"Les marches pour le climat, une opportunité pour l'école de retrouver du sens"

Ils ne sont pas en classe, mais leurs manifestations sont une opportunité pour l'école, selon le directeur du collège Notre-Dame d'Erpent. ©BELGA

Les marches pour le climat sont un terrain pédagogique fertile. Quand ils ne sont pas aux manifs, les élèves sont plus attentifs en classe, constatent certains profs. Tandis que d’autres envisagent de faire des marches du jeudi une sortie scolaire.

Il est directeur depuis vingt ans, il n’a évidemment jamais vu ça et c’est fier de la maturité de ses élèves qu’il accompagne leur démarche. "Ils passent de la théorie démocratique à la pratique démocratique", se réjouit Stéphan de Brabant, au collège Notre-Dame d’Erpent (Namur). Dans son école, la participation au mouvement des manifestations du jeudi pour le climat est d’environ un tiers des élèves du dernier niveau. "Est-ce que ça va durer, je pense que oui", poursuit-il. Et c’est à ses yeux une chance de pouvoir accompagner ce mouvement.

"J’ai un prof de sciences qui me dit qu’il n’a jamais vu autant de concentration à son cours que ces jours-ci. C’est extraordinaire !"
Stéphan de Brabant
Directeur du collège Notre-Dame d'Erpent

À Erpent, un dialogue est mis en place avec les élèves, qui ont écrit eux-mêmes aux parents pour leur expliquer le sens des manifestations du jeudi. "Mais on s’est mis bien d’accord qu’ils doivent rester responsables de leur scolarité", poursuit le directeur. S’il faut parler d’accompagnement pédagogique de ces marches, le premier rôle que s’assigne l’école est là : encourager la démarche citoyenne mais alerter sur le risque qu’elle peut faire peser sur la réussite scolaire. Carotter n’a pas les mêmes conséquences pour tout le monde. La direction se montre donc encourageante. "On a eu une discussion lundi sur la manière dont on pouvait remplir les rues sans mettre notre année en péril et on a convenu qu’on organiserait une tournante, explique de son côté Adelaïde Charlier, élève du collège et figure du mouvement côté francophone: les jeudis où par exemple il est très important pour rhétos d’être en classe, d’autres années se mobilisent plus."

Conscience mutuelle

Mais si l’école encourage discrètement le mouvement de désobéissance civile, c’est parcequ’elle y voit un terrain pédagogique fertile. L’émulation réjouit le directeur de l’établissement: "C’est une opportunité pour le monde de l’école, pour les enseignants, de retrouver un peu plus de sens pour ce qu’on fait dans les écoles, estime-t-il. Les élèves ont besoin de comprendre. J’ai un prof de sciences qui me dit qu’il n’a jamais vu autant de concentration à son cours que ces jours-ci. C’est extraordinaire !"

Et si les élèves peuvent être plus motivés par le besoin de comprendre, la conscientisation n’est pas à sens unique, à écouter  Adelaïde Charlier: "Il y a une prise de conscience des élèves mais aussi des professeurs, qui se rendent compte de notre peur. Ils en parlent en cours, lancent des débats." 

Des changements concrets

Manifester, débattre, apprendre. Il s’agit ensuite de traduire l’indignation face à l’immobilisme en matière climatique par des mesures concrètes. "C’est important de leur expliquer que la mobilisation passe aussi par des gestes au quotidien, et que faire ce que certains font déjà, comme venir à vélo ou à trottinette à l’école, c’est déjà un geste important: ceux qui le font sont en quelque sorte des ambassadeurs dans l’école", abonde de son côté Benoît Bombaerts, professeur d’éducation physique à Ganshoren.

"Il y a une prise de conscience des élèves mais aussi des professeurs, qui se rendent compte aussi de notre peur."
Adélaïde Charlier
Élève du collège d'Erpent, figure du mouvement côté francophone

Dans le collège d’Erpent aussi on cherche des débouchés pratiques à la mobilisation, mais le chantier de la mobilité n’est pas le plus évident: les premiers qu’il faut convaincre, ce sont les parents, reprend Stéphan de Brabant, or "pour certains, s’ils pouvaient conduire leur enfant en voiture jusque dans la cour, ils le feraient. On propose le covoiturage, mais ça ne prend pas encore." Ici comme ailleurs, l’équipe "éco-team" instituée de longue date par l’école et qui réunit des profs et des élèves gagne en dynamisme. "On a lancé un challenge par semaine, par classe, explique Adélaïde Charlier. Par exemple: faire un repas local à la maison, ou prendre une gourde plutôt qu’une bouteille en plastique." Mais l’établissement a aussi ses propres chantiers à mettre en place s’il veut rester cohérent avec la démarche: "Dans cette école, on a un problème de chauffage – il reste allumé en permanence, quel que soit le temps – c’était quelque chose à voir plus tard, c’est devenu une priorité", poursuit la collégienne. Son directeur abonde: "Qui osera demain, dans les plans de pilotage [objectifs de l’école pour six ans, ndlr], ne pas faire du climat une priorité?"

Soutien officiel 

Peut-on pousser la pédagogie jusqu’à faire de la manifestation une sortie scolaire? "Ca n’a pas encore été fait chez nous, mais quelques profs envisagent l’idée d’y aller avec un groupe de classes", explique à Watermael-Boisfort le directeur du collège Saint-Hubert, qui n’est pas contraire à l’idée. Ailleurs, la démarche reste délicate. À Ganshoren, Benoît Bombaerts souhaite, comme une dizaine d’enseignants de son école, aller rejoindre les ados dans la rue, "mais notre direction ne l’encourage pas et nous a un peu fait peur de ce côté-là, en insistant sur le fait qu’on risquerait de perdre de élèves", explique-t-il, sans renoncer au projet. Sur Facebook, un vaste groupe de profs a déjà convenu de participer à la marche du 14 février. Une démarche encouragée à demi-mot par le Secrétariat général de l’Enseignement catholique (SeGEC): dans une note envoyée aux directions il prévoit l’option d’une participation aux marches "dans le cadre d’une activité pédagogique".  Manifester pour apprendre, apprendre en manifestant: l’école bouillonne.

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