interview

Olivier Maingain (DéFI): "Cessons d'infantiliser la population"

Olivier Maingain (DéFI) sort du bois sur les ambitions institutionnelles de son parti. Il ne veut pas entendre parler d'une Belgique à quatre. Un piège selon lui.

"Je n'ai pas la fringale médiatique", assure l'ex-président de DéFI et bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert. Pourtant, Olivier Maingain bouscule son successeur et actuel président François De Smet en s'inquiétant ouvertement de sa gestion en Wallonie. Il prépare aussi le projet institutionnel de DéFI en vue du débat communautaire qui s'annonce. "La Belgique sera fédérale ou ne sera plus", dit-il. En opposition aux "hyper régionalistes, il veut réhabiliter la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Que pensez-vous de la condamnation de l'État, pour ses mesures anti-Covid?

C'était prévisible, il y a une insuffisance par rapport aux exigences constitutionnelles: on ne peut pas restreindre les droits et libertés par arrêtés ministériels et certainement pas dans la durée. Cette ordonnance remet ces questions essentielles au cœur du débat. C'est souhaitable, car l'avant-projet de loi présenté par la ministre de l'Intérieur est en fait une loi de pouvoirs spéciaux permanents.

Comment sentez-vous votre population en tant que bourgmestre ?

Résignée pour une bonne partie, avec cette volonté qu'on cesse de jouer au yo-yo au niveau des mesures. Ce n'est pas propre à la Belgique, mais c'est une des erreurs dans la communication. Il manque une vision sur le long terme. Il y avait moyen de proposer des mesures plus constantes en donnant une perspective d'indemnisation bien plus substantielle que ce qui a été accordé à gauche et à droite.

"Je n'aime pas le ton sermonneur du ministre de la Santé. Ce discours de pénitent m'agace."

La crise est-elle mieux gérée depuis l'arrivée du gouvernement De Croo?

Il y a une plus grande cohésion interne, même si les voix discordantes de présidents de partis se répandent à gauche et à droite. Je n'aime pas le ton sermonneur du ministre de la Santé. Ce discours de pénitent m'agace. Cessons cette infantilisation qui laisse entendre que c'est à cause des comportements des citoyens qu'on est au bord du précipice. Non, c'est parce que les citoyens ont reçu des signaux contradictoires des autorités!

On vous a entendu critiquer la gestion de DéFI en Wallonie. Vous mettez votre président en difficulté. Votre ancrage wallon s'étiole-t-il?

Il y a un contentieux local où je ne suis pas en accord avec la décision prise par François De Smet. On s'en est expliqués et il faudra qu'on concilie les divergences. Ce n'est pas une affaire dramatique, mais elle révèle des difficultés relationnelles entre les nouveaux responsables des instances wallonnes du parti et les historiques. On ne peut se permettre le luxe de se séparer de ceux qui ont été chercher nos premiers sièges. On me dit "nos instances wallonnes ne nous accompagnent pas de la même manière". Une sorte de formalisme administratif s'est installé. Reprenons-nous avec l'engouement militant qui a toujours fait notre force. François m'a dit qu'il ferait un tour de Wallonie avec moi et je m'en réjouis.

"On ne fait pas du neuf avec les restes dégradés d'un autre parti."

Que dites-vous de cette idée d'association avec le cdH évoquée dans votre parti?

Elle est morte-née. Maxime Prévot - qui est un homme habile et charmant - est venu gentiment faire un numéro de fakir autour de certains de nos mandataires qui se sont peut-être laissé hypnotiser en se disant qu'on irait plus vite en Wallonie avec les restes du cdH. On ne fait pas du neuf avec les restes dégradés d'un autre parti. Le cdH a toujours fait le contraire de ce qu'il annonçait. Ce n'est pas notre histoire. Je ne me reconnais pas dans un parti qui a une pratique du pouvoir assez faible. Un mandataire cdH a été le meilleur lanceur d'alerte de l'affaire Nethys et il a été lâchement abandonné par son parti. Le cdH est incapable de participer à ce que nous souhaitons: le renouveau démocratique profond et un changement radical de gestion dont la Wallonie a besoin.

"Georges-Louis Bouchez est très loin d'être le digne successeur de Jean Gol en termes de vision francophone."

Vous vous sentez plus proche du PS?

Les alliances gouvernementales, c'est autre chose. On a fait l'expérience du cartel PRL-FDF. Jean Gol poursuivait deux grandes ambitions. Un, changer radicalement la gestion publique en Wallonie en considérant que la mainmise socialiste était insupportable. Deux, il avait compris que sans volonté d'unité et d'excellence pour eux-mêmes, les francophones ne pourraient jamais faire jeu égal avec la Flandre. Au fil du temps, ces deux objectifs furent oubliés. L'affaire Nethys l'a démontré et Georges-Louis Bouchez est très loin d'être le digne successeur de Jean Gol en termes de vision francophone. Il est plutôt dans le genre belgicain attardé.

Vous vous opposez au projet de rénovation de l'avenue de Tervueren par la Flandre, qui prévoit une large voie cyclable au détriment d'une bande de circulation. C'est pourtant dans la ligne politique du gouvernement bruxellois.

C'est surtout un beau symbole de cette vision dogmatique de la mobilité. Pour ma part, je ne considère pas que ma place de cycliste doit forcément nuire à ceux qui n'ont pas d'autre choix que de prendre la voiture. Cette section de l'avenue de Tervueren n'est pas une autoroute urbaine. En outre, il y a déjà une piste cyclable qui doit être rénovée.

Y voyez-vous une volonté de la Flandre d'isoler Bruxelles?

Il y a ce dossier-là, mais aussi la volonté d'empêcher l'accès au boulevard de la Woluwe en venant du Ring. On crée délibérément des goulets d'étranglement qui n'ont rien à voir avec la mobilité douce. Pendant ce temps-là, la Flandre refuse de discuter de son projet d'élargissement du Ring. Là, je n'entends pas Madame Van den Brandt protester, ou à peine. Faire une autoroute cyclable sur une avenue où il y a déjà une piste cyclable, c'est du dogmatisme. Je demande au gouvernement bruxellois d'intervenir. Je dis à la ministre: "Attention, vous représentez les Bruxellois, vous n'êtes pas la vitrine de Groen pour la Flandre." On dirait parfois qu'à travers Bruxelles, elle veut montrer ce que pourrait être Groen en Flandre.

Votre parti vous a missionné pour son projet institutionnel. Où en êtes-vous?

Je déposerai ma note à la fin des vacances. Je peux déjà en donner quelques lignes directrices. D'abord, il faut casser une fois pour toutes le discours sur le confédéralisme. Ceux qui pensent qu'on ne pourra pas y échapper ne font pas une analyse correcte de ce qu'il est pour la N-VA ou le CD&V: quatre Régions dont deux sont rabaissées. La Belgique à quatre Régions est un piège. Ceux qui font du repli régionaliste sont en train d'affaiblir Bruxelles. Croit-on qu'on va faire jeu égal en se présentant divisés pour former un gouvernement fédéral? Le fédéral sera tenu par les deux Régions dominantes. J'ai beaucoup de respect pour la population germanophone, mais elle ne peut prétendre faire jeu égal avec Bruxelles, la Wallonie et la Flandre. Ou alors je demande qu'une cinquième Région soit créée pour les 150.000 francophones qui vivent en périphérie de Bruxelles. Les équilibres se feront toujours sur base des rapports entre francophones et néerlandophones. Aux hyper régionalistes, je demande combien de barrières vont-ils créer entre francophones? On va faire des statuts différents dans l'enseignement? Un enseignant wallon ne sera plus admis à Bruxelles pour des raisons linguistiques par exemple? Idem pour les crèches. Des dizaines de milliers d'emplois sont en jeu pour des Wallons à Bruxelles et inversement. Articulons mieux la Fédération au départ des Régions, avec des ministres de deux gouvernements régionaux. Nous devons ensuite réinvestir le fédéral où des secteurs entiers ne sont plus gérés qu'en néerlandais. Ce n'est pas acceptable.

"Avec la taxe kilométrique, par exemple, on a donné le signal à beaucoup de Wallons que cette ville leur devenait hostile."

Vous remettez l'élargissement de Bruxelles sur la table?

C'est la seule manière de faire échec au projet confédéraliste voire séparatiste de la Flandre d'affaiblissement de Bruxelles. Pendant que la Flandre investit économiquement à Bruxelles, les régionalistes disent qu'on est deux îles séparées. Il faut donner à la Fédération Wallonie-Bruxelles des projets communs, qu'elle agisse pour le bien commun des Wallons et des Bruxellois. Avec la taxe kilométrique, par exemple, on a donné le signal à beaucoup de Wallons que cette ville leur devenait hostile alors qu'il fallait coconstruire ce projet. Les francophones du gouvernement bruxellois doivent se parler.

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