interview

"Les rencontres de campagne me restent dans la tête" (Simon Moutquin, Ecolo)

©Anthony Dehez

A 31 ans, Simon Moutquin fait ses premiers pas à la Chambre. Le jeune député Ecolo du Brabant wallon vient du monde associatif et compte faire entendre sa voix pour défendre les droits humains.

"Je ne me suis jamais levé un matin en pensant que je deviendrais député." Pourtant, député, Simon Moutquin l’est devenu. Depuis deux mois. Comme d’autres nouveaux élus du Parlement fédéral, il ne comprend pas bien pourquoi il reçoit deux mois de salaire sans que l’activité de la Chambre ne démarre vraiment. Mais il rassure: pas besoin d’un agenda rempli de commissions pour bosser. Le jeune élu, 31 ans, travaille déjà à nourrir un mandat qui, lorsque l’électeur du Brabant wallon le lui a offert, ne l’a pas spécialement mis en joie, admet-il.

"Entre le modèle de Macron et le modèle populiste, je voulais défendre un troisième projet: l’écologie politique."

Sa première impression en débarquant à la Chambre? "Qu’est ce que je fais là? (...) Et puis, c’est le sens des responsabilités. La fierté, c’est surtout mes proches qui me la renvoient. En arrivant à la Chambre, je me suis rappelé de tous ces gens que j’avais vus durant la campagne. Je me souviens d’une retraitée qui ne savait rien payer à ses petits-enfants. ça reste dans la tête. Je n’ai pas été pris d’une certaine arrogance, je me sens comme avant et cela ne changera pas."

"Une autre politique migratoire est possible"

En tant que spécialiste du droit international, particulièrement impliqué pour la cause d’une migration plus humaine, le député Moutquin aura à cœur de mettre tout en œuvre pour que l’enfermement des enfants appartienne au passé de la Belgique. "Quel que soit le gouvernement, l’urgence est là", affirme-t-il en rappelant qu’il n’y a pas si longtemps, les familles migrantes "expulsables" étaient cantonnées dans des centres ouverts.

"Plus globalement, Ecolo plaide pour des alternatives aux centres fermés qui sont des dispositifs inutiles (leur budget est l’un des seuls qui a augmenté lors de la dernière législature), très coûteux et inhumains puisqu’il s’agit d’enfermer de gens qui n’ont rien fait", dit-il. Une autre politique migratoire est possible, ajoute Simon Moutquin en s’appuyant sur le modèle du Royaume Uni qui "crée par exemple des projets de retour avec les migrants".

Nous sommes à la terrasse de l’Alterez-vous, une sorte de QG pour Simon Moutquin lorsqu’il est à Louvain-la-Neuve. Il a tenu à ce que l’entretien se fasse dans ce lieu qui synthétise très concrètement les combats d’Ecolo. Cette coopérative est logée dans un petit coin du haut de la ville, on y trouve à manger (bio), des ateliers divers, des activités culturelles. Bref, c’est éco-responsable et participatif à souhait. Le député embraye sur la genèse de son engagement politique.

Nés de parents éducateurs dans un terreau familial ancré à gauche, ce n’est pas à la maison que le virus politique le gagne. Mais chez les scouts. Il était chef de quelque 120 jeunes dans son village de Chastre, en Brabant Wallon. "Je voyais les budgets réservés aux jeunes: 85% dédiés au foot parce que le club de la commune était celui du bourgmestre, raconte-t-il. Je me suis dit: ‘Il y a quelque chose qui ne va pas’. C’est le fait politique qui m’a accroché. J’ai appelé Ecolo et c’est Hélène Ryckmans, députée et cheffe de file Ecolo à Chastre qui a décroché. J’avais 17 ans."

Irak, Israël, Palestine

Un an plus tard environ, un autre moment charnière donnera une nouvelle orientation au parcours de Simon Moutquin. "J’étais en manif contre la guerre en Irak, raconte-t-il. J’ai rencontré une personne qui m’a parlé de voyage en Palestine et en Israël. Je suis parti dans un camp de réfugiés pendant un mois et demi. Ce voyage m’a marqué, c’est le début d’un engagement dans le domaine du droit international, mais pas encore au sens partisan. Depuis ce jour-là, je m’investis dans pas mal de causes: contre les traités de libre-échange, contre l’achat d’avions de chasse et beaucoup sur la question migratoire."

La randonnée, seul ou entre amis

Sans hésitation. A la question de savoir quel est son hobby favori, Simon Moutquin répond: "La rando". Il lui arrive souvent de partir à l’improviste, le week-end, pour marcher. "Je fais le tour de la Belgique, seul ou entre amis, ça dépend de l’humeur du moment", explique-t-il.

Le député Ecolo n’est pas spécialement adepte des treks en de lointaines et hautes montagnes. Il apprécie davantage la côte normande qu’il fréquente assidûment pour rendre visite à son père, qui y vit.

"Je peux marcher des heures le long de la côte atlantique, sur le sentier bien connu des douaniers." Ce chemin est une des curiosités de la région de La Hague, célèbre également pour sa centrale nucléaire. "Mais ça, c’est un autre problème", plaisante le député.

Il apprécie la marche en tant que "moments avec soi-même", d’occasions de "réfléchir aux choses essentielles" et "de respirer un air pur". "La randonnée est une activité physique simple et accessible à tous, elle permet des rencontres inattendues."

C’était juste avant d’entamer une carrière, brève, de prof d’histoire-géo. "J’ai enseigné pendant un an et demi à Cureghem (un quartier de Bruxelles, NDLR) dans une école à discrimination positive, poursuit-il. Mais bien que le métier soit noble et intéressant, je sentais que je n’impactais pas assez la société. Le déclic est venu en apprenant que deux de mes élèves étaient dans une situation de précarité horrible. Je me suis dit: ‘Il y a quelque chose qui ne va pas dans ce monde’. C’est la raison pour laquelle j’ai fait ce master en droit international. Grâce à lui, j’ai eu un boulot à l’Association belgo-palestinienne qui bosse sur les droits de l’homme en Palestine."

Ce nouveau boulot l’amène à démissionner de son mandat de conseiller communal à Chastre, qu’il avait obtenu en 2012, pour ne pas entretenir "une confusion des genres". Mais le lien avec le parti vert n’est pas rompu. Si le jeune homme n’envisage alors pas du tout de se présenter en place éligible, il changera d’avis en juillet 2017 en entendant Emmanuel Macron dire que "dans les gares, on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien".

"Cette phrase m’a profondément choqué et je me suis dit qu’on est dans un monde où il y a deux modèles. Le modèle de Macron qui va jusqu’à dire des choses aussi violentes et le modèle populiste qui est en train de monter en Europe avec un discours raciste, homophobe. Je voulais défendre un troisième projet. Pour moi c’est celui de l’écologie politique."


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