carte blanche

Pour une formation continue qui embarque aussi ceux qui en ont le plus besoin

Chef d'entreprise, expert en marketing digital et fondateur de différentes associations citoyennes

La formation des adultes représente un défi sociétal qui mérite une stratégie nationale d'éducation spécifique. Afin d’en assurer le succès, il s’agit de mesurer les difficultés auxquelles sont confrontés les adultes qui se lancent dans cette aventure. Tour d’horizon.

En Belgique, l’offre d’enseignement pour les adultes existe à travers une multitude d’opérateurs disséminés sur le territoire. Particularité institutionnelle, certains cursus sont pris en charge par les Régions (les formations professionnelles) tandis que d’autres relèvent des Communautés (l’enseignement).

Les personnes qui occupent les métiers les plus menacés de disparition ne se forment pas assez.

Tous les travailleurs ont la possibilité de solliciter des congés formations. Pour les entreprises de plus de 10 travailleurs, l’employeur est obligé de prévoir 5 jours de formation par équivalent temps plein par an, en moyenne. Les chômeurs doivent collaborer activement et positivement aux propositions de formation proposées par le service régional de l’emploi compétent.

Exclusion des plus concernés

A priori, tout le monde est donc invité à se former continuellement. Pourtant, la dernière enquête de Randstad* révèle que seuls les profils les plus compétents le font. A contrario, les personnes qui occupent les métiers les plus menacés de disparition ne se forment pas assez.

Morad Chahboun est un entrepreneur belge à la tête de l’entreprise ATJR, active dans le commerce international. Il est co-fondateur et membre de différentes initiatives citoyennes à Bruxelles, comme Talented Youth Network (TYN) ASBL et Molengeek

Mon expérience personnelle semble faire écho à cet état de fait. Avec mon diplôme universitaire, un statut d’indépendant et pas (encore) de responsabilité parentale, je dispose des conditions psychologiques, matérielles et temporelles qui me permettent de m’organiser "facilement" si je souhaite poursuivre une formation supplémentaire. Mais tout le monde n’est bien évidemment pas dans cette situation.

Ainsi, quand il n’y est pas obligé, le citoyen pèse une multitude de facteurs avant de s’engager dans une formation continue.  En premier lieu, il possède un rapport à l’institution académique plus ou moins heureux. Si l’expérience scolaire a été pénible, il doit à la fois vaincre ce rapport désagréable, mais aussi se rassurer sur ses capacités psychologiques à suivre les cours, remettre des travaux et passer des examens. La capacité physique à gérer ce nouvel engagement temporel constitue une deuxième difficulté, qui semble insurmontable pour certains de nos concitoyens.

Ces difficultés expliquent pourquoi bon nombre de concitoyens ne peuvent concevoir une formation continue de manière sereine.

Comment organiser la vie de famille, les déplacements travail-enfants-formation, le temps dévolu aux cours et à l’étude, sans oublier un rapport avec l’employeur qui pourraient se raidir suite à une moins grande disponibilité? Ces difficultés expliquent pourquoi bon nombre de concitoyens ne peuvent concevoir une formation continue de manière sereine, quand bien même leur occupation est susceptible de disparaître dans un avenir plus ou moins proche.

Ne pas attendre un plan social

D’ailleurs, le "recyclage" n’intervient qu’après un événement marquant comme un plan social ou une autre proposition d’emploi. Si nous sommes tous d’accord sur les bienfaits de la formation continue, nous ne devrions pas nous contenter d'attendre ce genre d’événement pour faire en sorte que l’ensemble de nos concitoyens s'engagent plus massivement dans des processus d'éducation permanente.

J'ai mentionné à travers des exemples les multiples facteurs qui influencent une telle décision. Comprendre les raisons qui poussent nos compatriotes à suivre ou non des formations ne représente que la première étape du travail.

Proposer des mesures qui prennent appui sur ces comportements micro-économiques en constitue la deuxième étape.

Les traduire dans des mesures concrètes pour que cette décision individuelle en soit facilitée: voilà la troisième et ultime phase.

Changer notre société pour que l'éducation permanente soit partie intégrante de notre culture au même titre que l’obligation scolaire.

Les deux premiers moments peuvent être impulsés par la société civile et le Groupe du Vendredi se joint pleinement à cette réflexion. Le troisième est la responsabilité du politique qui doit se saisir du défi comme d'une opportunité de créer un projet commun avec la population et les instituts d'enseignement.

Changer notre société pour que l'éducation permanente soit partie intégrante de notre culture au même titre que l’obligation scolaire: en voilà un projet fédérateur pour les dix prochaines années!

*Travailler, c’est se former: Lumière sur la formation continue par Ranstad, 03/2020

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