Les industriels attaquent l'interdiction de vente du Roundup

©Thomson Reuters

Phytofar, l’association réunissant les producteurs d’herbicides, conteste l’arrêté royal d’interdiction de vente des herbicides de synthèse aux particuliers devant le Conseil d’Etat.

Depuis le 1er janvier, les particuliers ne peuvent plus acheter d’herbicides sélectifs dans le commerce en Belgique. Et depuis le 6 octobre dernier, il en va de même pour les herbicides totaux, genre Roundup (glyphosate). Cette situation fait suite à une décision du Fédéral. Cela risque-t-il changer? C’est en tout cas le souhaite de Phytofar, l’association belge de l’industrie des produits de protection des plantes. Cette organisation professionnelle réunit les grands producteurs de produits phytos tels que Bayer Crop, BASF, Syngenta Crop et autres Taminco. Elle vient de déposer un recours au Conseil d’Etat en vue d’obtenir l’annulation de l’arrêté royal du 16 septembre 2018 interdisant la vente d’herbicides de synthèse (produits en laboratoire) aux particuliers.

"Le Règlement européen ne prévoit pas de discrimination sur base de l’origine des produits."
peter jaeken
secrétaire général de Phytofar

Phytofar ne l’a jamais caché: elle conteste le bien-fondé de l’interdiction. Elle l’avait signalé lors de l’adoption de l’arrêté royal il y a quatre mois. Son secrétaire général Peter Jaeken nous l’a répété lundi: "Organiser une discrimination entre les produits de synthèse (totaux ou sélectifs, NDLR) et ceux d’origine naturelle n’est pas légitime; cela ne donne aucune garantie qu’un meilleur service soit rendu à la société civile, ni qu’un progrès soit enregistré en matière de santé."

L’utilisation de ce type d’herbicides est suspectée d’être cancérigène, pour rappel, sans que les conclusions d’études suffisamment convergentes aient permis à l’Union européenne de statuer sur la question. Les Régions wallonne et bruxelloise, ainsi que le gouvernement fédéral belge, se sont positionnés en pointe sur ce dossier, en basant leurs mesures de limitation ou d’interdiction sur des raisons de santé publique et sur le principe de précaution.

Dix millions envolés

De son côté, Phytofar juge abusif ce recours principiel au motif que les procédures d’autorisation de ces produits répondent déjà à un canevas de conditions très sévères. L’association dénonce aussi le cavalier seul de la Belgique par rapport à l’UE, qui n’a pas interdit l’utilisation de ces herbicides par les particuliers. "Le Règlement européen ne prévoit pas de discrimination sur la base de l’origine ou des substances actives des produits", ajoute Jaeken, ce qui confirme que la discrimination sera un argument phare des plaidoiries à venir au Conseil d’Etat.

Phytofar s’inquiète, enfin, des mesures que prendront les particuliers pour trouver des herbicides de substitution, notamment sur internet. Et souligne que la scission des produits particuliers et professionnels décrétée il y a 5 ans par le Fédéral a déjà coûté 10 millions au secteur (emballages, composants…).

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