Les trafiquants d'êtres humains sévissent aussi sur les autoroutes wallonnes

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Des bandes très organisées jouent au chat et à la souris avec la justice et les services de police.

Le trafic d’êtres humains tourne à plein régime dans notre pays, malgré la contre-offensive engagée par les services de police et la justice. Il ne se limite plus d’ailleurs à la Flandre occidentale et orientale et s’est étendu sur l’ensemble du pays, d’Adinkerke à Arlon.

Et il devient de plus en plus agressif, comme illustré tragiquement par le sort de 39 Vietnamiens retrouvés morts dans un container. Les premiers résultats de l’enquête montrent que l’ampleur du réseau criminel est bien plus vaste qu’initialement estimé. Une équipe d’enquêteurs a été mise sur pied conjointement par la Belgique, la France, l’Allemagne et l’Irlande, bientôt aussi les Pays-Bas. "La Belgique reste une plaque tournante pour le dernier tronçon du trafic vers le Royaume-Uni", explique la magistrate fédérale spécialisée Ann Lukowiak. "Le trafic ne fait qu’augmenter, avec l’ouverture de nouvelles routes. Nous voyons même des gens débarquer de Suède et d’Allemagne, des demandeurs d’asile arrivés en fin de procédure qui mettent leur dernier espoir dans une traversée vers l’Angleterre et qui empruntent pour ce faire nos autoroutes."

Objectif Angleterre

Le parc Maximilien, près de la gare du Nord à Bruxelles, fait office de centre de transit pour une nouvelle conception de la migration. Les transmigrants ne cherchent pas à obtenir l’asile en Belgique. Leur seul objectif est d’effectuer illégalement la traversée de la Manche pour ensuite disparaître dans les nombreux circuits parallèles en Angleterre. Le nombre de transmigrants interceptés par la police est passé de moins de 2.000 en 2014 à 12.850 en 2018.

Pendant ce temps, les camionnettes des trafiquants continuent de sillonner l’Europe. Les bandes jouent au chat et à la souris avec la police. Parfois, ils demandent aux migrants de prendre le volant. Après dix voyages, ils ont droit à une traversée gratuite de la Manche à bord d’un camion.

D’Adinkerke à Arlon

Les bandes se sont en outre diversifiées. Ann Lukowiak cite l’exemple d’une bande d’Albanais qui conduit les migrants, avec l’aide de sous-traitants tchèques, dans des camionnettes de la Tchéquie vers le Royaume-Uni. Les camionnettes font ensuite le chemin inverse vers l’Allemagne, chargées de drogue. De là, elles reprennent des migrants qu’elles échangent au Royaume-Uni contre des cigarettes et du cash à destination de la Tchéquie.

À côté des nouveaux arrivants, on dénombre parmi les demandeurs d’asile un grand nombre de personnes qui "zonent" en Europe depuis plusieurs années. Ces personnes se répartissent en deux groupes. Il y a ceux qui ont été déboutés dans un autre pays et viennent tenter leur chance en Belgique. Et il y a ceux qui disposent déjà du statut de réfugié dans un autre pays, en Grèce par exemple, mais qui décident d’introduire une nouvelle demande dans un pays du nord de l’Europe parce que la couverture sociale y est plus avantageuse et les opportunités d’emplois plus nombreuses.

Une nouvelle vague arrive

Ann Lukowiak établit la conclusion suivante. Les effets de la crise migratoire de 2015 ne sont pas encore totalement dissipés. Un nombre inconnu de personnes sans statut erre encore à travers l’Europe. L’an dernier, 361.000 illégaux ont été interceptés, dont 36.000 sur le sol belge.

Et une nouvelle vague migratoire se profile. Ann Lukowiak: "Suite aux derniers événements au Moyen-Orient, 200.000 Syriens se sont mis en mouvement. Que fait la Turquie?"

Dirk Van den Bulck, du Commissariat aux réfugiés, ne voit pas non plus se tarir le flot de réfugiés. "La traversée vers la Grèce fonctionne à nouveau. Outre le flux traditionnel en provenance d’Afrique et d’Asie, l’Amérique du sud est venue s’y ajouter. Les guichets de demande d’asile en Europe voient arriver des personnes du Salvador, Nicaragua, Venezuela et Colombie. L’Europe vient de lancer un ‘green deal’ pour le climat. Un deal pour la migration me semble tout aussi nécessaire."

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