Pierre Salik signe un chèque et met fin aux poursuites pour corruption

La transaction pénale signée par Pierre Salik lui permet de mettre fin aux poursuites à son encontre.

Élevée à "plusieurs millions d’euros" selon une source, la transaction pénale permet à l’homme d’affaires carolo de 89 ans, versé dans le textile, de clore son dossier d’instruction ouvert pour corruption d’agent public à Monaco.

Le montant de la transaction restera secret. Garantie, dit-on, de son existence même. C’est donc pour un montant de "plusieurs millions d’euros", indique une source, que l’homme d’affaires belge Pierre Salik, l’ex "roi du jeans", a pu obtenir l’abandon des poursuites menées à son encontre depuis 2016. Il était suspecté d’avoir corrompu des agents monégasques afin d’avoir accès – pour lui et des proches – à des titres de résidents monégasques et de bénéficier ainsi du précieux statut fiscal qui a cours sur le Rocher.

Selon nos informations, le receveur général a reçu, ce jeudi, le versement de la somme convenue entre le parquet fédéral et les conseillers de Pierre Salik. La transaction pénale est donc définitive. Contacté par nos soins, le parquet fédéral n’a souhaité faire aucun commentaire. Quant à l’avocat de M. Salik, il n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien. 

L'affaire avait éclaté en novembre 2016 à la suite d'une série de perquisitions à Monaco, Knokke, Bruxelles et dans la région de Namur.

Pour autant, "l’affaire Salik" se poursuit sans son principal suspect. Sur les 10 personnes inculpées dans le dossier, cinq – dont les deux filles de Pierre Salik – ont signé une transaction pénale, tandis que les cinq autres, ainsi que la filiale monégasque d’une banque française, continuent à être inculpées. Le nom de la banque n’a pas filtré. Il ne fait guère de doute que le parquet fédéral a souhaité conclure le deal vu l’âge avancé – il aura 90 ans en avril – de Pierre Salik. En effet, un décès de ce dernier avant la fin de l’enquête aurait provoqué l’extinction des poursuites à son encontre.

L’affaire avait éclaté en novembre 2016 à la suite d’une série de perquisitions à Monaco, Knokke, Bruxelles et dans la région de Namur. Pierre Salik avait été le premier à être inculpé par le juge Michel Claise pour corruption active d’agents publics étrangers. "D’importantes sommes d’argent liquide" avaient alors été découvertes et saisies, avait indiqué à l'époque le parquet fédéral.

Une Porsche contre un titre de résident

C'est sous le manteau, selon l'enquête, que Pierre Salik avait obtenu des titres de résident monégasque grâce à la corruption de retraités de la sûreté publique du Rocher, "jusqu'ici considérés comme au-dessus de tout soupçon". L'un d'entre eux, en guise de rétribution, s'était même vu, entre autres, allouer une Porsche! 

Pierre Salik et ses filles avaient obtenu d'être domiciliés dans l'immeuble Shangri La (dont le nom apparaît des centaines de fois dans les "Panama papers") ou même dans l'immeuble Mirabel, où se trouve le consulat honoraire belge à Monaco.

Pierre Salik et ses deux filles avaient ainsi obtenu d'être domiciliés dans l'immeuble Shangri La (dont le nom apparaît des centaines de fois dans les "Panama papers") ou même dans l'immeuble Mirabel, où se trouve le consulat honoraire belge à Monaco...

Il n'existe aujourd'hui que moins de 40.000 résidents monégasques. Ce statut ultra prisé permet à ceux-ci - hormis les Français et les Américains - de ne payer aucun impôt direct. L'accession à ce statut est particulièrement stricte et Pierre Salik ne pouvait y avoir droit.

Le millionnaire carolo, connu pour sa discrétion proverbiale dans le monde des affaires, avait repris la société textile de son père pour la faire fructifier dans les années 70 et 80, avec Salik Jeans. En 1999, il avait connu un important litige avec le fondateur de Kid Cool, Patrick Abraham, donnant lieu à une bataille judiciaire longue de 14 ans aboutissant en 2013 à un non-lieu pour des faits de corruption éclaboussant notamment l'ancienne présidente du tribunal de commerce de Bruxelles, Francine De Tandt.

Pierre Salik, grand collectionneur d'art, avait vendu, en 2015, 24 œuvres - Modigliani, Miro, Giacometti, huit Magritte - pour un total de 100 millions de dollars. Soit bien plus qu'une simple transaction pénale traitée avec le parquet fédéral.

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