"Nous avons perdu tous nos canaux d'information en Syrie"

©Frédéric Pauwels / HUMA

Malgré le chaos qui règne en Syrie, les services de sécurité jugent peu probable que des terroristes puissent rentrer en Belgique sans être repérés.

Deux djihadistes belges se sont échappés de leur prison kurde en Syrie. C’est ce qu’a annoncé ce mercredi Paul Van Tigchelt, le directeur de l’OCAM, l’organe de coordination et d’analyse de la menace. Par ailleurs, trois femmes et six enfants belges ou ayant un lien avec la Belgique ont disparu du camp d’Aïn Issa, un lieu où étaient internées des familles de djihadistes sous la surveillance des forces kurdes. En raison de l’offensive turque, ce camp a été vidé.

Plus tôt dans la journée, le Conseil national de sécurité s’était réuni à l’initiative du Premier ministre Charles Michel pour dresser un état des lieux de la situation.

Lors de son intervention devant la commission des relations extérieures de la Chambre, Paul Van Tigchelt a aussi fourni d’autres chiffres: 55 combattants terroristes (FTF ou Foreign terrorist fighters, dans le jargon) et 69 enfants présentant un lien avec la Belgique se trouvent dans la région. Ce sont soit des Belges, soit des ressortissants étrangers qui ont séjourné en Belgique avant de partir en Syrie. Toutes ces personnes ne présentent pas le même degré de dangerosité: certaines ont abjuré leur idéologie et veulent rentrer au pays, d’autres sont "de véritables hardliners".

"Il existe encore ici un certain soutien pour ces gens-là."
Frédéric Van Leeuw
Procureur fédéral

La plupart de ces Belges se trouvent dans le camp Al-Hol, situé dans une région où la situation militaire est calme pour l’instant. À l’intérieur du camp en revanche, la situation est "explosive", en raison du "manque de place" et du "harcèlement idéologique" pratiqué par certains détenus.

Le patron de l’OCAM a aussi tenu à rassurer: "Il n’est pas nécessaire de propager la peur. Il est peu probable que des FTF puissent rentrer chez nous sans être repérés. Du moins aussi longtemps que tient le deal conclu avec la Turquie sur les migrants."

Mais là n’est pas le principal souci des services de l’OCAM. "Ce qui nous préoccupe le plus, ce sont les acteurs solitaires en Belgique qui sont visés par la propagande de l’état islamique", précise Paul Van Tigchelt.

Canaux d’information rompus

De son côté, le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw a apporté aux parlementaires des éléments concernant l’arrestation de deux personnes en Belgique qui récoltaient des fonds pour les envoyer en Syrie. "Lors de leur arrestation, ils avaient déjà récolté entre 8.000 et 9.000 euros destinés à soudoyer les gardiens kurdes des camps où sont détenus certains djihadistes belges. Cela montre qu’il existe encore un certain soutien ici pour ces gens-là et que l’appel d’Al-Baghdadi pour libérer les FTF a été entendu."

Frédéric Van Leeuw a par ailleurs précisé que parmi les personnes arrêtées en France dans le cadre de cette affaire, certaines s’apprêtaient à commettre des attaques à main armée pour récolter de l’argent.

Moins rassurant que son collègue de l’OCAM, le procureur a indiqué que "le retour incontrôlé de FTF est le cauchemar des services de sécurité". D’autant que "nous avons perdu tous nos canaux d’information sur place pour le moment".

Il a néanmoins invité à ne pas céder à la panique. "Ce n’est pas demain que des grosses attaques terroristes auront lieu en Belgique."

Un casse-tête pour la justice

En ce qui concerne le jugement des suspects, le procureur a d’emblée exclu la piste d’un tribunal international sur place. "J’ai des doutes quant à la faisabilité matérielle d’une telle entreprise. Je ne dispose pas d’enquêteurs prêts à aller enquêter sur place, à Raqa."

Les confier à la justice irakienne ne semble pas non plus une option. "Il est très compliqué de travailler avec l’Irak si on veut assurer le respect des principes de nos démocraties. Une condamnation à mort en Irak tient en général sur deux pages…"

Enfin, le procureur fédéral s’est expliqué sur le paradoxe de voir des personnes ayant commis des atrocités en Syrie jugées en correctionnelle, avec à la clé 5 ans d’emprisonnement maximum. "Nous n’avons pas les moyens humains ni matériels de mettre sur pied un grand nombre de procès d’assises. C’est pourquoi je suis obligé de leur trouver des circonstances atténuantes pour pouvoir correctionnaliser les dossiers. Même si pour moi, ils méritent tous la cour d’assises."

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