analyse

Pourquoi la Belgique ne teste-t-elle pas encore ses professeurs?

Afin de bâtir la plateforme fédérale "bis" de tests, le laboratoire développé par l'ULiège a été dupliqué au sein de sept universités. Et ses capacités seraient suffisantes pour réaliser un dépistage massif des professeurs dans les écoles belges, au moyen de tests salivaires. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Forte de son expérience au sein des maisons de repos wallonnes, l'ULiège assure qu'il serait possible de tester rapidement, et massivement, au sein des écoles.

On les attend dans les écoles, sans trop savoir quand ni comment. Ils font leur réapparition ce lundi sur le campus de l'Université de Liège. Ils ont quitté les maisons de repos wallonnes, mais pas tout à fait. Et ils n'ont pas dit leur dernier mot. Ils? Ce sont les tests salivaires.

Mis au point par l'ULiège, entre mars et septembre 2020, le test salivaire marie le meilleur des deux mondes, comme le tournerait le langage marketing. L'avantage de la technique du test PCR, sans avoir à subir le ramonage de cerveau qu'impose le prélèvement par écouvillon, puisqu'un peu de salive suffit. Avec, il est vrai, une légère perte de sensibilité dans la bataille, compensée par un usage répétitif.

85%
participation hebdomadaire
De novembre à janvier, l'ULiège a effectué quelque 160.000 tests sur le personnel des maisons de repos wallonnes, dont environ 85% ont participé sur une base hebdomadaire. De 5,37%, le taux de positivité a chuté à 0,16%.

C'est d'ailleurs ce qui a été fait par l'ULiège dans les maisons de repos en Wallonie, de novembre à janvier. Quelque 160.000 tests effectués sur les membres du personnel, avec 85% des institutions participant sur une base hebdomadaire. "De quoi faire passer le taux de positivité de 5,37% à 0,16%, se félicite Fabrice Bureau, vice-recteur à la recherche de l'ULiège. La courbe de mortalité y a diminué nettement plus rapidement qu'en Flandre."

Étudier l'incidence de la vaccination

Il n'empêche. Cette page se tourne à la fin janvier. Parce que la vaccination pique à tour de bras dans les maisons de repos, mais aussi parce que le suivi de leur situation sanitaire retourne dans le giron fédéral.

"La vaccination exerce une pression terrible sur le virus, qui n'est plus capable de se transmettre comme il l'entend. Celui-ci va donc augmenter la fréquence de ses mutations, jusqu'à ce qu'il trouve un variant qui puisse échapper à la protection vaccinale. La question n'est pas de savoir si cela arrivera, mais quand."
Fabrice Bureau
Vice-recteur à la recherche de l'ULiège

Cela ne sonne pas la fin des tests salivaires. C'est que de nombreuses questions sur les vaccins restent en suspens. "Les personnes vaccinées excrètent-elles encore le virus, de façon à pouvoir le propager?, interroge Fabrice Bureau. Par ailleurs, la vaccination exerce une pression terrible sur le virus, qui n'est plus capable de se transmettre comme il l'entend. Celui-ci va donc augmenter la fréquence de ses mutations, jusqu'à ce qu'il trouve un variant qui puisse échapper à la protection vaccinale. La question n'est pas de savoir si cela arrivera, mais quand." D'où l'intérêt de continuer à pister l'épidémie. "Nous avons mis au point une technique permettant de mesurer la capacité du virus à mettre au point ce variant d'échappement. Plus vite on trouve, mieux c'est."

C'est ce qui explique qu'à côté de la réintroduction des tests salivaires sur son campus, l'ULiège a signé pour un "acte 2" dans une centaine de maisons de repos. L'idée? Suivre le personnel vacciné, et celui qui ne l'est pas, afin d'étudier l'incidence de la vaccination.

Reste à se pencher sur la durée effective de la protection fournie par le vaccin. Pour ce faire, l'Université va recruter une cohorte de volontaires faite de 2.000 étudiants, de 1.000 membres de son personnel, ainsi que de 400 membres du personnel soignant du CHU de Liège.

Sus aux écoles!

Et les écoles dans tout cela? On y vient. Durant l'automne 2020, la Belgique s'interroge sur la meilleure stratégie de tests répétitifs: quel public viser et quels tests utiliser. La Flandre opte pour l'option antigénique dans les écoles, tandis que la Wallonie remonte la piste salivaire dans les maisons de repos. À chacun son projet pilote.

Et depuis? La question reste en suspens, même si le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a), s'est prononcé en faveur de l'introduction massive des salivaires au sein des écoles. Mais pourquoi ce long surplace? "Il a fallu le temps de trancher, détaille Fabrice Bureau. En 2020, il n'existait pas vraiment de publications sur l'efficacité des tests salivaires suivis d'une PCR. Nous avons rendu notre rapport le 7 janvier, et une série de publications internationales sont apparues dans la foulée, établissant que la combinaison salivaire/PCR constituait la meilleure méthode pour le dépistage de masse."

En somme, tous les feux passent au vert en janvier. En Flandre, Herman Goossens, à la tête de la task force "testing", prend son bâton de pèlerin; côté wallon, c'est Fabrice Bureau qui s'y colle. Le politique est convaincu et planche à l'élaboration d'un test au sein de quelques écoles, dont on attend que les contours se précisent.

36.000
Tests par jour
En tablant sur un taux de participation de 60% et sur une estimation d'environ 300.000 professeurs, Fabrice Bureau en arrive à un total de 180.000 personnes à suivre, ce qui fait 36.000 tests à mener par jour. Jouable si l'on mobilise la plateforme fédérale "bis", qui se tourne un peu les pouces à l'heure actuelle.

Un tempo qui peine à satisfaire Fabrice Bureau. "Pourquoi perdre son temps, alors qu'il y a urgence? Il aurait été possible de mettre sur pied un dispositif nettement plus ambitieux."

"Tester tous les professeurs nous permettrait de savoir où il y a le feu. Et dès qu'il y a un cas positif dans un établissement, on teste toute l'école avec les écouvillons classiques. C'est jouable, et à ma connaissance, nous sommes le seul pays à disposer de la capacité nécessaire pour le faire. "
Fabrice Bureau
Vice-recteur à la recherche de l'ULiège

Ce qui implique de mettre à contribution la plateforme fédérale "bis", qui est en fait la duplication, au sein de sept universités, du laboratoire mis en place à Liège. "Pour l'heure, celle-ci travaille en sous-régime. Au lieu de se tourner les pouces, on pourrait dédier sa capacité restante aux écoles. À la grosse louche, il serait possible de réaliser 40.000 tests par jour, soit 200.000 par semaine. Si l'on part sur environ 300.000 membres du corps professoral et que l'on table sur un taux d'adhésion de 60%, cela ferait 180.000 personnes à suivre, soit 36.000 tests par jour. C'est jouable, et à ma connaissance, nous sommes le seul pays à disposer de la capacité nécessaire pour le faire. Tester tous les professeurs nous permettrait de savoir où il y a le feu. Et dès qu'il y a un cas positif dans un établissement, on teste toute l'école avec les écouvillons classiques."

N'est-ce pas périlleux d'accaparer ainsi sa force de frappe? Quid si une nouvelle vague survient? "Si c'est le cas, du jour au lendemain, on cesse de s'occuper des écoles. Mais dans les creux, autant utiliser sa capacité afin d'éviter la vague suivante."

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