"Nous sommes bien moins soutenus qu'ailleurs en Europe": le cri des organisateurs de foires

Depuis le printemps, l'organisation de foires est interdite. Les gestionnaires de salles et organisateurs d’événements appellent à plus de visibilité sur une éventuelle reprise. ©Nicolas Lambert

Ils font le gros dos depuis plusieurs mois. Mais pour combien de temps encore? Les organisateurs de foires veulent plus de visibilité pour relancer la machine, car cela ne se fera pas en un jour.

Annulations, reports ou transformation en événements digitaux, les organisateurs de foires et autres expositions sont à la peine. "Sur un an, nous aurons perdu 99% de nos revenus", indique Jean Vandamme de Tour et Taxis. La salle bruxelloise n'est pas la seule impactée. Au Wex de Marche-en-Famenne, qui enregistre 70 à 80% de son chiffre d'affaires au premier trimestre, l'année pourrait être sauvée. Mais son directeur l'affirme, si cette paralysie se poursuit, les revenus reculeront de 80 à 95%. EasyFairs, qui gère en Belgique le Namur Expo, le Flanders Expo, l'Antwerp Expo et le Nekkerhal (Malines), chiffre déjà à 95% la chute de son chiffre d'affaires annuel.

"Nous pouvons encore tenir 3-4 mois, mais, sans reprise de l'activité après, cela deviendra difficile."
Hugo Schryers
Lotto Mons Expo

"Nous pouvons encore tenir 3-4 mois, mais, sans reprise de l'activité après, cela deviendra difficile. Nous avons déjà signé certains contrats pour de nouveaux événements. Des exposants ont versé un acompte. Que se passera-t-il s'ils souhaitent être remboursés?", déplore Hugo Schryers, en charge du Lotto Mons Expo.

Incohérences made in Belgium

Tous se posent la même question: pourquoi cette fermeture forcée depuis le printemps, là où les centres commerciaux ont pu rouvrir?

"Gérer un salon se fait comme un centre commercial. Nous avons des compteurs pour limiter la présence sur les stands et respecter les mesures de distanciation", lance Hugo Schryers, qui se targue de disposer d'une salle munie d'un système ultramoderne de renouvellement de l'air.

Eric Everard, CEO d'Easyfairs, pointe les incohérences de la gestion belge de la crise. "Nous sommes bien moins soutenus qu'ailleurs en Europe." Et d'aligner les preuves: "L'État suédois paie 75% des frais fixes en cas de forte chute du chiffre d'affaires. En France, un prêt est garanti par l'État pendant cinq ans; sept ans en Italie, et un an en Belgique. Tous les salaires de l'événementiel sont payés par l'État néerlandais, permettant au personnel de travailler à la reprise. La Belgique paie un chômage, sans permettre la préparation de l'avenir."

75%
En Suède, l'État paie 75% des frais fixes en cas de forte chute du chiffre d'affaires des entreprises.

Le pire reste à venir

Le chômage pour raison de coronavirus est grosso modo la seule aide à laquelle ces opérateurs ont eu droit. "La Belgique a tendance à saupoudrer ses aides, mais au total nous avons obtenu 3.000 euros, ce qui équivaut à 2 heures de frais généraux pour Easyfairs", poursuit Eric Everard.

Hugo Schryers évoque les 6.000 euros par mois que coûte l'entretien ou la couverture en assurance du Lotto Mons Expo. "Même avec une fermeture depuis 5 ou 6 mois, les taxes sur les bâtiments ne diminuent pas", ajoute Jean Vandamme.

Président de la "Brussels Special Venues" représentant quelque 40 salles d'exposition à Bruxelles, il affirme que 2021 sera une année horrible sur le front des faillites dans l'événementiel. Quatre ou cinq membres de l'association ont déjà annoncé leur intention de se défaire des bâtiments. "S'ils vendent les immeubles, ces salles seront transformées en projet immobilier au détriment de la richesse touristique professionnelle de Bruxelles."

Objectif 2022

Alors, impatiemment, ils attendent une date de reprise. "Il faut minimum 6 mois pour organiser un concert ou un salon: fixer la date, chercher les exposants, faire la promotion, lancer la vente des tickets. Et puis, il faudra tenir compte de l'état d'esprit des visiteurs après ce lockdown", explique Laurent Briou, directeur du Wex. L'homme vient de signer un contrat pour un concert au Wex en octobre 2021. "Nous ne commencerons pas tout de suite la vente des tickets, car on risque de faire face à l'incompréhension des visiteurs, ce qui est néfaste pour notre notoriété ou peut se solder par la non-vente de tickets."

"Il faut minimum 6 mois pour organiser un concert ou un salon."
Laurent Briou
Wex de Marche-en-Famenne

Pour l'heure, certains événements sont déjà fixés au printemps prochain. Mais tous songent plutôt à une réelle reprise en 2022.

"Art Brussels est prévu en avril à Tour et Taxis. J'espère qu'ils pourront tenir la date, sinon ce sera leur deuxième annulation... et qui pourra survivre à deux annulations?" Jean Vandamme mise davantage sur la Brafa (la grande messe de l'art, ndlr) de janvier 2022 pour un retour à la "nouvelle normalité".

Vers une nouvelle normalité

Que sera cette nouvelle normalité? Les salons professionnels reprendront de plus belle, car qui dit salon dit contacts humains, dit la possibilité de goûter, d'essayer, de s'entretenir avec différents interlocuteurs.

"Qui se déplacera encore ou prendra l'avion pour assister à une réunion qu'il peut suivre à domicile?"
Jean Vandamme
Tour et Taxis

A contrario, les événements éducationnels et les réunions risquent de se convertir définitivement en événements à distance. Tour et Taxis vient ainsi d'investir quelque 50.000 euros pour équiper un de ses sites pour des événements hybrides (mi-présentiels, mi-distance). "Qui se déplacera encore ou prendra l'avion pour assister à une réunion qu'il peut suivre à domicile?", s'interroge Jean Vandamme.

Autre lueur d'espoir: le prolongement des mesures du gouvernement quant à une déductibilité de 100% des fêtes du personnel, de quoi occuper ces salles l'espace d'une soirée au moins.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés