Les problèmes de Doel inquiètent les Pays-Bas

©Kristof Van Accom

Le réacteur nucléaire de la centrale de Doel 1 a redémarré ce lundi midi. Il s'était automatiquement arrêté samedi à cause d'un problème au niveau de l'alternateur. Pour le ministre de l'Intérieur, la sécurité des centrales fonctionne. Mais Ecolo-Groen avaient réclamé dès dimanche la suspension des opérations de prolongation de Doel 1 et 2. Plusieurs partis au Pays-Bas commencent également à s'inquiéter.

Le réacteur nucléaire Doel 1, qui s'était automatiquement mis à l'arrêt samedi soir à la suite d'un problème avec un alternateur, a redémarré ce lundi vers 12h.

L'alternateur défectueux ne se trouve pas dans la partie nucléaire de la centrale. Il s'agit d'une grande dynamo où l'électricité est produite. "L'alternateur se situe dans la partie conventionnelle de la centrale. Il s'agit d'une grande turbine dans laquelle l'électricité est produite", selon Els De Clercq, responsable communication de la centrale de Doel. Des mesures supplémentaires seront effectuées afin de connaître les raisons précises de la panne.

L'arrêt automatique du réacteur nucléaire n'a eu aucune incidence sur la sécurité des employés, ni sur les installations de la centrale nucléaire.

Le parc nucléaire belge

En vert: les centrales nucléaires en activité
En rouge: les centrales nucléaires à l'arrêt

Peut-on encore faire confiance à nos centrale?

• Côté socialiste, on demande aux ministres de l'Intérieur et de l'Energie, Jan Jambon et Marie-Christine Marghem, de venir s'expliquer mercredi au parlement. Le gouvernement doit démontrer que la sécurité nucléaire de toutes les centrales est garantie, estime le groupe PS de la Chambre. "Entre redémarrages avortés et incidents en tous genres, peut-on encore faire confiance à nos vieilles centrales? Tous les citoyens se posent aujourd'hui la question. Et ils ne sont pas les seuls: l'Allemagne et les Pays-Bas s'inquiètent également de la remise en service de nos centrales. Ils plaident même pour leur fermeture définitive", soulignent les socialistes dans un communiqué.

Plusieurs partis néerlandais d'opposition ont demandé au gouvernement de La Haye d'exiger à Bruxelles un droit de regard sur la centre nucléaire de Doel. La presse batave estime que les inquiétudes augmentent outre-Moerdijk après le nouvel arrêt du réacteur numéro 1 survenu samedi.

"Ces centrales sont si vieilles, que si quelque chose tourne mal, les problèmes ne s'arrêteront pas à la frontière", a déclaré la députée Stientje van Veldhoven (D66) au journal AD. Groenlinks demande un débat à ce sujet depuis longtemps tandis que le SP exige carrément la fermeture de la centrale.  "Les installations ont à peine été remises en route qu'elles sont immédiatement tombées en panne. Nous ne pouvons pas qualifier cela de simple incident à chaque fois", a expliqué le député Eric Smaling (SP).


  Le député Eric Thiébaut dénonce la "politique du tout au nucléaire" du gouvernement fédéral et sa "précipitation" dans la relance des centrales qui "exposent notre pays à des risques d'instabilité et d'incertitude, tant en termes de sécurité d'approvisionnement que de sûreté nucléaire". Les socialistes réclament un moratoire sur le redémarrage des centrales de Doel afin que la transparence soit faite sur la sécurité et que des garanties soient apportées  

• Côté écologique, on réclame depuis dimanche la suspension des opérations de prolongation de Doel 1 et 2 à la suite de l'incident survenu samedi dans la centrale nucléaire. Selon le chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre, Jean-Marc Nollet, il faut d'abord laisser le temps à Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) de réaliser l'inspection prévue cette année et l'année prochaine.

©BELGA

"Cette centrale de Doel 1 devait être relancée pour dix ans et est à l'arrêt au bout d'une semaine. On a l'impression qu'Electrabel ne maîtrise pas totalement la situation et qu'il mène ce redémarrage à un rythme effréné", a déclaré M. Nollet.

L'AIEA mènera une inspection "Safety Aspects of Long Term Operation" (SALTO) dans le cadre de la prolongation des réacteurs nucléaires en deux phases. Une mission d'experts devrait avoir lieu durant une semaine en février 2016 avant une mission plus complète en 2017.

"Nous espérons que ce tsunami d'incidents des dernières semaines dans les centrales nucléaires va ouvrir les yeux du gouvernement et qu'il va revenir sur son intention de maintenir les centrales de Doel 1 et 2, qui datent de 1975, encore dix années de plus", a indiqué le chef de groupe Ecolo-Groen au fédéral Kristof Calvo.

©BELGA

"Je sais bien qu'il n'y a pas de raison de paniquer à cause de cette mise à l'arrêt et que les problèmes se situent dans la partie non nucléaire de Doel 1 mais d'un autre côté, nous ne pouvons pas être trop indulgents face à toute la série d'incidents dans les centrales nucléaires qu'on veut justement prolonger", ajoute le parlementaire vert.

 

Pas de problème de sécurité, selon Jambon

Il n'y a aucun problème avec la sécurité de la centrale nucléaire de Doel 1, a déclaré dimanche le ministre de l'Intérieur Jan Jambon, compétent en matière de sécurité, dans le journal télévisé sur la chaîne flamande Eén.

Le fait que la centrale de Doel 1 se soit arrêtée automatiquement samedi soir après un problème avec l'alternateur prouve, selon Jambon, que le système de sécurité fonctionne.

"C'est un petit incident. Le fait que la centrale se soit arrêtée d'elle-même prouve que les systèmes de sécurité fonctionnent", a dit le ministre. "Je comprends que l'opposition veuille exploiter cela mais dire que la sécurité nucléaire est en cause, c'est traverstir la réalité."

Doel 1 a redémarré le 30 décembre dernier et a été couplé au réseau. Le réacteur était à l'arrêt depuis février 2015. Doel 2 a redémarré, quant à lui, le soir de Noël.

Quant au réacteur de Doel 3, il a été mis à l'arrêt dans la nuit du 24 au 25 décembre en raison d'une perte d'eau survenue dans un générateur de la partie non nucléaire de la centrale, quatre jours à peine après son redémarrage. Electrabel espère remettre ce réacteur en marche le 6 janvier. Doel 4 tourne, pour sa part, à pleine puissance.

Marche - arrêt, marche - arrêt: il ne s'est presque pas passé un jour sans que les centrales nucléaires belges fassent parler d'elles depuis le mois de décembre de l'année écoulée. Petit rappel.

- L'incident le plus récent remonte à samedi soir. Peu après 18h, le réacteur nucléaire Doel 1 s'est mis automatiquement à l'arrêt. La cause est un problème au niveau de l'alternateur, selon la porte-parole d'Electrabel pour le site de Doel. Doel 1 avait été reconnecté au réseau électrique le 30 décembre dernier, après la décision du gouvernement fédéral de prolonger de 10 ans la durée de vie des réacteurs Doel 1 et Doel 2. Mis en service en 1975, ces réacteurs parmi les plus vieux de Belgique étaient initialement prévus pour durer quarante ans, mais des adaptations ont été apportées en vue de les faire fonctionner jusqu'en 2025. Doel 2 a été redémarré la veille de Noël. Avant son redémarrage, Doel 1 était à l'arrêt depuis février 2015.

- Doel 3 a été mis à l'arrêt dans la nuit du 24 au 25 décembre en raison d'une fuite d'eau survenue dans un générateur de la partie non nucléaire de la centrale. Le réacteur venait de reprendre son activité après un arrêt, qui avait duré du 26 mars 2014 au 21 décembre dernier, dû à la découverte de microfissures dans sa cuve en acier. Electrabel espère le faire redémarrer le 6 janvier.

- Doel 4 tourne à pleine puissance, mais cette centrale a aussi fait parler d'elle car elle a été victime d'un vraisemblable acte de sabotage le 5 août 2014 dans sa partie non nucléaire. En 37 minutes à peine, la centrale avait perdu 65.000 litres d'huile. Les turbines, qui tournaient dès lors "à sec", ont subi d'importants dégâts. A l'arrêt le temps des réparations, Doel 4 est redevenu opérationnel le 19 décembre 2014. En janvier, on a appris qu'une trentaine de travailleurs, principalement des sous-traitants, n'avaient plus le droit d'accéder à la centrale ni même au site. L'enquête judiciaire est toujours en cours mais aucun suspect n'a été interpellé.

- L'autre site nucléaire belge, celui de Tihange près de Liège, n'a pas non plus été épargné par les incidents le mois dernier. Le réacteur Tihange 1 s'est automatiquement arrêté le 18 décembre à la suite d'un incendie dans une partie non nucléaire de la centrale. Il a pu redémarrer plus d'une semaine plus tard, le 26 décembre.

- Tihange 2, le deuxième réacteur dont la cuve en acier est microfissurée, est à nouveau exploité depuis le 14 décembre. Il était hors service depuis fin mars 2014. Tout comme Doel 3, Tihange 2 avait une première fois été arrêté durant l'été 2012, lorsque les microfissures avaient été découvertes. Ces réacteurs avaient ensuite redémarré puis été remis à l'arrêt le temps de tests complémentaires. Les microfissures en question, de l'épaisseur d'un papier à cigarette, sont dues à des bulles d'hydrogène présentes depuis la construction des deux cuves. L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a autorisé Electrabel à procéder au redémarrage de Doel 3 et Tihange 2 le 17 novembre dernier.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés