Pourquoi l'emploi américain est-il en panne ?

La croissance faiblarde freine l’embauche dans le secteur privé, tandis que la crise budgétaire bride l’emploi dans le secteur public.

Depuis 2009, l’économie américaine a perdu 7 millions d’emplois. Pour rattraper cela, il faudrait créer 100.000 à 200.000 nouveaux postes tous les mois. Or on en est loin. En août, il n’y a pas eu la moindre création nette d’emplois. C’est ce statu quo néfaste que le plan Obama entend briser.

1. Pourquoi cela va-t-il si mal aujourd’hui?

Deux facteurs principaux pèsent sur le marché de l’emploi américain. Au niveau de l’emploi privé, c’est la croissance économique qui pose problème.

"L’activité a certes repris, mais on reste très en deçà de la croissance potentielle", souligne Julien Manceaux, économiste chez ING. "La croissance actuelle demeure largement insuffisante pour pouvoir créer massivement de l’emploi." Pour ce qui est de l’emploi dans le secteur public, aucune amélioration n’est à attendre dans le contexte budgétaire actuel. Cela vaut tant pour l’État fédéral que pour les États fédérés, dont certains ont des finances encore plus mal en point que le pouvoir central.

À cela s’ajoute le facteur conjoncturel du recensement de 2010. Il s’agit d’une enquête réalisée à grande échelle auprès des ménages américains et mobilisant des milliers de fonctionnaires à titre temporaire. Le recensement étant terminé, ce sont autant de fonctionnaires désœuvrés qui viennent grossir les rangs des chômeurs.

2. Les chiffres, vrais ou truqués?

Officiellement, le taux de chômage aux Etats-Unis s’élevait fin août à 9,1 % de la population active. Hormis février et mars 2011, le taux de chômage officiel a toujours égalé ou dépassé 9 % depuis mai 2009. Ce chiffre, pas loin des 9,5 % de chômage dans l’Union européenne fin août, ne reflète pas toute l’étendue du chômage qui sévit outre-atlantique. La réalité vécue par les Américains est pire. Au sens large, c’est-à-dire en incorporant les chômeurs exclus du décompte officiel, ainsi que les personnes contraintes de travailler à temps partiel à défaut d’un temps plein, le taux de chômage se situe au-dessus de 16 %. "Lorsque les emplois nouveaux sont pris par des personnes qui n’étaient plus répertoriées comme chômeurs, le taux de chômage forcément ne diminue pas", fait remarquer Julien Manceaux. En Europe aussi, les chiffres officiels masquent bien souvent une réalité plus inquiétante. Ainsi, pendant longtemps en Belgique, les chômeurs âgés de plus de 50 ans n’étaient plus repris dans les statistiques officielles.

3. Comparaison avec l’Europe

Ce qui traditionnellement fait la force du marché de l’emploi américain, c’est sa flexibilité et donc sa réactivité lorsque la conjoncture reprend.

Cette flexibilité ne découle pas seulement du droit social moins contraignant en vigueur outre-Atlantique. Elle est également géographique: les travailleurs américains n’hésitent pas à déménager pour trouver un emploi.

Aujourd’hui, cette flexibilité fait cruellement défaut. En cause, un marché immobilier bloqué. Le chômage est le plus élevé dans les États où la valeur des actifs immobiliers a le plus baissé.

4. Pourquoi ce plan maintenant?

Pour Julien Manceaux, le timing choisi par Obama pour dévoiler son dispositif n’est pas innocent. "Ce plan s’apparente avant tout à une mesure électorale. Le premier plan, qui pesait près du double en termes de moyens financiers, n’a pas donné grand-chose", rappelle-t-il. D’après lui, il faudrait vraiment que le nouveau plan soit très bien ciblé pour pouvoir renverser la tendance actuelle. l

 

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