portrait

Lieven Annemans, le professeur du bonheur

Le professeur d'économie de la santé intègre le Celeval, chargé de conseiller le CNS. Il a toujours défendu une gestion équilibrée de la crise sanitaire, afin de préserver l'économie, l'emploi, l'école et la vie sociale.

Parmi les nouveaux venus au sein du Celeval, le plus important groupe d’experts au niveau fédéral, Lieven Annemans (56 ans) est une figure au moins aussi connue au nord du pays que Marc Van Ranst ou Steven Van Gucht qui, eux, quittent le Celeval. Avec sa coiffure en queue de cheval, Annemans, professeur d’économie de la santé à l’Université de Gand (UGent), intervient régulièrement sur les plateaux de télévision.

CV

  • Né à Asse en 1964.
  • Marié, 4 enfants, 1 petit-enfant.
  • Professeur à l’Ugent et à la VUB.
  • 2000-2003: collaborateur au cabinet du ministre Frank Vandenbroucke (sp.a).
  • Président pendant 8 ans du Conseil flamand de la santé (Vlaamse gezondheidsraad).
  • Lauréat de la Chaire Francqui en 2013 et 2017.
  • Ancien président de l’ISPOR, Société internationale pour la recherche en pharmaco-économie.

Surnommé "professeur du bonheur" (geluksprofessor), il se penche depuis de nombreuses années sur le rapport entre santé, argent et bonheur. Cette approche globale de la santé des individus s’appuie sur un background scientifique diversifié: ingénieur commercial à la base, Annemans est également titulaire de licences en économie appliquée, en économie de l’entreprise et en éducation physique.

Au fil du temps, il a traduit ses observations scientifiques en une vision sociale et pragmatique des soins de santé, basée sur la responsabilisation. Il a notamment inspiré la réforme des honoraires médicaux dans les hôpitaux qui sont appelés à évoluer vers davantage de forfaitarisation, du moins pour les interventions simples. L’objectif est d’apporter au patient une certitude tarifaire et de lutter contre la surconsommation médicale. Mais la responsabilisation ne s'arrête pas au corps médical, elle concerne également le patient. Si cela ne tenait qu’à lui, Annemans ferait payer le patient qui se rend aux urgences pour une simple petite toux.

Un signal fort

L’arrivée de Lieven Annemans au sein du Celeval est un signal fort. Depuis le début de la pandémie, le professeur gantois n’a cessé de répéter que les impératifs épidémiologiques devaient être mis en balance avec d’autres nécessités, comme l’économie, l’emploi, l’enseignement, la vie sociale et culturelle.

À ses yeux, il n’existe d’ailleurs aucune contradiction entre santé publique et économie. Au contraire. "L’économie, c’est la santé et la santé, c’est l’économie", se plait-il à répéter. "Si l’économie ne va pas bien, les revenus des ménages diminuent, la pauvreté s’installe et la santé publique se dégrade. À l’inverse, des gens en bonne santé sont plus productifs et feront mieux tourner l’économie."

"L'économie, c'est la santé et la santé, c'est l'économie."
Lieven Annemans

D’après lui, les mesures actuelles vont trop loin. "Quel sens cela a-t-il d’imposer le port du masque lorsque vous vous promenez le soir dans une rue déserte?" lance-t-il. Il ne remet pas pour autant en question le premier lockdown, "ne serait-ce que pour préserver les capacités d’accueil des hôpitaux". Et il juge normal d’encourager l’hygiène des mains, la distanciation physique et une protection "humaine" des personnes âgées.

"Le risque fait partie de la vie. Et dans 100% des cas, la vie se termine par la mort."
Lieven Annemans

Par contre, il rejette l’affirmation que "chaque décès est un décès de trop". "À ce train-là, il faudrait interdire à quiconque de fumer, de manger un paquet de frites ou de boire une bière. (…) Ce n’est plus une vie. Le risque fait partie de la vie. Et dans 100% des cas, la vie se termine par la mort." Bien plus important que la course à la longévité est la qualité de la vie et la qualité de la fin de vie, la mort.

L'argent et le bonheur

Lieven Annemans réalise régulièrement pour l’assureur NN une enquête sur le bonheur des Belges. Dans l’édition 2018, il ressort que l’argent contribue au bonheur jusqu’à 4.500 euros net par mois. Au-delà, l’argent n’apporte plus grand-chose en termes de bonheur. Au contraire même.

Compositeur de jazz

A ses heures perdues, Lieven Annemans compose de la musique, du jazz principalement. «Les accords sont tellement plus riches que dans la musique classique. Les morceaux se trouvent dans un tiroir. Un jour, je les sortirai», explique-t-il à la VRT.

Matthieu Ricard

Parmi les livres de chevet de Lieven Annemans se trouve «Altruisme», de Matthieu Ricard, le biologiste français devenu moine bouddhiste. «Il nous apprend que l’homme est par nature altruiste et que c’est avec l’éducation qu’on devient souvent égoïste.»

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