Pourquoi le PP de Modrikamen n'est pas plus populaire

Un des soucis du Parti Populaire, c’est que c’est la formation d’un seul homme: son patron, l’avocat Mischaël Modrikamen ©Lieven Van Assche

L’air de rien, cela doit être rageant. Viser la droite (assumée) de l’échiquier politique francophone. Se revendiquer à l’envi de la N-VA. Et subir la comparaison, désagréable de surcroît, avec son exact opposé, qui a décidé, lui, d’emprunter la voie à gauche de la gauche. En résumé, cela donne ceci: comment se fait-il que le Parti Populaire peine à exister à la droite du MR, alors que le Parti du Travail de Belgique prospère sans vergogne à la gauche du PS?

Précisons d’emblée: ce n’est pas par manque de place. Contrairement au cliché, non, le Wallon n’a pas le cœur implanté résolument plus à gauche que le Flamand, insiste Vincent Laborderie. Le politologue (UCL) pointe l’existence d’un hiatus entre l’offre et la demande politiques, côté francophone: les partis se marchent sur les plates-bandes à gauche, tandis que le MR se sent un peu seul à droite. D’autant que le climat sécuritaire actuel est plutôt propice aux formations ancrées à droite. La place existe. Pourtant, le PP de Mischaël Modrikamen peine à la saisir. Voici pourquoi.

Députés peu audibles

On peut le dire. Le PP n’a pas cartonné le 25 mai 2014. Il n’a engrangé que deux députés: un au Fédéral, un en Wallonie. "Deux illustres inconnus, résume Paul Wynants. Et puis, un élu dans une assemblée, cela ne pèse rien." Cela ne suffit pas non plus pour bénéficier des avantages d’un groupe politique.

Oui mais. Le PTB, au Fédéral, ne dispose jamais que de deux députés. Et pourtant, on l’entend. Fort. "Au total, le PTB compte huit députés: quatre à Bruxelles, deux au Fédéral et deux en Wallonie; c’est tout de même autre chose, poursuit le professeur d’histoire politique à l’UNamur. Au Fédéral, ils ont beau n’être que deux, ils sont hyperactifs et bien implantés. Raoul Hedebouw est une personnalité médiatique. Marco Van Hees représente à lui tout seul la quasi-totalité du service d’études du PTB. C’est un autre niveau que les députés du PP."

Aucun impact médiatique

"Le PP n’arrive pas à mettre à l’agenda politique les bons dossiers au bon moment."
Paul Wynants
Professeur d'histoire politique (UNamur)

Mischaël Modrikamen le répète à qui veut l’entendre. Les médias le boudent. Le boycottent. "Cela ne tient pas la route, balaie Paul Wynants. Quand Modrikamen veut faire une sortie, il y arrive. Simplement, le PP n’arrive pas à mettre à l’agenda politique les bons dossiers au bon moment. Comme le fait le PTB." Ce qui ne facilite pas la donne, c’est que Mischaël Modrikamen s’est mis beaucoup de monde à dos, rajoute Vincent Laborderie. La voie judiciaire n’est sans doute pas la plus judicieuse pour se voir ouvrir les portes d’une rédaction.

Parti d’un seul homme

"Le PP est mal organisé", lâche Vincent Laborderie. En fait, le hic, c’est qu’il s’agit du parti d’un seul homme, embraie Paul Wynants. "Il faut reconnaître à Mischaël Modrikamen des qualités intellectuelles et oratoires. Il possède une présence médiatique, fait preuve d’abattage durant les débats. Mais il est tout seul! À ses côtés, pas de structure ou de compagnon de route solide."

De dissension en chamaillerie

Il faut dire aussi que le patron du PP a éprouvé quelques difficultés à s’entourer. L’histoire du parti est émaillée de chamailleries, déchirements et autres dissensions. On vous rappelle l’inénarrable Laurent Louis? Le divorce corsé et riche en coups bas avec Rudy Aernoudt? Le claquage de porte d’Aldo-Michel Mungo, parti fonder son propre parti, La Droite? Jusqu’ici, le PP a plus donné l’image d’une foire d’empoigne que d’un parti soudé. Et son personnel politique n’a pas toujours brillé par sa fulgurance.

Erreurs stratégiques

Et ce n’est pas gênant, ça, pour le parti d’un seul homme, que son patron ait échoué deux fois à se faire élire au Parlement? Un peu, sans doute. "Les deux députés PP ont été élus parce que les gens votaient Modrikamen, estime Paul Wynants. Et si lui-même n’a pas été élu le 25 mai 2014, c’est parce qu’il s’est présenté à la Chambre dans la mauvaise circonscription. La plus mauvaise, même, là où il y avait le plus de listes de droite ou d’extrême droite pour le concurrencer. Je n’ai pas compris pourquoi il a opté pour le Hainaut, ça me sidère." Ironie du sort, parmi les concurrents hennuyers, se trouvaient Debout les Belges, La Droite et P +, soit trois dissidences du PP.

"Quel amateurisme, d’aligner les personnes qui peuvent faire des voix là où elles n’ont aucune chance d’être élues!"
Paul Wynants
Professeur d’histoire politique (UNamur)

Notez que la remarque vaut également pour Luc Trullemans, l’ex-Monsieur Météo de RTL. "Il a réalisé un score honorable au scrutin européen. Mais s’il voulait être élu, il aurait dû se présenter ailleurs. Quel amateurisme, d’aligner les personnes qui peuvent faire des voix là où elles n’ont aucune chance d’être élues!"

Mauvais timing

Oui, le PP a une place à prendre. Potentiellement, en tout cas. "Mais paradoxalement, la polarisation actuelle MR/PS rend la vie difficile pour les petits partis, juge Paul Wynants. Côté francophone, le MR a tous les projecteurs braqués sur lui." Vincent Laborderie ne dit pas autre chose. "Le PP se revendique de la N-VA. Mais le Wallon qui trouve intéressant le message N-VA, il risque de voter ‘utile’, de voter MR parce que le MR gouverne avec la N-VA. Un message renforcé par les autres partis, qui martèlent que MR égale N-VA. Le timing n’est pas favorable au PP."

N’empêche. La formation de Modrikamen a sans doute une marge de progression devant elle. "Mais si le PP veut percer durablement, conclut Paul Wynants, il va devoir se professionnaliser."

[Suivez Benoît Mathieu sur Twitter en cliquant ici]

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