Pourquoi faut-il continuer à organiser la Belgian Pride?

©BELGA

Les droits des homosexuels en Belgique sont sur la bonne voie, mais qu'en est-il dans le reste du monde où ils doivent mentir ou souffrir, voire mourir?

Les rues de Bruxelles vont être envahies de paillettes, de boas roses à plumes, de combinaisons en latex et autres tenues affriolantes ce samedi. Difficile de ne pas reconnaître la Belgian Pride annuelle. Si c'est une occasion de faire une grande fête, c'est avant tout une manifestation pour la liberté et l'égalité des orientations sexuelles. 

Et sur ce plan-là, la Belgique s'est toujours plutôt bien défendue. Jamais les relations sexuelles entre personnes du même sexe ont été illégales. Le mariage est autorisé depuis 2003 (seuls les Pays-Bas ont été plus rapides en Europe) et l'adoption depuis 2006. Les homosexuels sont également protégés dans tous les domaines par la loi anti-discrimination de 2003. Cela vaut à notre plat pays la 4e place du Rainbow Index qui classe les pays européens. La Belgique pourrait encore gagner quelques places l'an prochain grâce notamment à la nouvelle loi transgenre et au plan d'action interfédéral autour de cette thématique.

De là à dire que tout va bien dans le meilleur des mondes? Certainement pas. Les droits des LGBTI (Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender and Intersexed) sont largement bafoués et leur vie est même menacée dans plusieurs pays. L'existence de camps de torture en Tchétchénie a fait remonter à la surface de la presse les agressions auxquelles les homosexuels doivent faire face à certains endroits du globe. 

Les autorités de Tchétchénie, où l'homosexualité est considérée comme un tabou, auraient lancé fin mars une campagne de répression contre les homosexuels ou considérés comme tels, selon l'hebdomadaire Novaïa Gazetaqui.

Plus de 100 homosexuels auraient été arrêtés et torturés dans des "prisons secrètes". Les autorités auraient également incité leurs familles à les tuer pour "laver leur honneur", ce qui a coûté la vie à au moins trois personnes.

Le président tchétchène Ramzan Kadyrov a démenti toute exaction envers les homosexuels, qualifiant les articles de "provocateurs". Son porte-parole assure, lui, que les gays "n'existent pas" dans la république.

Une enquête a été ouverte par le parquet général, mais les enquêteurs disent n'avoir reçu "aucune plainte officielle" de victime.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reyners, ne veut pas rester les bras croisés. Il a tiré la sonnette d'alarme au Conseil de l'Europe. "La discrimination sur base de l'orientation sexuelle survient encore trop souvent dans nos pays, parfois même sous des formes extrêmes, et les signes inquiétants de violence et de discrimination à l'égard des homosexuels en Tchétchénie nous le rappellent", a-t-il déclaré.

A l'échelon européen, une résolution a été votée au Parlement européen pour appeler les autorités tchétchènes à cesser immédiatement ces pratiques et à libérer toutes les personnes détenues illégalement. Ils demandent aussi "une enquête indépendante, objective et approfondie" et trouvent que la Commission européenne, les Etats membres et le Conseil de l'Europe doivent assister la Russie en ce sens.

"Les autorités russes et tchétchènes doivent dire haut et fort qu'être lesbienne, gay, bi, trans ou intersexe, ce n'est pas contre quelque tradition religieuse que ce soit, c'est quelque chose qui a toujours existé, partout sur la planète, à toutes les époques, dans toutes les religions et cultures."
Ulrike Lunacek
Parlementaire écologiste autrichienne

Il vaut donc mieux vivre en Belgique qu'en Tchétchénie si on est homosexuel. Mais qu'en est-il du reste du monde? Il est autorisé -comprenez il n'y a pas de lois interdisant- d'être homosexuel dans 127 pays, d'après le dernier rapport de l'association internationale ILGA. Les chiffres sont tout frais, ils datent de mai 2017. Dans 72 États, il est toutefois considéré comme un crime d'avoir des relations sexuelles entre deux personnes du même sexe. Cela signifie que les gays encourent une peine de prison. La peine de mort pour ce motif est également autorisée dans huit de ces États. En carte, ça donne ça.

Mais ce classement est toutefois à prendre avec des pincettes. Par exemple, au Brésil, les homosexuels peuvent se marier depuis 2013, adopter des enfants depuis 2010 et sont même protégés face aux discriminations en fonction de leur orientation sexuelle dans de nombreuses juridictions. Et pourtant, toutes les 25 heures, un homosexuel a été tué en 2016, un triste record qui risque d'être à nouveau battu en 2017 selon les premiers chiffres en augmentation de 20%. 

Pour Genilson Coutinho, éditeur du site spécialisé Dois Terços, cette recrudescence est due à "l'impunité". "Il n'existe pas de loi qui criminalise l'homophobie au Brésil. L'impunité renforce la violence quotidienne et institutionnalise la banalisation de ce genre de crime", déplore-t-il. 

Et les transgenres ne sont pas épargnés. Selon l'ONG Transgender Europe, le Brésil est le pays où ont été recensés le plus grand nombre de meurtres de trans au monde, avec 900 morts de 2008 à 2016, loin devant le Mexique (271), cela représente près de la moitié du total de 2.264 homicides dans le monde entier.

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