Les "sugarbabies" témoignent

©Thomas de boever

La prostitution étudiante n'est pas un phénomène nouveau. Pourquoi ces jeunes filles se lancent-elles dans cette activité? L'Echo a mené l'enquête, témoignages à l'appui.

Le scandale provoqué par la publicité qui a tourné aux abords du site de l'Université libre de Bruxelles pour le site de rencontre "RichMeetBeautiful" a jeté un coup de projecteur sur la prostitution étudiante. Un phénomène pourtant pas neuf, contre lequel Marie Meunier, jeune militante socialiste (et conseillère communale à Mons) lutte depuis 3 ans.

L'Echo a enquêté sur le phénomène. Marie Meunier a été confrontée de près à la prostitution étudiante. Des amis à elle ont vendu leur corps pour payer leurs études. Elle a récolté leurs témoignages. Voici celui de Lise*, 23 ans, ex-étudiante en sciences politiques au Fucam.

"Expérience lucrative et clients de bonne compagnie"

J’assume complètement mon choix. Lise est un pseudo bien sûr, né d’un simple clic, en décembre. J’étudiais au Fucam à l’époque, en sciences politiques.

Mes parents n’avaient pas les moyens de me payer mes études, mais n’étaient pas dans le barème permettant de souscrire une bourse ou une demande d’aide au CPAS. On a donc opté pour un prêt.

"Je travaillais 12 heures comme caissière mais c’était trop difficile avec les cours."
Lise

Mais j’ai dû me débrouiller pour financer les autres dépenses. Je travaillais 12 heures comme caissière, mais c’était trop difficile avec les cours. Épuisée, fauchée, j’ai abandonné la Science Po. Mais le prêt me collait aux basques et mes parents me demandaient de le rembourser et donc de travailler.

À 18 ans, je passe une annonce de baby-sitting sur le web. Un homme veuf, père de famille cherchant une compagnie féminine m’a répondu. Je l’ai rencontré dans un bar et je me suis vue proposée d’être entretenue. J’avais un copain à l’époque, j’ai dit non mais c’était tentant.

Lentement mais insidieusement, la proposition fait son chemin. Quand j’ai vu les tarifs pratiqués sur Internet, je me suis dit: c’est clair, je me lance.

Le "douce et câline pour des moments intimes" balancé sur trois sites reçoit des centaines de réponses en une demi-journée. J’ai paniqué: il a fallu trier, refuser les vieux, les vulgaires, les partouzeurs, les sadomasos et les chelou. Puis cadrer "la chose".

"Je me suis fixé des règles: un ou deux hommes par semaine, un par jour pendant les vacances."
Lise

Au téléphone, je leur dis que je ne suis pas une pute qui monte dans les camions. J’ai de la culture. J’ai filtré donc. Et je me suis fixé des règles: un ou deux hommes par semaine, un par jour pendant les vacances. Des clients que je reçois chez moi, dans mon studio, cosy et bien rangé, avec une bombe lacrymo sous l’oreiller et le téléphone de ma meilleure amie, ma seule confidente, à portée de main.

À 150 euros l’heure, et 200 les deux heures, je me suis dit que je pourrais arrêter sans remords le baby-sitting et mon job de vendeuse. Caissière à 8 euros de l’heure, c’est atroce.

Je me fais plus d’argent en une heure qu’en une journée à Match mais pour mes parents, mes amis, il me faut une façade. Je raconte que je suis serveuse. Une double vie incognito.

"Comment je ferai plus tard avec un salaire de 2.000 euros? L’engrenage me fait peur."
Lise

L’expérience s’avère lucrative et les clients de bonne compagnie. La plupart ont 25-35 ans, sont chefs d’entreprise ou employés de banque, des hommes charmants qui recherchent une petite copine et surtout pas une pro aguicheuse.

Comment je ferai plus tard avec un salaire de 2.000 euros? L’engrenage me fait peur.

Alors, oui, j’arrêterai dans un an, une fois mon prêt remboursé et je reprendrai mes études. Et papa-maman là-dedans? C’est le seul truc qui me gêne: je n’aime pas leur mentir.

*Témoignage recueilli en 2015.

Découvrez ce récit dans son intégralité ce weekend dans L'Echo.

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