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Paul Magnette: "Le style de vie des hyper-riches est largement responsable du saccage de la planète"

Président du PS

Attaquer de front les injustices sociales est la seule manière de contrôler le changement climatique. C’est le message que porte l’écosocialisme, des deux côtés de l’Atlantique.

Quelques heures seulement après son investiture, Joe Biden signait un décret ramenant les États-Unis dans l'accord de Paris. Ce faisant, il faisait de la lutte contre le changement climatique l’un des symboles de rupture majeurs avec l’ère Trump.

Paul Magnette, président du Parti socialiste (PS). ©Tim Dirven

Deux mois plus tard, son plan de relance centré sur le soutien aux travailleurs et familles les plus vulnérables signait une deuxième rupture, indiquant que la fin du monde et la fin du mois ne pouvaient être tenues séparées.

Le plus grand nombre finance le luxe de quelques-uns

Au-delà de sa valeur intrinsèque, cette double séquence a le mérite de nous rappeler que l’opposition entre la gauche et la droite, parfois présentée comme une vieille lune, demeure fondamentale. Les pancartes brandies par les manifestants réclamant la prise en compte de l’urgence climatique appellent souvent « les dirigeants » à sortir de leur torpeur et à passer des paroles aux actes. Comme si le monde se divisait entre des élus tous incapables de se porter à hauteur des enjeux, d’une part, et des citoyens conscients et mobilisés d’autre part. Une fracture horizontale entre les élites et le peuple d’en bas qui taraude la démocratie depuis trois décennies. Le double geste fondateur de Joe Biden rend cette représentation du monde caduque.

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Les 1% les plus riches du monde émettent à eux seuls plus de carbone que la moitié la plus pauvre du monde

Malgré sa complexité, la vie politique américaine montre que le choix des électeurs fait la différence. Le nouveau Président américain donne une direction pratique aux appels solennels lancés par des autorités morales telles que Greta Thunberg et le Pape François. "Ce sont les souffrances du plus grand nombre qui payent pour le luxe de quelques-uns", dit Greta, tandis que François appelle à écouter "tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres".

Des chiffres imparables

Les chiffres sont en effet imparables: les 1% les plus riches du monde émettent à eux seuls plus de carbone que la moitié la plus pauvre du monde. Même dans nos pays riches et relativement égalitaires les différences sont énormes: en France ou au Canada, ces mêmes 1% émettent en moyenne quarante fois plus de carbone que les 10% les plus pauvres, lesquels sont, par ailleurs, infiniment plus exposés aux pollutions atmosphériques et sonores et à leurs conséquences sanitaires.

Un vrai Green Deal ne peut pas être un simple plan de réduction linéaire et contraignant des émissions de gaz à effet de serre, ni un pari sur l’innovation technologique – aussi indispensables soient l’un et l’autre.

Attaquer de front les injustices sociales est la seule manière de contrôler durablement le changement climatique. C’est le message que portent ceux qui se réclament de l’écosocialisme, des deux côtés de l’Atlantique, et qui voient désormais en Biden un lumineux symbole.

Un vrai Green Deal ne peut pas être un simple plan de réduction linéaire et contraignant des émissions de gaz à effet de serre, ni un pari sur l’innovation technologique – aussi indispensables soient l’un et l’autre. Il doit être un projet de réenracinement de l’économie dans un ordre moral plaçant l’humain et la terre au-dessus du profit. Il s’agit de répondre aux exigences des 95% de la population mondiale qui n’appartiennent pas à l’oligarchie climatique, et d’offrir à tous un environnement, une alimentation et un logement sains, un accès à l’éducation, à la santé, aux transports publics, à l’énergie et aux moyens de communication. Il s’agit de placer ces besoins humains fondamentaux, considérés jusqu’ici comme des variables d’ajustement de l’économie capitaliste, au cœur de toute chose, en garantissant à tous une sécurité d’existence, à travers une garantie d’emploi et une sécurité sociale universelles.

La reconnaissance des droits humains au XVIIIe, l’avènement de la démocratie au XIXe, la construction de la sécurité sociale au XXe siècle ne sont pas allés de soi.

Rien de tout cela ne s’imposera spontanément, ni par le simple effet des incantations. Nous connaissons le but, une société sans carbone et répondant aux besoins humains fondamentaux. Nous connaissons l’horizon temporel, 2050, dans moins de trente ans, l’espace d’une génération. Nous disposons de tous les savoirs et de toutes les technologies nécessaires. Nous connaissons le coût des investissements indispensables et savons comment les financer sans frapper les plus vulnérables ni l’économie réelle. Reste à accepter que ces transformations ne se feront pas sans confrontations politiques.

Conquêtes, fruits de longs affrontements politiques

La reconnaissance des droits humains au XVIIIe, l’avènement de la démocratie au XIXe, la construction de la sécurité sociale au XXe siècle ne sont pas allés de soi. Chacune de ces ruptures est issue d’une vaste mobilisation et de longs affrontements politiques. L’avènement d’un monde sans carbone est possible parce qu’il peut s’appuyer sur ces conquêtes, les droits, la démocratie et la sécurité sociale. Mais il ne se construira que par la mobilisation d’une majorité sociale et politique affrontant sans crainte les industries des énergies fossiles et de l’agrobusiness, et les privilèges de ces hyperriches dont le style de vie est largement responsable des souffrances humaines et du saccage de la planète.

Par Paul Magnette, président du Parti socialiste.

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