"On ne s’improvise pas brancardier"

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Les hôpitaux appellent à l'aide pour renforcer leurs équipes. Mais pas pour n'importe quelle fonction.

Au sein du monde hospitalier, l’idée de Pierre-Yves Dermagne, ministre fédéral de l’Emploi, de permettre aux chômeurs temporaires de se mettre au service de secteurs en crise, est accueillie avec une certaine circonspection. Entre le "on ne s’improvise pas brancardier", et le "toute aide est la bienvenue", l’éventail de réactions est assez large.

Au CHU Saint-Pierre, l’hôpital universitaire de l’ULB, par exemple, l’accueil est plutôt tiède actuellement. L’institution lance effectivement un appel pour des renforts, mais en personnel soignant. "On n’a pas le temps de former des gens. Il faut des ressources directement opérationnelles", estime Alexia Argyrakis, porte-parole du CHU Saint-Pierre.

Déjà un peu court en termes de personnel hospitalier en temps normal, Saint-Pierre, comme les autres hôpitaux doit faire face à un absentéisme qui a explosé ces dernières semaines. Outre les malades ou les membres du personnel en quarantaine, il y a aussi l’arriéré de congés encore à prendre. "Durant la première vague, on avait demandé au personnel de ne pas prendre congé. Mais on ne peut pas les reporter indéfiniment…" reconnaît la porte-parole.

L’hôpital bruxellois a également recontacté ses pensionnés depuis moins de 5 ans pour les faire revenir le temps que la crise se calme.

Même circonspection à Saint-Luc, l’hôpital universitaire de l’UCLouvain. "Des gens d’autres secteurs et sans formation en soins de santé pourraient venir en renfort dans l’administration ou dans les services de support, mais ce n’est pas ça qui va décharger le personnel soignant de première ligne", explique Sylvain Bayet, chargé de communication de Saint-Luc. "La distribution des repas, par exemple, n’est en général pas effectuée par du personnel infirmier."

"L’apport extérieur de personnes non-formées aux soins de santé peut venir en aide par "un effet de dominos."
Paul-Marie d’Otreppe
Directeur général du CHU de Bouge

Les hôpitaux universitaires peuvent par contre compter sur les étudiants médecins ou infirmiers. "Mais pas plus pour l’instant que les autres années. Les étudiants en 3e ou 4e année d’infirmerie sont de toute façon déjà en stage pour l’instant. Donc on ne peut pas réellement parler de renforts", regrette encore Bayet. Pour l’instant, Saint-Luc réorganise ses équipes via l’intérim notamment, mais surtout en mobilité interne par des transferts d’un service à l’autre en fonction des fermeture de certains services. "Mais surtout, nous mettons tout en œuvre pour éviter de nouvelles absences, grâce à des équipes de support psychologique, des salles de relaxation etc…"

Des bras et de l’argent

Au CHU de Bouge, le constat est largement le même: "Il nous faut des bras et de l’argent! affirme Paul-Marie d’Otreppe, directeur général de l’hôpital namurois qui analyse les besoins sur une plus grande échelle. "Cela ne sert à rien de déforcer les infirmières à domicile pour renforcer les hôpitaux. Leur rôle est aussi primordial chez les particuliers ou dans les maisons de repos pour éviter que ces patients ne basculent dans le monde hospitalier."

Par contre, l’apport extérieur de personnes non-formées aux soins de santé peut venir en aide par "un effet de dominos", estime d’Otreppe. "Des aides ponctuelles dans des fonctions périphériques aux soins permettront de rapprocher des patients du personnel qui connaît bien le fonctionnement de l’hôpital. On ne va pas demander à une personne de l’accueil de donner des soins naturellement. Mais comme elle connait bien la maison, elle pourra par exemple assurer des prestations logistiques plus facilement qu’un extérieur." "Appelez, proposez vos services. Quelles que soient vos compétences, elles pourront nous être utiles", conclut en substance Paul-Marie d’Otreppe.

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