Les oméga-3 sont mauvais pour la santé… des cellules cancéreuses

Pour leur étude, les scientifiques ont eu recours à un système de culture de cellules tumorales en 3D: des sphéroïdes. En présence de DHA, ces sphéroïdes croissent d’abord et puis implosent en quelques jours. ©BELGA

Certains acides gras de type oméga-3 peuvent faire imploser des tumeurs cancéreuses acides avant qu’elles ne métastasent. Une découverte de l’UCLouvain.

C’est un des résultats majeurs de la thèse de doctorat d’Emeline Dierge, chercheuse Télévie (FNRS) de l’UCLouvain. Sous la férule des Professeurs Olivier Feron (Institut de recherche expérimentale et clinique / IREC, à Woluwe) et Yvan Larondelle (Faculté des bioingénieurs à Louvain-la-Neuve), elle a pu montrer que dans certaines circonstances, le DHA, un omega-3 bien connu, disponible par voie alimentaire, pouvait faire imploser des tumeurs cancéreuses. "En combinaison avec certaines molécules thérapeutiques administrées aux patients cancéreux, cet effet est encore plus manifeste", précise la chercheuse.

Le DHA (acide docosahexaénoïque) est un acide gras qui joue un rôle important pour la santé (cœur, cerveau…). Des poissons gras, comme le saumon ou les sardines par exemple en sont de bonnes sources alimentaires.

Cet acide gras, que l'on retrouve dans des poissons comme le saumon ou les sardines par exemple, joue un rôle important pour la santé (cœur, cerveau…).

À l’IREC, le Professeur Feron avait déjà montré l’an dernier que les tumeurs cancéreuses stockaient leurs aliments dans de petites vésicules intracellulaires en accumulant des acides gras. Ces réserves lipidiques leur sont utiles lorsqu’elles se dispersent dans l’organisme (métastases). L’acidité qui règne dans les tumeurs favorise l’invasion des cellules cancéreuses dans les tissus sains. Ce processus requiert le détachement des cellules cancéreuses de leur site d’ancrage initial et de leur capacité à survivre dans des conditions qui seraient fatales aux cellules saines.

"Quand les tumeurs grandissent, elles s’acidifient. Pour s’adapter à cet environnement, les cellules cancéreuses modifient leur métabolisme."
Emeline Diègre
Chercheuse Télévie (FNRS) de l’UCLouvain

C’est précisément à la suite de ce constat que les recherches menées en parallèle par Emeline Diègre débouchent aujourd’hui sur une nouvelle découverte. "Quand les tumeurs grandissent, elles s’acidifient. Pour s’adapter à cet environnement, les cellules cancéreuses modifient leur métabolisme", explique-t-elle. "Elles vont préférer utiliser des acides gras au lieu de glucose comme source énergétique. Le but de ma thèse est de tirer parti de cet appétit pour les acides gras des cellules cancéreuses afin de lutter contre le cancer, en les 'nourrissant' avec des acides gras potentiellement toxiques pour elles".

Mort cellulaire par ferroptose

L’équipe a étudié le comportement de tumeurs nourries de divers types d’acides gras. Elle a constaté que les acides gras polyinsaturés oméga-3 et oméga-6, à longue chaîne, comme le DHA, ralentissaient la croissance tumorale chez des souris cancéreuse. Elle a ensuite tenté de comprendre les raisons de ce ralentissement. "Le DHA va en réalité induire la mort des cellules cancéreuses en acidose via un phénomène appelé ferroptose, un type de mort cellulaire liée à la peroxydation de certains acides gras", explique le Pr Olivier Feron. 

Plus il y a d’acides gras insaturés disponibles au sein de la cellule, plus il y a risque d’oxydation de ces acides gras.

Plus il y a d’acides gras insaturés disponibles au sein de la cellule, plus il y a risque d’oxydation de ces acides gras. "En temps normal, dans le compartiment acide des tumeurs, les cellules stockent ces acides gras dans des gouttelettes lipidiques où les acides gras sont à l’abri de cette oxydation. Mais en présence d’une quantité importante de DHA, la cellule tumorale est dépassée et ne peut plus stocker le DHA, qui s’oxyde alors et entraîne par la même occasion la mort des cellules. En utilisant un inhibiteur du métabolisme des lipides qui empêche la formation des gouttelettes lipidiques, les chercheurs ont pu constater que ce phénomène était encore amplifié, ce qui confirme le mécanisme identifié et ouvre des perspectives de traitement combiné à des approches alimentaires

Tous les cancers solides sont concernés 

Les résultats des travaux d’Emeline Dierge viennent d’être publiés dans la revue scientifique "Cell Metabolism". Lors de cette étude, plusieurs types d’échantillons de tumeurs humaines ont été testés, avec de bons résultats. "Ce qui rend cette étude encore plus intéressante, c’est que l’effet du DHA sur les tumeurs concerne potentiellement tous les types de cancers solides" (pas les leucémies par conséquent), précise le Professeur Feron.

"Notre alimentation nous apporte en moyenne seulement 50 à 100 mg par jour de cet acide gras."
Professeur Yvan Larondelle
Bioingénieur à l'UCLouvain

Un avis partagé par le Professeur Yvan Larondelle. Comme bioingénieur, il travaille actuellement à la mise sur pied d’une spin-off qui devrait proposer aux consommateurs des aliments riches en DHA, produits au départ d’aliments "simples" et locaux (du quinoa cultivé en Wallonie). "Les recommandations en matière de santé préconisent la prise quotidienne de 250 mg de DHA, indique-t-il. "Or, notre alimentation nous apporte en moyenne seulement 50 à 100 mg par jour de cet acide gras". Les aliments enrichis en DHA qu’il espère pouvoir mettre sur le marché avec sa spin-off devraient pouvoir pallier cette carence.

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