Pour un Etat confédéral, De Wever s'en remet aux francophones

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Le président de la N-VA Bart De Wever estime que les réformes socio-économique pousseront les francophones a demander de nouvelles évolutions communautaires. Pari risqué.

Surprise: Bart De Wever est confédéraliste. C’est ce que rappelle le président de la N-VA dans le chapitre qu’il a rédigé pour un livre d’Objectief V, le centre d’étude de la N-VA sur les questions communautaires. Pour ceux à qui cela aurait échappé, Objectief V était le bébé du constitutionnaliste Hendrik Vuye qui a quitté la N-VA avec fracas en septembre dernier. Et deux jeunes loups de la N-VA, Mathias Diependaele mais aussi (et surtout) le député européen Sander Loones, sont désormais aux manettes de ce think tank.

Et ça balaye large puisque Objectief V a tout aussi bien fait distribuer 10.000 casquettes jaunes sur le dernier Tour des Flandres que parrainé le livre "La Flandre inachevée" où Bart De Wever retrace sa vision communautaire. "Quand les écologistes disent qu’ils sont écolos, ça ne fait pas une ligne dans la presse mais quand nous disons que nous sommes un parti qui pense que tout est communautaire, alors cela fait les gros titres", sourit un responsable du parti.

Ecrire que De Wever est confédéraliste, c’est grosso modo écrire que Di Rupo est socialiste ou que Michel est libéral, ça ne mange pas de pain. Nuance tout de même: Bart De Wever a effectué, avec les années, un subtil glissement de la case nationaliste flamand vers celle de confédéraliste. Pragmatique, il a ainsi abandonné en chemin le nationalisme romantique flamand, qu’il considère comme désuet et se range désormais derrière une Belgique confédérale, une Belgique résiduaire dans laquelle ne survivraient que quelques attributs belgo-belges comme la diplomatie. Mais c’est une Belgique quand même: De Wever le sait, il n’est pas prêt de décrocher une majorité pour une Flandre (complètement) indépendante. D’où le confédéralisme.

Le président de la N-VA, qu’on a cru un temps lassé des affaires politiques, revient donc dans le jeu, avec dans le viseur la double élection de 2018/2019. L’intérêt de la sortie de De Wever est donc:

→ A. De rappeler à ceux qui pensaient qu’il avait tout misé sur le socio-économique et déserté le terrain communautaire qu’il n’en est rien. Non, meneer.
→ B. De définir quel modèle confédéral veut épouser la N-VA.

Les leviers de De Wever

Et c’est là, indiscutablement, que le chapitre rédigé par le néo-marathonien est utile. Le président de la N-VA estime que le redressement socio-économique doit précéder les prochaines étapes communautaires. Utiliser le pouvoir prépondérant de la Flandre à l’échelon fédéral pour mener une politique socio-économique qui poussera les partis francophones à demander une réforme de l’Etat: voilà la clé de voûte d’une évolution qui apparaît tout de même assez incertaine puisque dépendant de la situation wallonne notamment. Or on sait combien celle-ci est incontrôlable entre autres avec la montée de l’extrême gauche.

Quels leviers De Wever a-t-il réellement en mains?

Son confédéralisme repose sur deux entités: la Flandre et la Wallonie qui exercent toutes les matières liées aux personnes et au territoire. Les Bruxellois devraient choisir l’entité dont ils veulent relever pour les matières personnelles, c’est-à-dire l’impôt des personnes physiques, la sécurité sociale, etc., ce qui ne manquera pas de faire hurler les quelques régionalistes bruxellois – mais que pèsent-ils face aux Flamands et Wallons?

La confédération exercerait les seules compétences que lui ont transmises la Flandre et la Wallonie. Selon Bart De Wever, il s’agirait de la sécurité, de la défense, des finances et des affaires étrangères. La monarchie n’aurait plus qu’une fonction protocolaire. Ainsi, le maintien d’une monarchie protocolaire est-il particulièrement symptomatique de l’évolution de la pensée "deweverienne": lui, le républicain, ne plaide plus pour qu’on se débarrasse purement et simplement de la Maison royale. Le gouvernement confédéral serait composé de 4 ministres plus deux désignés par les entités, la confédération serait financée par la TVA et les accises. Une solidarité existerait entre les entités mais dans un cadre transparent et chiffrable. La Flandre et la Wallonie détermineraient et percevraient l’IPP et les droits de succession. La Flandre, la Wallonie et Bruxelles feraient de même pour l’impôt des sociétés, les droits de donation et le précompte. Allez, Bart De Wever a ouvert la porte du frigo communautaire. A table.

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