Rédacteur en chef adjoint

Après les dérapages de Blankenberge, les autorités doivent comprendre qu'elles doivent prendre des mesures équilibrées pour obtenir l'adhésion de la population.

"Si nous rencontrons des jeunes qui correspondent au profil de ceux qui se sont déchaînés hier, nous les arrêterons et les renverrons chez eux." Lâchée par un policier devant une caméra de la VRT, au lendemain de la bagarre sur une plage de Blankenberge, cette phrase fleurait bon le délit de sale gueule. De quel profil parlait le policier? Ethnique? Ou simplement comportemental? Et dans ce dernier cas, sur quelle base justifiera-t-il ses décisions? Ces questions restent ouvertes. Tout comme celle de la responsabilité des autorités locales dans ce dérapage verbal.

Une question pourtant brûlante alors que beaucoup s’interrogent de plus en plus sur les atteintes répétées aux libertés individuelles. Port du masque obligatoire dans l’espace public, couvre-feu dans certaines villes, identité aux restaurants, formulaire pour les voyageurs… Le tout assorti de sanctions pour les récalcitrants. Et voilà donc que les événements de Blankenberge poussent les édiles communaux de la Côte à juguler l’afflux de touristes sur leurs plages, voire, à Knokke, à interdire les visiteurs d’un jour. Voire même, on le voit, à les "profiler".

Il ne faudrait pas que le masque sanitaire appliqué sur la vie des Belges ne devienne un masque contre le sens commun.

Ces mesures portent-elles atteinte à notre État de droit? Non, nous disent les gardiens de la Loi. Et pourtant, elles créent, si elles ne sont pas équilibrées, un climat de méfiance qui risque de saper la participation des citoyens à la lutte contre le coronavirus.

Certes, en mars, nous avons connu jusqu’à l’interdiction de nous déplacer sur tout le territoire. Mais cette asepsie sociale était temporaire dans un contexte où les autorités naviguaient à vue. Aujourd’hui, il ne faudrait pas que le masque sanitaire appliqué sur la vie des Belges ne devienne un masque contre le sens commun, celui qui permet d’apprécier la dangerosité à sa juste mesure, avec des règles claires, acceptables et acceptées par la population. À défaut, on n’ose imaginer la réaction des citoyens vis-à-vis de l’application de tracing prévue fin septembre ou, plus tard, vis-à-vis d’un potentiel vaccin que d’aucuns, déjà, veulent rendre obligatoire comme l’est le vaccin contre la poliomyélite.

La phrase – que nous espérons juste "maladroite" – du policier de Blankenberge ne doit en aucun cas occulter l’inacceptable comportement face aux forces de l’ordre. Mais elle doit aussi rappeler aux autorités qu’elles ne peuvent aveuglément entraver nos libertés. Un rappel indubitablement sanitaire.

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