Malgré l'encadrement, l'absentéisme continue à croître

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L’absentéisme pour maladie de moyenne durée continue à augmenter. Malgré l’encadrement instauré par le gouvernement Michel fin 2016.

Tel est l’avantage, pour un groupe de ressources humaines, de posséder un secrétariat social. Il est assis sur une masse de données, qu’il peut croiser, compiler et faire parler.

C’est ce qu’a fait Acerta en se penchant sur les statistiques de travailleurs en service auprès de plus de 40.000 employeurs du secteur privé. Avec dans le viseur l’absentéisme pour maladie de moyenne durée, recouvrant les périodes d’incapacité allant d’un mois à un an – en deçà, on passe dans le court terme et au-delà, on valse dans l’invalidité et le long terme.

Qu’en retenir? Ceci.

1/ Malgré son encadrement, l’absentéisme de moyenne durée croît.

En 2018, 2,31% des heures ouvrables n’étaient pas prestées pour cause de maladie de moyenne durée, pose-t-on chez Acerta. Un taux qui s’établissait à 2,05% en 2014; l’absentéisme de moyenne durée a donc grignoté 26 points de base durant cette période, soit une hausse de 12,68%.

"Pourquoi l’employeur est-il tenu d’attendre quatre mois pour démarrer le trajet de réinsertion?"

Il est intéressant de noter que près des trois quarts de cette progression ont été enregistrés sur 2017 et 2018. Et ce malgré l’adoption par le gouvernement Michel, fin 2016, d’un cadre juridique formalisant la notion de "trajet de réinsertion" pour les travailleurs en incapacité de travail. Entré en vigueur en décembre 2016, cet arrêté royal formalise la procédure, attribuant à chaque intervenant (travailleur malade, employeur, médecin-conseil) rôle et délai pour s’y tenir.

Au vu de la hausse de l’absentéisme de moyenne durée en 2017 et 2018, ce "trajet" a-t-il manqué sa cible? "Au moins la réintégration n’est-elle plus un sujet tabou, souligne Benoît Caufriez, directeur d’Acerta Consult. Cette réglementation permet le dialogue et la décision, ce qui est positif pour tout le monde. Par contre, il y a un hic: pourquoi l’employeur est-il tenu d’attendre quatre mois pour démarrer, de son propre chef, le trajet de réinsertion? Alors que l’on sait que plus une personne décroche longtemps, moins il y a de chances qu’elle revienne sur le marché du travail. Et que toutes les formes d’absentéisme sont liées. C’est bête à dire, mais toute période d’absence, qu’elle soit de court, moyen ou long terme, débute par un premier jour de maladie. De la même façon, la répétition d’absences de courte durée constitue un signal."

Autre défaillance, pointe Acerta: l’absence de toute contrainte ou sanction. S’ils se justifient, tant l’employeur que l’employé peuvent refuser d’entrer dans ce fameux trajet.

2/ Les grandes entreprises sont les plus touchées.

L’infographie ci-contre l’illustre. Plus l’entreprise est de taille réduite, plus l’absentéisme de moyenne durée est faible – entre les plus petites et les plus grosses, le taux d’absence double quasiment. "Un constat qui est également valable pour l’absentéisme de courte durée", ajoute Benoît Caufriez.

Parmi les explications avancées, la "distance" entre le travailleur et sa hiérarchie, et l’impact de celle-ci sur le "dialogue" pouvant se nouer entre les deux.

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3/ Stress et burn-out: l’écart se réduit entre ouvriers et employés.

Logique: vu l’aspect plus physique de leurs tâches, les ouvriers (2,76% des heures ouvrables en 2018) sont davantage concernés par l’absentéisme de moyenne durée que les employés (2,09%). À noter toutefois que, ces dernières années, stress et burn-out travaillent à réduire cet écart, la hausse de l’absentéisme étant deux fois plus élevée chez les seconds que chez les premiers.

4/ Jusqu’à 60 ans, le phénomène s’amplifie avec l’âge.

La courbe ci-dessus l’affirme sans la moindre ambiguïté: il existe un lien de corrélation entre le taux d’absentéisme et l’âge. Et ce, jusqu’à 60 ans. "Il est logique que le pourcentage d’absentéisme pour maladie baisse après cet âge, explique-t-on chez Acerta. Celui qui a des soucis de santé aura déjà probablement quitté le marché du travail après son soixantième anniversaire, ou sera passé du côté de l’invalidité. Ce sont essentiellement des travailleurs en bonne santé qui continuent."

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