analyse

Onkelinx invite le PS bruxellois à "sceller la paix des braves"

Laurette Onkelinx a proposé aux deux clans s'affrontant au sein du PS bruxellois de se réunir autour d’une table ce mardi. But de la manoeuvre: assurer l’unité de la Fédération. ©BELGA

Laurette Onkelinx invite les deux équipes qui s'étaient opposées pendant la campagne des élections à la tête du PS bruxellois, à se rencontrer ce mardi pour assurer l’unité de la Fédération. Mais le clan Laaouej dénonce une tentative d’imposer Catherine Moureaux comme vice-présidente.

Si Paul Magnette, seul candidat à la succession d’Elio Di Rupo pour la présidence du parti socialiste, a obtenu le feu vert de plus de neuf militants sur dix samedi, les résultats étaient forcément plus divisés au niveau bruxellois où deux blocs s’affrontaient pour prendre la place de Laurette Onkelinx à la tête de la Fédération bruxelloise. Ayant remporté 52,5% des suffrages face au président du Parlement bruxellois Rachid Madrane, le député fédéral et bourgmestre de Koekelberg Ahmed Laaouej est ressorti gagnant du scrutin. Pour mémoire, ce dernier avait fait campagne aux côtés des députés bruxellois Isabelle Emmery et Martin Casier.

Deux clans

Dès l’officialisation de sa candidature, Ahmed Laaouej avait aussi pu bénéficier du soutien public de diverses pointures du parti: le ministre-président Rudi Vervoort, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close, l’ex-ministre Fadila Laanan ou encore la nouvelle ministre de l’Enseignement obligatoire au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles Caroline Désir ainsi que le chef de groupe au Parlement bruxellois Ridouane Chahid.

En montant une équipe composée d’un président et de deux vice-présidents représentatifs des divers courants qui traversent le parti et en affichant autant de soutiens de marque, l’objectif était clairement de faire émerger une candidature unique et de tuer dans l’œuf les velléités des autres soupirants au poste. Candidats pressentis depuis plusieurs mois déjà, Rachid Madrane et Catherine Moureaux n’ont pas pour autant capitulé et sont allés chercher Karine Lalieux pour composer le second trio, officialisé au travers d’une lettre aux militants. Les quelques soutiens supposés, allant de Laurette Onkelinx à Emir Kir en passant par Charles Picqué, n’ont jamais été brandis publiquement durant la campagne.

Contrairement à ce qui se passe au Fédéral, où Di Rupo a remis un parti clé sur porte, on ramasse à Bruxelles le fruit de ce que la présidente sortante n’a pas fait, à savoir atténuer les tensions entre certaines personnes.
Un mandataire socialiste

"Les barons pèsent peu à Bruxelles"

Dans ce contexte, la victoire de Laaouej obtenue avec 59 voix d’avance a un goût de défaite, affirme un mandataire bruxellois supporter de l’équipe Madrane. "Malgré tout ce beau monde en soutien, les callroom à l’américaine pour convaincre les militants et des coups en dessous de la ceinture, ils obtiennent une avance très faible. À croire que les barons pèsent peu à Bruxelles. Avec un tel score, Ahmed Laaouej ne devrait pas fanfaronner et la jouer solo comme il semble vouloir le faire."

Ahmed Laaouej, le nouveau président de la fédération bruxelloise du PS, était soutenu par quelques grosses pointures du parti pendant la campagne. ©Photo News

Le clan des barons contre le clan des militants, en voilà une image qui passe très mal dans le clan d’en face où l’on réplique de la sorte: "Moureaux et Lalieux, des militantes? Une dynastie politique d’une part et vingt ans de carrière parlementaire pour l’autre, c’est une blague. Quant à Rachid Madrane, il s’était déjà déclaré dans la presse comme successeur d’Onkelinx il y a deux ans. Si ce n’est pas cela être un candidat de l’appareil!"

Bref, c’est très tendu chez les camarades bruxellois. Malgré la capacité du PS à laver son linge sale en famille, des voix s’élèvent désormais pour dénoncer le climat délétère de la campagne et des irrégularités lors du vote.

L’invitation d’Onkelinx

Preuve, s’il en fallait, que le PS bruxellois est divisé, l’invitation de la présidente sortante à "sceller la paix des braves". Dans un mail envoyé la semaine passée, Laurette Onkelinx propose aux deux équipes de se réunir autour d’une table ce mardi et d’associer Philippe Close et les ministres à une discussion visant à assurer l’unité de la Fédération.

Il y a peu de chance que tout le monde réponde à l’appel. Dans le clan Laaouej, on dénonce une tentative d’imposer Catherine Moureaux comme vice-présidente. Sur Les ondes de La Première, le nouveau patron de la Fédé a d’ailleurs qualifié cette option de "chipotage".

Des vice-président(e)s pour rassembler

On peut aussi craindre un remake du modèle liégeois où quelques personnes autour d’une table décident de l’avenir.
Un ténor socialiste bruxellois

En réalité, les deux vice-présidents seront désignés mercredi par le congrès fédéral au sein duquel les délégués des sections locales, les membres du bureau fédéral et les députés régionaux disposent d’une voix délibérative. Selon les statuts de la Fédération, il est donc tout à fait concevable qu’Ahmed Laaouej se retrouve flanqué d’une ou deux vice-présidentes issues de l’équipe concurrente.

La question de la vice-présidence revêt une importance nouvelle à l’heure où des craintes sont émises sur la capacité d’Ahmed Laaouej à rassembler. "Un député fédéral chef de groupe qui est aussi bourgmestre à la tête de la Fédération, c’est une concentration de pouvoir jamais vue, commente un ténor bruxellois. On peut aussi craindre un remake du modèle liégeois où quelques personnes autour d’une table décident de l’avenir."

Des partisans de Laaouej rappellent toutefois que la discorde ne date pas d’hier. "Contrairement à ce qui se passe au Fédéral, où Di Rupo a remis un parti clé sur porte, on ramasse à Bruxelles le fruit de ce que la présidente sortante n’a pas fait, à savoir atténuer les tensions entre certaines personnes."


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