Publicité

Peut-on à nouveau reporter des soins pour faire de la place aux non-vaccinés?

Ce 1er novembre, 322 patients Covid étaient hospitalisés aux soins intensifs. On entre en zone dangereuse, où il va falloir reporter d'autres soins. ©AFP

La quatrième vague est là, et risque d'entraîner le report d'autres soins. Difficile à justifier, estiment deux députés Open VLD, qui plaident pour un débat sur la question. Premières réactions.

Petit à petit, le nombre de patients covid gravement malades remonte. Ils étaient, le 1er novembre, 322 à être hospitalisés aux soins intensifs. C'est loin, très loin des pics des vagues précédentes (jusqu'à 1.470 patients covid aux soins intensifs lors de la deuxième vague), mais cela commence malgré tout à placer les hôpitaux en situation critique, où ils vont devoir envisager le report d'autres soins.

"Dire aux vaccinés, nous reportons vos soins parce que nous voulons garder votre lit libre pour des patients corona, vaccinés ou pas, n'est pas évident."
Willem-Frederik Schiltz et Freya Saeys
Députés flamands Open-VLD

"Nous sommes à la limite. Avant d’à nouveau décider de réduire tous les autres soins, nous appelons à un débat approfondi. Éthiquement et légalement, nous ne pouvons pas interdire aux non-vaccinés d’entrer dans nos hôpitaux. Mais dire aux 90% qui se sont fait vacciner 'bien joué, mais nous reportons vos soins réguliers parce que nous voulons garder votre lit libre pour des patients corona, qu’ils aient été vaccinés ou pas' n’est pas évident."

Ce pavé dans la mare, c’est Willem-Frederik Schiltz, chef de groupe Open VLD au Parlement flamand, et Freya Saeys, députée flamande Open VLD, qui le lancent dans une carte blanche publiée dans De Morgen. Le report de soins urgents lors des vagues précédentes était compréhensible, argumentent les deux députés. Il l’est beaucoup moins maintenant que tout le monde ou presque a eu l’occasion de se faire vacciner. "Le noyau dur qui choisit de ne pas se faire vacciner a la liberté de faire ce choix, mais il n'a pas la liberté de prendre le reste de la société en otage, de lui rendre la vie plus difficile et parfois même de la mettre en danger" écrivent-ils. Et ils ne sont pas seuls à plaider pour un débat sur la question.

Bonne question, réponse difficile

"Le constat est juste, réagit François Perl, ancien directeur de l’Inami et membre du comité de direction de Solidaris. Le système hospitalier risque à nouveau d'être mis sous tension cet hiver, et de manière évitable si l'on tient compte du fait que pas mal d'hospitalisations auraient pu être évitées grâce au vaccin. Mais une sélection des malades sur cette base n’est ni réaliste ni éthique, et nous entraînerait dans un engrenage sans fin. Peut-on imaginer les USI (unités de soins intensifs, NDLR) refuser un accidenté de la route sous prétexte qu'il ne portait pas de ceinture de sécurité?"

Ouvrir le débat n'est pourtant pas indécent, estime Benoît Rondelet, le directeur médical de Mont-Godinnne. Parce que l'engorgement des soins intensifs va obliger hôpitaux ou responsables politiques à apporter des réponses. "À Mont-Godinne, nous sommes déjà pleins, souligne-t-il. Nous avons 28 lits de soins intensifs agréés, et donc 7 réservés aux patients covid, dont 6 sont occupés. Mais nous avons aussi 6 lits que nous ne pouvons ouvrir, faute de personnel: au manque structurel, s'ajoutent certains malades, de courte et de longue durée. Que fait-on? Ou on refuse les patients non vaccinés, ou on remplit notre rôle et on les soigne, en sachant que la vaccination n’est pas obligatoire et qu’ils ne sont pas hors la loi." Cette vaccination obligatoire, Benoît Rondelet estime toutefois qu’il est temps de l’envisager, si l'on ne veut pas se retrouver avec des dilemmes et des choix à opérer dans les admissions aux soins intensifs.

Des critères d'admission

Ce "tri", on risque de ne pas pouvoir y échapper, pour Michel Dupuis, philosophe et professeur émérite en éthique biomédicale à l’UCLouvain.

"Nos institutions démocratiques, qui respectent le droit du patient, dont celui de refuser la vaccination, sont mises à l'épreuve."
Michel Dupuis
Philosophe et professeur émérite de l'UCLouvain

"Nos institutions démocratiques, qui  respectent le droit du patient, dont celui de refuser la vaccination, sont mises à l’épreuve. Il n’y a pas de bonne solution, mais de la même manière qu’au plus aigu de la crise, il a fallu réfléchir aux critères d’admission en réanimation, sur base de critères purement médicaux et notamment le pronostic de survie, je pense que l’on va devoir réinstaller des critères avec un screening plus fin de qui peut être admis en réanimation."

Il suggère aussi une piste organisationnelle: rassembler les services covid dans certains établissements seulement, ce qui permettra probablement de libérer des lits non Covid. Mais pour lui, cette situation tendue repose également la question de la vaccination obligatoire. "C’est un débat subtil et délicat, où il faut éviter de faire un procès pur et simple de tous ceux qui ne se vaccinent pas. Il n’y a pas que des réfractaires à la science. Mais si dans l’urgence, on pouvait voir les choses avec tolérance, deux ou trois doses plus tard, il va falloir lutter contre cette forme d’inconscience. Même si le vaccin ne protège pas à 100%, il évite des morts." Un débat explosif en perspective...

Le résumé

  • Avant d'à nouveau reporter des soins pour faire de la place aux patients covid, vaccinés ou non, il faut ouvrir un débat, plaident deux députés flamands Open VLD dans une carte blanche.
  • Une question légitime, mais à laquelle il est difficile d'apporter une bonne réponse, répondent plusieurs spécialistes.
  • Et immanquablement, cela remet sur la table le sujet de la vaccination obligatoire.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés