ce, "dans un contexte d’élections qui dénotent, souligne Vincent Laborderie, par rapport au MR où plusieurs candidats se sont présentés. Seul candidat, il lui faudra faire attention à ce point, à un syndrome Prince Charles (de prédestiné, NDLR)". A priori, et à en croire les personnalités que nous avons pu joindre, l’aspect "consensuel" de la personnalité de l’intéressé devrait aider, de même que le mot d’ordre passé par le chef sortant.

5/ Reconquérir l’électorat happé par le PTB et Ecolo

Cinquième chantier: les coups durs à accuser. Et multiples. D’une part, "le PTB a véritablement pris place sur l’échiquier politique", indique Vincent Laborderie. Et fait mal aux socialistes en tapant dans l’électorat paupérisé. "Il attaque son cœur de cible." Un électorat "vieillissant", selon le politologue, "et même le plus âgé de toutes les formations politiques". D’autre part, Ecolo s’adresse directement aujourd’hui à la "classe moyenne salariée" qui pouvait voter jusqu’ici pour le PS, ajoute Pascal Delwit. Il faudra réagir. Et aller combattre les deux challengers sur leurs terres.

6/ Développer une voix en ligne

Si une chose ressort clairement des élections dernières, c’est que les partis populistes ont ridiculisé leurs adversaires traditionnels sur la toile.

Une lutte de conviction qui devra aussi, sixième défi, être portée sur un ring pour l’heure trop délaissé par le Parti socialiste: les réseaux sociaux. En effet, si une chose ressort clairement des élections dernières, c’est que les partis populistes ont ridiculisé leurs adversaires traditionnels sur la toile. Avec des dépenses de taille consenties, certes, mais des résultats notoires dans les têtes. Retranscrits, semble-t-il, dans les urnes. Un exercice qui pourra s’inspirer du contact de terrain régulier de Paul Magnette, qu’ils sont nombreux à souligner.

7/ Garder la face dans les négociations fédérales

Vient alors un septième enjeu. Le plus court terme (quoique) peut-être. Du côté des négociations fédérales, occupant aujourd’hui les préformateurs Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA), après renvoi de la patate chaude par les informateurs Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (sp.a), Paul Magnette devra composer avec une situation politique pour le moins complexe. Négociateur socialiste, il devra dialoguer (ou du moins tenir jusqu’à aboutir à un constat d’échec) avec son pendant nationaliste, Theo Francken – peut-être amené lui aussi, entend-on, à présider un jour sa formation –, le "diable", pique Vincent Laborderie, en vue de la formation d’un gouvernement. Que certains vouent déjà à une mort certaine, arguant des départs d’Elio Di Rupo à la ministre-présidence wallonne et de tous les ténors du nord au gouvernement flamand.

8/ Faire le gros dos face au désamour européen de la social-démocratie

Reste enfin un dernier chantier, plus profond cette fois: faire face au désamour européen de la social-démocratie. "Il faudra que le PS recherche une nouvelle formulation de son identité dans un contexte où, pour ne citer que la France, le socialisme a quasi atteint l’évanescence du paysage politique", indique Pascal Delwit. Nicolas Baygert abonde: "À quelques exceptions près Portugal et certains pays scandinaves , c’est la crise. Il est urgent que Paul Magnette imprime une orientation claire, soit plus centriste soit plus à gauche, sur l’échelle des progressismes."

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