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Les "non-essentiels" valent bien aussi une carte blanche

Est-il si déraisonnable d’exiger que la gouvernance actuelle prenne aussi en compte les réalités des " non-essentiels " dans sa gestion de la crise ?

Etant actif depuis 2001 dans la gestion de risques pour la sécurité d’événements, je n’ai jamais douté du fait que ce fameux SARS-CoV-2, pas plus grand qu’un millième de millimètre, allait lourdement impacter « mon monde »,  mais, comme beaucoup, je le considérais alors comme un risque ponctuel. Extrême oui, mais ponctuel ! Nous étions alors à la fin du mois de février 2020 …

Christophe Samyn.

Et puis, badaboum. Mars 2020, tout s’enchaîne au niveau planétaire : 195 pays confinés, la majorité des secteurs économiques à l’arrêt, impossible de voyager en dehors de ses frontières et tout cela en 20 jours seulement.

De l’étonnement aux questionnements multiples, de la stupeur à l’atmosphère anxiogène développée par une communication « officielle » souvent hésitante, maladroite ou carrément absente, cet « événement » naturel a porté un solide coup à l’orgueil de notre société, de nos dirigeants persuadés de leur capacité à faire face à toutes circonstances.

Nouveauté dans notre société : il faut désormais être considéré comme «essentiel» pour être pris en compte et respecté!

Et pourtant. Nouveauté dans notre société : il faut désormais être considéré comme «essentiel» pour être pris en compte et respecté!

Une année après ce « choc », alors que la planète entière s’est récemment émerveillée d’un bruit, celui du vent d’une planète située à 62 millions de kilomètres, il semble impossible, pour nos gouvernants, d’écouter une jeunesse de qui ils exigent le sacrifice de son insouciance, de son enseignement, de son impertinence, de son futur.

La raison, martelée sans cesse depuis des mois,  étant qu’il est impératif d’accepter d’arrêter de « vivre », pour ne pas mourir, pour ne pas tuer, pour ne pas  basculer « du côté obscur de la force ». Est-ce bien raisonnable ?

Un an plus tard...

Une année après ce « choc », alors que d’autres centaines de milliers de citoyens ont docilement accepté, bon gré mal gré, de subir les impacts d’une gestion de crise qui les a catalogués comme « non-essentiels », ils se voient maintenant refuser l’écoute, l’attention, le respect de ceux qui les condamnent au sacrifice de leur vie future.

Pire, les « non-essentiels » ont, bénévolement, concrètement et positivement travaillé à des solutions concrètes qui prouvent qu’ils ont pour but de préserver, d’abord et avant tout, la santé et la sécurité de tous. Pourtant, la surdité persiste. Les mêmes qui ont applaudi à l’écoute du bruit du vent de mars. N’y a-t-il pas pire sourd que celui qui ne souhaite pas entendre?

Deux ans après...

Deux années après ce « choc », alors que la jeunesse revendique son droit à la liberté de parole, sa liberté de de vivre, alors que les « non-essentiels », sacrifiés sur l’autel de la virologie politique, se sont regroupés et réclament, avec force et détermination, réparation des énormes dommages causés par le gouvernement De Croo, les partis extrémistes, à la tête du pays depuis quelques semaines maintenant, ont voté l’état d’urgence et la taxation de toutes les richesses du pays, et se sont octroyés les pleins pouvoirs. En effet, tenant compte des nombreux débordements et dans le but de préserver la santé de leurs « disciples », tout déplacement en dehors du domicile nécessite une autorisation préalable des autorités !

Je me réveille en sueur. C’était un cauchemar. Mais est-ce si surréaliste que cela ?

La première des règles en démocratie est que les gouvernants sont élus par les citoyens et gouvernent dans l’intérêt des citoyens, de tous les citoyens, essentiels et non essentiels.

Malheureusement, je crains que non. N’est-il pas juste de dire que lorsque les principes démocratiques sont piétinés, lorsque force ne reste plus à la loi, lorsque les citoyens ne sont plus même entendus, lorsque la culture n’est plus considérée comme essentielle, lorsque le pouvoir est entre les mains de quelques «autorisés»  et que la gouvernance se décline malgré tous les autres, les fondements de nos sociétés démocratiques sont en danger? La première des règles en démocratie est que les gouvernants sont élus par les citoyens et gouvernent dans l’intérêt des citoyens, de tous les citoyens, essentiels et non essentiels.

Aux limites de la résilience

N’est-il vraiment plus possible de prendre en considération, de respecter l’ensemble de la population, dans mon pays? Est-il si déraisonnable d’exiger que la gouvernance actuelle prenne aussi en compte les réalités des «non-essentiels» dans sa gestion de la crise? Est-il, enfin, raisonnable d’attendre le sacrifice de ceux qui n’ont demandé qu’à aider et à être écoutés tout au long de cette crise? La résilience et la raison ont aussi leurs limites.

La pire des choses est de ne pas dire les choses fussent-elles dérangeantes, troublantes, choquantes mêmes . La réalité, si douloureuse, injuste, affreuse qu’elle puisse paraître, ne saurait s’améliorer qu’en disant les choses.

Christophe Samyn
Managing Director OPSMAN Consulting *

*Cette carte blanche est co-signée par les «non-essentiels» André Joyeux (F.D.M.E.) - Lorenzo Serra (Brussels by Night Federation) - Gérard Van Os (FEBELUX) - Vinciane Morel (Event Confederation) - Pierre-André Itin – Frédéric François – Sam van de Kerckhof – Bruno Counard – Catherine Dierckens – Vincent Bruscia – Julia Shamray – Damien Mayart – Damien Haubruge – Nicolas Lefèbvre – Malik Abrighach – Jonathan Decaux – Véronique Dallemagne - Carl de Moncharline – Laurent Vardaro – Stijn Snaet –   … Et tant d’autres.

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