analyse

Marc Dutroux libérable? Ce qu'il en est vraiment

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Le tribunal d’application des peines de Bruxelles se réunit à huis clos ce jeudi pour statuer sur la demande de nouvelles expertises psychiatriques de Marc Dutroux.

Il y a quelque chose d’éternel dans les incessantes polémiques autour de Marc Dutroux. Il est acquis que le criminel le plus "célèbre" du pays, bientôt âgé de 63 ans et sous les verrous depuis 23 ans, provoquera des réactions jusqu’à son décès. Ce jeudi, le tribunal d’application des peines (TAP) de Bruxelles se réunit à huis clos pour évoquer la demande de nouvelles expertises psychiatriques déposée par son avocat, Me Bruno Dayez, en vue d’une demande de libération conditionnelle. Celle-ci pourrait-elle aboutir un jour?

• Que doit décider le TAP? Exceptionnellement délocalisé à la prison de Nivelles, où est écroué Marc Dutroux, afin d’éviter un pénible transfèrement à Bruxelles, le TAP doit entendre les différentes parties sur la demande de nouvelles expertises psychiatriques devant examiner sa dangerosité actuelle. Me Dayez a proposé cinq noms de psychiatres, alors que Marc Dutroux n’a pas subi d’expertise depuis son procès, en 2004.

• Que peut décider le TAP? Il dira, après un délibéré de plusieurs semaines, si oui ou non, il donne droit à cette demande. Une réponse négative pourrait être contestée par Marc Dutroux via un pourvoi en cassation.

• Que se passera-t-il si le TAP ordonne ces expertises? Celles-ci auront donc lieu et prendront des mois. Elles seront le socle de la seconde phase du projet entamé par Bruno Dayez, qui pourra ainsi demander la libération conditionnelle auprès du même TAP. Mais si les expertises sont unanimes à présenter Marc Dutroux comme dangereux, ce dernier ne pourra certainement rien espérer de plus.

"Marc Dutroux continue à focaliser la haine de la Terre entière, il faudrait une imagination débordante pour trouver une solution pratique."
Me Denis Bosquet
Avocat pénaliste

• Quel est le but de la défense de Marc Dutroux? Tout simplement permettre au criminel d’envisager de terminer sa vie hors de prison. Dans un précédent entretien à L’Echo, Me Dayez avait désigné son véritable adversaire: la prison à perpétuité réelle. "C’est une oubliette sociale et intellectuelle. Je demande l’abolition de la peine perpétuelle, comme on a aboli la peine de mort. C’est une forme de torture inacceptable. Les gens ne sont pas réductibles à leurs actes ou à la somme de leurs actes", avait-il pointé. Me Dayez espère une libération conditionnelle pour son client avant 2021.

• Y a-t-il une réelle chance que la démarche aboutisse? On ne peut préjuger de rien mais cela paraît d’ores et déjà compromis. Me Dayez avait soumis l’idée d’un accueil dans un monastère, "où une communauté religieuse accepterait de lui faire bêcher des carottes, voir un coin de ciel bleu, protégé des gens qui veulent lui faire la peau", commentait Bruno Dayez. "Tout est envisageable, argumente le pénaliste Denis Bosquet, qui n’est pas partie dans le dossier. Mais Marc Dutroux continue à focaliser la haine de la Terre entière, il faudrait une imagination débordante pour trouver une solution pratique. Une maison de peine, comme à Hasselt, pourrait être une piste."

• La perpétuité réelle existe-t-elle en Belgique? La réponse est oui, bien que ce soit rare. Contactée par nos soins, l’administration pénitentiaire ne dispose malheureusement pas de statistiques précises sur les durées des peines effectivement purgées. On sait en revanche qu’il y a, en ce moment, 205 condamnés à la réclusion à perpétuité qui dorment en prison. Les condamnés à cette peine peuvent, au bout de quinze années d’emprisonnement, faire une demande de libération conditionnelle. C’est le TAP qui statue ensuite. Si le prisonnier ne présente plus, selon les experts, un danger pour la société et qu’il est entré dans un processus de resocialisation, alors il doit ensuite proposer un projet de libération conditionnelle conséquent mixant logement, emploi ou formation. "Ce point peut poser de graves problèmes. En 2013, la libération de Michel Lelièvre avait été annulée au dernier moment quand la menuiserie qui devait l’accueillir a jeté l’éponge face à des menaces", se souvient Me Denis Bosquet.

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