carte blanche

Pour en finir avec les prises de tête à propos du télétravail

Le télétravail souffre de clichés tenaces. Pourtant, l’avenir du travail sera forcément hybride. Un mélange sain d’interactions en présentiel et d’activités numériques.

Des chats qui passent éhontément devant l’écran. Des enfants qui pleurnichent en arrière-plan. Des collègues, affalés dans leur canapé, qui tapotent un clavier sans enthousiasme. Voilà l’image actuelle du télétravail. Même le site web développé par Hilde Crevits, la ministre flamande du Travail, et le conseil économique et social flamand (le SERV) s’en rend coupable. Et c’est regrettable.

Si nous voulons que le télétravail fonctionne à long terme, il faut absolument en donner une image positive. Que pensez-vous donc de celle d’un expert qui travaille sans interruption à des tâches essentielles?

Isabel De Clercq

De nos jours, le luxe n’est pas de rester bloqué dans des embouteillages au volant de sa Tesla. C’est plutôt d’avoir la possibilité de travailler de chez soi sans être constamment dérangé.

Le mythe de la machine à café

Ce qui me frappe dans le débat sur le télétravail, c’est la quantité de clichés qui resurgissent. « Le télétravail et l’innovation ne font pas bon ménage » en fait assurément partie. Le numéro de septembre de The Economist, périodique par ailleurs honorable, explique ainsi clairement que l’innovation suppose une proximité. Oui, mais sans que celle-ci ne soit forcément physique.

Ensuite, il y a cette apologie des conversations autour de la machine à café, qui déboucheraient à tous les coups sur des idées fantastiques. Les conversations informelles augmentent la confiance au sein d’un groupe d’individus, certes. Mais, d’après moi, c’est aussi à cet endroit soi-disant mythique que naissent ragots et potins.

"De nos jours, le luxe n’est pas de rester bloqué dans des embouteillages au volant de sa Tesla. C’est plutôt d’avoir la possibilité de travailler de chez soi sans être constamment dérangé."
Isabel De Clercq
Fondatrice de Connect | Share | Lead

Et pour terminer, il y a le cliché concernant la perte de liens forts au sein de l’entreprise. Les recherches de Michael F. Steger montrent que les employés trouvent un sens à leur travail lorsqu’ils ont le sentiment de contribuer à la réalisation d’un enjeu qui les dépasse en tant qu’individus. Cette connexion est essentielle. Il semble que l’un des effets douloureux du coronavirus a été de dévoiler l’absence de cette connexion dans certaines boîtes. Quelle tristesse de constater que ce qui nous rassemble, en tant qu’individus, ce sont les quatre murs d’un bâtiment.

L’avenir du travail, cela va de soi, ne réside pas dans le télétravail à temps plein. Il doit être hybride. Un mélange sain d’interactions en présentiel et d’activités numériques. Un équilibre entre le travail réalisé à plusieurs et tout seul. Dans des lieux que nous choisissons nous-mêmes, différents et d’importance égale.

Mais qu’est-ce qui cloche?

Qu’est-ce qui cloche donc en ce moment ? D’où viennent ces jérémiades et ces affreuses migraines ? Nous essayons à tout prix de reproduire des activités en présentiel sur une plateforme numérique. Le résultat ? Vous le connaissez déjà : des journées pleines de réunions mal préparées avec trop d’intervenants. Est-ce la faute aux outils ? Et quelle pourrait être la solution ?

"Quelle tristesse de constater que ce qui nous rassemble, en tant qu’individus, ce sont les quatre murs d’un bâtiment."
Isabel De Clercq
Fondatrice de Connect | Share | Lead

Il y a deux ans, j’ai interviewé Manoj Sinha, un manager de Mercedes-Benz en Inde. "Les réunions sont des endroits où ceux qui ont les plus gros salaires en imposent le plus! Je fonctionne comme suit: nous débutons par une réunion synchrone, et nous poursuivons la conversation de manière asynchrone, afin que les plus timides puissent, eux aussi, développer leurs idées. Ce n’est qu’ensuite que nous nous réunissons pour prendre les bonnes décisions."

À la tête d’une entreprise en technologie, l’Américain Matt Mullenweg prône une idée similaire. Il parle de "5 niveaux du travail à distance". Au niveau 1, toutes les tâches sont effectuées au bureau. Au niveau 2, le travail en présentiel est reproduit sur une plateforme numérique, et "cela cause de plus en plus de burn-out", explique-t-il. Au niveau 3, les avantages des outils numériques sont explorés. Au niveau 4, on établit un équilibre sain entre collaboration asynchrone et collaboration synchrone. Au niveau 5, le Nirvana.

L’avenir du travail, cela va de soi, ne réside pas dans le télétravail à temps plein. Il doit être hybride. Un mélange sain d’interactions en présentiel et d’activités numériques.

« Nous nous réunissons uniquement lorsque la présence simultanée de chacun est absolument nécessaire. » C’est ce que Michel Pilet m’a confié lors d’une interview, il y a deux semaines. Michel est le PDG de la société néerlandaise clevergig, actuellement au niveau 4. « L’objectif est de programmer le moins de réunions possible. Celles qui ont lieu sont préparées avec sérieux et de façon asynchrone. Je veux travailler sans interruption aussi souvent que possible. »

Les réunions Zoom qui nous causent à tous ces horribles migraines sont un symptôme du niveau 2 de la classification de Matt Mullenweg. Le niveau 4, c’est l’avenir. Et le retour au niveau 1 n’est pas une option.

Isabel De Clercq
Fondatrice de Connect | Share | Lead

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés