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interview

Marie-Martine Schyns: "Le seul moment de vérité pour le cdH, ce sont les élections de 2018"

Marie-Martine Schyns (cdH), la ministre francophone de l'Enseignement ©Frédéric Pauwels / HUMA

Excusez le cliché mais il est commode pour décrire le personnage: "Martine à la ville". Elle s’approche de la fenêtre au sixième étage de la place Surlet de Chokier, là où se trouve son grand bureau blanc, et elle jette un œil sur l’agitation de la place Madou. "Vous avez vu comme ça bouge en bas, et au fond, on voit même les drapeaux aux fenêtres du Vlaams Belang, ça gâche la vue." La vue – c’est sûr – est de loin de celle des verts bocages de son pays de Herve.

On a de Marie-Martine Schyns l’image d’une enseignante de province, débarquée en politique et qui, un peu par hasard au gré des aléas centristes, s’est retrouvée assise dans un des fauteuils ministériels les plus importants, celui de l’Enseignement. Elle dit: "Les gens l’oublient souvent mais je suis en politique depuis 2000 déjà, j’étais enseignante et j’ai exercé la fonction d’échevine en parallèle, donc je suis tout sauf une novice."

Et elle boit une gorgée (d’eau plate).

Et elle a promis de parler politique – elle qui n’aime rien tant que se réfugier derrière la technicité de ses matières enseignantes.

On allume la mèche: ça ne va pas fort au cdH…

"Il n’y a plus de chapelle au cdH."

"Oui, c’est un euphémisme, on ne va pas se voiler la face, non ça ne va pas fort. Les sondages sont mauvais, ils sont très mauvais mais d’un sondage à l’autre, ça évolue. Il y a une volatilité des choix et ça se marque dans les sondages par rapport au cdH. Mais il y a un seul vrai moment de vérité, ce sera les élections communales de l’année prochaine. Ce que je sais, c’est que le cdH a des personnalités bien implantées, des majorités, des bourgmestres. On a des gens qui ont labouré le terrain pendant six ou douze ans tant dans les grandes villes que dans les petites communes. Pour le cdH, le mètre étalon, c’est la commune. Donc c’est en 2018 qu’on va vraiment voir où nous en sommes."

Elle poursuit: "Je vois l’évolution du lien entre le politique et les citoyens. Parfois, plus on monte les échelons, plus les gens nous perçoivent comme éloignés d’eux et avec les affaires de mauvaise gouvernance, la politique en a pris un coup, c’est indéniable. Alors que moi, fondamentalement, je n’ai pas changé. Depuis 2000, je suis restée la même, je suis restée proche des gens, c’est aussi le message que j’essaye de faire passer. On peut faire de la politique à un niveau ministériel et en même temps conserver un vrai souci pour les gens et le terrain."

La campagne, nous y voilà.

"A Herve, j’ai commencé le porte-à-porte, tous les samedis matin."

On lui dit que ça n’a absolument rien d’innovant et que le porte-à-porte, les socialistes en faisaient déjà que nous n’étions pas nés.

Elle répond: "Ah mais non! Dans les campagnes, ce n’est pas dans la tradition ni dans les habitudes que de frapper aux portes des gens. D’ailleurs, chez nous, même les socialistes ne faisaient pas cela."

©Frédéric Pauwels / HUMA

On lui demande comment elle est accueillie: "Très sincèrement, on est assez bien accueillis, parce qu’on ne vient pas se vendre. On est à un an des élections, on ne vient pas se vendre mais écouter. On parle et on écoute ce que les gens ont à nous dire."

-Et vous leur dites que vous êtes de gauche ou de droite?

Elle: "Du centre."

-Mais de quel centre? "On est centriste quand on amène de la nuance, on transcende les positions des uns et des autres."

On dirait un cours de catéchisme. (On plaisante, rassurez-vous).

Mais elle reprend: "La gauche, la droite, ils alignent des solutions figées, nous, on est dans la nuance, alors c’est plus compliqué d’être dans la concertation, le consensus. On travaille à essayer de construire des choses avec les gens. Le centre, c’est le dialogue."

La gauche c’est la solidarité et la droite, l’émancipation de l’individu. "Nous, on transcende ça", dit-elle. On lui met Emmanuel Macron sous le nez. "Il a réussi à modifier en profondeur le paysage politique et à passer au-dessus de clivages. Moi, ce qui me gêne en politique, c’est le dogmatisme. Je suis une pragmatique. Je ne fais pas de grande théorie."

On dirait du Jean-Jacques Goldman.

Moteur centriste

On lui demande comment faire redémarrer le moteur centriste. "On a un projet de base très cohérent qui est celui du développement humain. A chacune de nos décisions, on essaye de voir ce que ça aura comme impact sur sa qualité de vie dans le monde rural et urbain. La qualité de vie est au centre de notre projet. Vous me demandez si je suis de centre gauche, de centre droit? (elle s’énerve, NDLR). Mais les gens se trompent s’ils pensent comme cela. On n’existe pas en fonction des coalitions dans lesquelles nous sommes. Le cdH a quand même une identité qui lui est propre!"

L’identité chrétienne?

"C’est beaucoup plus large que cela. Je suis chrétienne, oui. Mais je suis humaniste. Je suis centriste. Il n’y a plus de chapelle au cdH, c’est fini cela. Quelqu’un comme Philippe Maystadt a aussi essayé de transcender les vieilles divisions entre la démocratie chrétienne et le Cepic."

"Les Anglo-Saxons apprennent à lire et à écrire en même temps et les résultats sont bien meilleurs."

Peut-être, finalement, est-ce la faute du président Benoît Lutgen cette accumulation de tuiles dans les sondages. Il a toujours votre confiance, Benoît Lutgen?

Elle opine du chef. "Oui, j’entends les critiques mais je ne fais pas partie des gens qui passent leur temps à tout démolir sans proposer de solutions. On a mis un groupe de travail en place et on avance." On lui demande si c’est elle le futur de cette formation politique, si la relève passe par la dame de Herve.

Elle dit: "Moi, je travaille au mieux au renouveau de l’enseignement, je m’applique-là. Jusqu’en 2019, je vais être sur le terrain tout le temps."

Voilà.

On arrive sur l’enseignement. Les résultats de la dernière enquête internationale Pirls sur le niveau des compétences en lecture sont catastrophiques pour les enfants francophones. "Oui, ça fait mal. Et ça fait mal aussi aux enseignants qui vivent mal ce genre d’enquête. Vous savez, chaque prof a l’impression de faire le maximum pour apprendre aux enfants a lire et a écrire et puis quand on se compare a d’autres pays, ça ne va pas; les résultats ne suivent pas."

"On a analysé les résultats: il y a beaucoup qui est lié aux inégalités socio-économiques. C’est déjà dans le diagnostic et les mesures du Pacte d’excellence prennent ceci en compte. On se mobilise là-dessus. Ça va dans le sens de ce qu’on met en place. Renforcer dès la maternelle, plus d’enseignants dans les classes. On ouvre des postes, d’ailleurs. C’est en maternelle que le langage se développe et que la quantité de mots de vocabulaires doit être développée. Surtout quand le français n’est pas la langue maternelle ou la langue parlée à la maison. On met aussi de moyens sur la remédiation, c’est indispensable."

Elle insiste: "Dans les programmes futurs, on a tenu compte des recommandations de Pirls. Sans doute faut-il ne plus attendre de savoir lire avant de commencer à apprendre à écrire. On constate en effet que dans les pays anglo-saxons, là où fait les deux à la fois, oui les enfants écrivent avec des fautes, mais on constate quand même que les résultats sont bien meilleurs. On a, nous, encore beaucoup trop la crainte de voir quelques fautes sur les copies des enfants. On doit aussi lire des textes plus longs et plus informatifs."

-On dit: ah, bon. Ces mauvais résultats en cascade (Pirls, enquêtes Pisa), ça plombe quand même un ministre de l’Enseignement.

Elle dit: "Non, c’est mobilisateur. On doit avancer sur le chemin du Pacte d’excellence, les mesures porteront leurs fruits." De là à dire que les prochaines enquêtes seront meilleures il y a un pas que Marie-Martine Schyns ne franchit pas. "Les prochaines enquêtes, les résultats sont en 2019, c’est beaucoup trop court. Pisa teste les élèves de 15 ans et nos mesures du Pacte commencent avec les élèves de maternelle. Il faut un laps de temps plu long pour constater que cela porte ses fruits."

Les phrases clés

"C’est aux résultats des élections de 2018 qu’il faudra juger le cdH."

"J’ai commencé à faire du porte-à-porte."

"Je ne me vends pas, je viens écouter les gens et dialoguer."

En Flandre, des cours d’éducation financière aident au développement de l’esprit d’entreprise dès le plus jeune âge. "On a prévu cela aussi dans le Pacte. Le tronc commun, c’est en 2020, de la maternelle a ses 15 ans, l’enfant aura un parcours et il y a aura aussi le développement de ce socle entrepreneurial. C’est vrai que les jeunes ne sont pas assez conscientisés à la prise de risque, l’entrepreneuriat. C’est déjà possible aujourd’hui mais ce n’est pas encore dans les programmes. On va faire un gros travail là-dessus de même que sur le développement des compétences digitales."

Elle ajoute: "Le tronc commun, ce n’est pas des économies, on n’a jamais interdit le redoublement, c’est chaque année le conseil de classe qui va statuer sur l’élève mais on responsabilise l’école qui va devoir expliquer beaucoup plus en amont ce qu’elle a mis en place pour éviter que l’enfant soit en difficulté." Oui mais, Madame, un de vos prédécesseurs avait assuré que tous les enfants francophones seraient bilingues en 2000… On en est loin: "Je ne reprends pas les slogans des autres à mon compte. On travaille à l’apprentissage des langues. Dès 2020, partout, on aura des cours de langue étrangère dès la 3e primaire."

On l’amène naturellement vers la régionalisation de l’enseignement. Elle cale: "ça n’amènerait pas plus d’efficacité. Regardez la mobilité, le stade national, on peut être efficace et avoir des mesures ciblées en fonction des régions, c’est un mauvais débat. Je sais que les régionalistes ont le vent en poupe mais quand je leur demande comment ils vont procéder, ils n’ont pas de réponse, ils n’ont aucune réponse pragmatique. Même chose pour la fusion de réseaux, c’est un mauvais débat et en plus c’est impayable. Qu’on collabore déjà entre les réseaux existants."

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