portrait

Marc Van Ranst, virologue ultramédiatisé à abattre

Ultramédiatisé depuis le début de la crise du Covid-19, le virologue de la KULeuven est la cible d'entrepreneurs flamands qui veulent le poursuivre pour "dommages économiques et sociaux" du fait de ses déclarations.

Pour certains citoyens, il incarne cette "République des experts", à savoir ces scientifiques qui auraient un peu trop investi le champ de la politique depuis le début de la crise du Covid-19: le virologue Marc Van Ranst est la cible de six entrepreneurs flamands, qui veulent le poursuivre en justice car ses recommandations contre le coronavirus auraient causé des dommages économiques et sociaux excessivement importants, via des déclarations sans nuances et imprudentes.

Le profil

1990: Docteur en médecine à la KULeuven. Travaille ensuite à l'Albert Einstein College of Medicine à New York.

1994: Doctorat en virologie.

1998: Spécialisation en médecine du laboratoire.

1999: Commence à travailler au CHU de Leuven. Professeur de virologie à la KULeuven.

1999: Conseil supérieur belge de la santé publique, où il préside le département Vaccinations.

2007: Responsable pour la planification de réponses aux pandémies chez l'homme suite à la grippe aviaire.

2009: Commissaire pour la gestion de crise pendant la pandémie de grippe mexicaine.

"Avec la régularité d'une horloge, Van Ranst diffuse lui-même des informations et des conseils dans les médias et via Twitter, avant même que le gouvernement ne les ait communiqués", s'est insurgé dans "Het Laatste Nieuws" l'un de ces entrepreneurs, qui réclament une indemnisation d'un euro symbolique au scientifique de la KULeuven, membre du Risk Assessment Group pour lutter contre le Covid-19 et du Groupe d'experts en charge de la stratégie de sortie de crise (GEES).

Ce n'est pas la première fois que le virologue fait l'objet de tels reproches. La semaine passée, l'ASBL controversée "Viruswaanzin" (Folie virale), à l'origine d'une action en référé et d'une manifestation dénonçant les mesures anti-coronavirus, avait déposé plainte auprès de l'Ordre des Médecins contre le virologue. Elle pensait aussi l'attaquer en justice avec le même genre d'argument: à savoir que Marc Van Ranst attiserait l'angoisse inutilement, diffuserait des informations controversées et aurait même tendance à "insulter et à dénigrer" les confrères qui ne partagent pas ses analyses.

Des attaques virulentes

Conflits d'intérêt, partialité, irresponsabilité politique, manque de transparence: les experts scientifiques et médicaux faisaient déjà l'objet de critiques avant le début de la crise sanitaire, les reproches les plus fréquents étant l'inféodation éventuelle à l'industrie pharmaceutique ou les arrières-pensées politiques. Mais depuis quelques mois, les attaques se font plus virulentes, vu la gravité de la situation. Pourquoi Marc Van Ranst en particulier? Parce qu'il est sans doute le spécialiste de la virologie le plus médiatisé depuis le début de l’épidémie, les journalistes faisant systématiquement appel à lui après chaque grande décision touchant au Covid-19.

Modérément connu du grand public au début de l'année, "il peut donner aujourd'hui l'impression d'être devenu le vice-premier ministre du gouvernement", s'amuse un de ses détracteurs. Avec ses avis tranchés, ses déclarations péremptoires, sa pédagogie mais aussi son sens de l'humour, c'est ce qu'on appelle un bon client pour des médias dont les spécialistes scientifiques se comptent sur les doigts de la main.

À l'instar d'un certain nombre de ses collègues scientifiques, Marc Van Ranst ne s'est pas seulement pris au jeu de cette notoriété inattendue. On lui prête également de futures ambitions politiques. Le virologue est en effet réputé en Flandre pour ses sorties tranchées sur les réseaux sociaux contre la N-VA et le Vlaams Belang. Ce qui lui a d'ailleurs valu d'être placé sous protection policière depuis un certain temps.

Un compte suspendu temporairement

Il y a un an, Marc Van Ranst a eu la suprise de voir son compte Twitter être effacé, tandis que son profil Facebook était suspendu temporairement. La raison? Son compte aurait été signalé comme dangereux sur le réseau social de Marc Zukerberg. Le scientifique flamand a accusé les jeunes militants du Vlaams Belang, très actifs sur les réseaux, d'être derrière ces manoeuvres, sans que cela ait pu être prouvé. Ce qui est sûr en revanche, c'est que ce sont bien ces mêmes militants qui ont diffusé, via des prospectus, les coordonnées privées du professeur, suite à une carte blanche de ce dernier en faveur d'une politique d'asile plus ouverte.

Une parodie de Marco Borsato

S'il a ses détracteurs, Marc Van Ranst a aussi ses partisans. Deux jeunes ont ainsi réalisé une parodie de la chanson "Hoe het danst" du chanteur néerlandais Marco Borsato, dans laquelle ils affichent leur soutien au scientifique de la KULeuven. Pour rappel, côté wallon, Marius Gilbert avait eu droit à des T-shirts à son effigie...

Francken, son meilleur ennemi

Marc Van Ranst ne manque jamais d'épingler sur les réseaux ceux qu'il a désignés comme adversaires politiques, à savoir les mouvements nationalistes flamands, la N-VA et le Vlaams Belang. L'une de ses têtes de Turc est l’ancien secrétaire d'État à l'asile et à la migration Theo Francken, qui le lui rend bien: Francken a surnommé il y a deux ans Van Ranst "Doctor Haat" (Docteur Haine).

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