"Personne n'est à bloc pendant 45 ans, il faut apprendre à se préserver"

Camille Gillon

Camille Gillon, directrice des ressources humaines de la banque Belfius, a fait sonder le personnel et identifié plusieurs points organisationnels à faire évoluer. Premier chantier: un besoin de digital detox.

Tout donner, tout le temps. Dans les entreprises, c’est souvent une loi non écrite mais bien vivante: le collaborateur qu’on aime est au taquet, ou se sent obligé de l’être. "On travaille beaucoup, on en demande toujours plus, les plages de déconnexion deviennent rares,… Et pourtant, c’est long une carrière. Personne n’est capable d’être à bloc pendant 45 ans." C’est la directrice des ressources humaines de Belfius, Camille Gillon, qui parle ici.

Baromètre de l'épuisement

"Ça va, toi? T’as l’air crevé."

1 salarié belge sur 5 est en risque d’épuisement. C’est le cas d’Olivier, un quadra qui frôle le burn-out. Découvrez son histoire et faites le point sur votre situation. Découvrez notre grand format >

Pour contrebalancer ce constat, elle a chargé la firme Bright Link d’épauler la banque dans la prévention et l’accompagnement du burn-out. Cette spin-off de l’UCL a proposé à 5.850 collaborateurs de répondre sur base volontaire à un questionnaire anonyme touchant à leur job mais aussi à d’autres dimensions de leur vie: place des technologies de la communication, transports, santé physique, famille, émotions…

"Chaque répondant reçoit un rapport instantané qui permet de situer son niveau d’énergie et ou de fatigue, situe Olivier Bomboire, CEO de Bright Link. L’employeur reçoit les résultats anonymes agrégés et a donc une vue d’ensemble."

Vigilance pour 17%

Septante pour cent du staff Belfius a répondu. Il en ressort que 83% sont en situation d’équilibre et que 17% sont dans la zone orange, "qui appelle une vigilance". La zone rouge (en burn-out) ne comptait que quelques personnes mais c’est assez logique: les personnes concernées sont déjà en arrêt maladie ou font partie des 30% qui n’ont pas répondu.

Chez Belfius, 2,45% des effectifs sont en maladie longue durée (catégorie où se retrouvent souvent les burn-out), soit 2,38% des effectifs. C’est plus que le secteur (2,03%) mais moins que la Belgique (2,91%), situe la banque sur base des données 2017.

"Le message qu’on voulait faire passer aux équipes est celui-ci: on tient à vous, apprenez à vous préserver, souligne Camille Gillon. On ne nous apprend pas cela. On entend plutôt le contraire: donnez-vous à fond. Et pourtant il faut chercher l’équilibre." Olivier Bomboire abonde: "Reconnaître un besoin de devoir ralentir, c’est intelligent et important car c’est ce qui permet de continuer." Ok mais, concrètement, quelle est la suite?

"Le perfectionnisme se retourne contre vous. Savoir dire stop, cela s’apprend."
Camille Gillon
DRH de belfius

D’abord, les personnes en souffrance sont invitées à faire appel aux services de la firme Icas, versée dans les services de santé professionnelle, pour un programme d’assistance aux employés. Ensuite, "l’exercice a permis d’identifier plusieurs domaines à travailler au niveau organisationnel", pointe Camille Gillon. "Cet été, on a commencé par un clignotant observé, à savoir le besoin de digital detox, le besoin de déconnexion."

La responsable veut aboutir au 1er trimestre 2019 avec une nouvelle politique en la matière qui va permettre de "lutter contre le blurring, cet estompement de la frontière entre vies professionnelle et privée du fait de notre hyperconnectivité."

"Le perfectionnisme se retourne contre vous"

Plus tard, la banque entend aussi travailler sur le perfectionnisme, autre clignotant mis en lumière par l’enquête de Bright Link. "Vouloir bien faire, c’est souhaité évidemment, précise Camille Gillon. Mais il faut aussi pouvoir s’arrêter, car le perfectionnisme se retourne contre vous. Savoir dire stop, cela s’apprend."

Elle insiste aussi sur un point: la responsabilité est partagée entre le collaborateur et l’entreprise. "Nous pouvons mettre des outils à disposition mais chacun fait ses choix. Chacun est aux commandes de sa vie."

"La veille de mon burn-out, je fonctionnais plutôt bien"



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