Mathieu: "Mes colocs paient mon loyer, ça ne peut pas durer"

©Hollandse Hoogte / Peter Hilz

Mathieu a perdu son job d'étudiant avec le confinement. Sa famille est trop aisée pour qu'il reçoive une aide. Mais pas assez riche pour payer tous ses frais.

Mathieu a 22 ans. Venu de la province du Luxembourg, il suit des études d’architecture à La Cambre (ULB). Il fait partie de ces étudiants dans l’entre-deux. Trop aisé pour bénéficier des aides, mais trop pauvre pour s’en sortir seul. "J’ai obtenu une bourse pour le minerval, mais rien d'autre. Je suis à charge de mes parents, ils paient ma nourriture, mais ils ne savent pas faire plus. Il n'y a pas que moi, j'ai trois frères et sœur."

"Ils ne sont pas Rothschild. Je me sens redevable, ça met la pression."
Mathieu
Étudiant

Mathieu, pourtant, doit payer son loyer, un appartement privé à Bruxelles, qu’il partage avec quatre autres jeunes. Et il dépense entre 150 et 200 euros en moyenne chaque mois en matériel pour ses cours d’architecture. Avant la crise, il s’en sortait avec son job d'étudiant. Quatre à cinq soirs par semaine, il servait dans un bar. Et puis le Covid est passé par là, les bars et restaurants ont fermé. Et Mathieu n’a plus de job. "Je suis fâché et déçu. Ils avaient le temps de voir venir cette deuxième vague, ils auraient pu prévoir des plans d’aide. On n’a pas anticipé, ça a été mal géré."

Mathieu craint que son ex-employeur ne se relance jamais. En attendant, il se débrouille. "Pour le moment, mes quatre colocs se sont réparti mon loyer. Ça m’aide, mais ça ne peut pas durer, il faudra que je trouve le moyen de les rembourser. Ils ne sont pas Rothschild. Je me sens redevable, ça met la pression."

"C’est difficile de se concentrer sur ses études quand on passe son temps à résoudre ses problèmes, et quand on travaille jusqu'à trois heures du matin parce qu'on a besoin d'argent."
Mathieu
Étudiant

Pour l'étudiant, cette crise ne fait que mettre un coup de projecteur sur une situation qui existe depuis longtemps. "Pourquoi il n’y a pas plus de soutien? Pourquoi on ne met pas en place un système de magasin social pour les étudiants pour avoir du matériel à moindre coût? C’est difficile de se concentrer sur ses études quand on passe son temps à résoudre ses problèmes, et quand on travaille jusqu'à trois heures du matin parce qu'on a besoin d'argent."

Et là, pendant cette crise, comment se sent-il? "Je me sens oublié. On aurait pu mieux prévoir les choses non? Au moment du 1er confinement, personne n’était prêt, et c’était normal. Mais aujourd’hui? Les cours, ça reste du bricolage. Tout est flou, on ne sait pas ce qu’il va advenir des examens. Qui est responsable? Je ne sais pas. Les autorités académiques ne font pas ce qu’elles veulent. Le politique? Ça ne doit pas être simple de gérer cette crise."

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