Les syndicats enseignants sortent l'artillerie lourde

Les représentants des enseignants plaident pour un renforcement de l'attractivité du métier pour lutter contre la pénurie. ©Photo News

La négociation biennale d'un accord social dans l'enseignement vient d'être lancée. Ambitieux, les syndicats ont déposé un cahier contenant 113 revendications.

Les négociations en vue de conclure un accord sectoriel 2021-2022 dans l'enseignement francophone ont été lancées ce jeudi. Trois mois, c'est le délai imparti aux cinq syndicats, aux pouvoirs organisateurs des réseaux d'enseignement et à leurs ministres de tutelle pour parvenir à un compromis. Pas de temps à perdre donc.

113
Revendications
Le front commun syndical a déposé un cahier contenant 113 revendications.

Comme de coutume, la séance inaugurale a notamment permis aux représentants des enseignants de déposer leurs cahiers de revendications. Ceux-ci n'y ont pas été avec le dos de la cuillère en avançant pas moins de 113 points. "Il ne faut pas oublier qu’une dizaine de ceux-ci se trouvent dans des accords sectoriels antérieurs, mais restent non appliqués", nuance Muriel Vigneron, vice-présidente du SLFP Enseignement.

Focus sur la pénurie

Globalement, les cinq organisations syndicales réclament de meilleures conditions de travail pour les enseignants, mais aussi des actions en faveur de l'attractivité de leur métier. Ces deux axes constituent les seuls moyens de lutter contre le "fléau sociétal" de la pénurie des profs, estiment-ils. À les entendre, ce fléau est exacerbé par "l'indigence du niveau de pouvoir auquel l'enseignement a été confié", mais aussi par le "syndrome de la mouche du coche au niveau de l'utilisation des moyens". C'est tranchant, à défaut d'être diplomatique...

"La pénurie des enseignants est exacerbée par l'indigence du niveau de pouvoir auquel l'enseignement a été confié."
Le front commun syndical

Les syndicats, qui jugent aussi inefficaces les "mesurettes" prises en juillet par le gouvernement contre la pénurie, avancent désormais leurs solutions pour endiguer ce phénomène. Afin d'améliorer l'attractivité du métier, ils insistent tout d'abord pour que la réforme de la formation initiale des enseignants soit mise en œuvre à très court terme. "C'est l'une de nos revendications phares. Je pense qu'on ne sortira pas de la pénurie sans passer par là", lâche le président de la CGSP-Enseignement, Joseph Thonon.

"On ne sortira pas de la pénurie sans passer par la réforme de la formation initiale des enseignants."
Joseph Thonon
Président de la CGSP Enseignement

Annoncée pour 2021, cette fameuse réforme a finalement été reportée à septembre 2022, un délai qui reste ambitieux au vu des nombreux obstacles qui se profilent. L'un d'entre eux, et non des moindres, est budgétaire. Car qui dit allongement des études dit, pour les syndicats, revalorisation salariale. S'il exige de meilleurs salaires pour les futurs enseignants, le front commun ne se montre pas en reste pour ceux actifs avec une kyrielle de revendications liées à leurs rémunérations. À côté de cela, il demande des actions diverses permettant de maintenir la charge de travail à un niveau raisonnable, afin que les enseignants disposent d'un "équilibre harmonieux entre vie professionnelle et vie privée".

Carcan budgétaire

Si ces intentions, et beaucoup d'autres contenues dans le cahier sont louables, il ne faut pas être mathématicien pour comprendre que leur concrétisation pèserait lourd sur les finances de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Or, ce n'est pas un secret, leur état est précaire. Ces limites budgétaires, le ministre-président, Pierre-Yves Jeholet (MR), n'a probablement pas oublié de les rappeler à ses interlocuteurs du jour.

Côté syndical, on assure ne pas avoir perdu de vue cet élément. "Dans les négociations sectorielles, le problème est toujours l'enveloppe fermée de la FWB", commente Emmanuel Fayt du Setca. "Certaines de nos revendications ne seraient toutefois pas trop coûtantes", assure-t-il, citant à titre d'exemple l'amélioration des régimes de congé. Renforcer la concertation sociale dans les instances de l'enseignement constitue une autre revendication peu susceptible d'avoir des effets sur le trésor communautaire, renchérit Muriel Vigneron.

Le résumé

  • Le coup d'envoi de la négociation sectorielle dans l'enseignement a été donné ce jeudi
  • Les syndicats, les pouvoirs organisateurs et le gouvernement de la FWB disposent de trois mois pour s'entendre sur les sujets à mettre à l'agenda social pour les deux prochaines années
  • Les représentants des enseignants ont posé pas moins de 113 revendications sur la table

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