Nos unifs perdent des plumes. On s'inquiète?

©Photo News

Que se passe-t-il sur la planète universitaire? Toutes les unifs belges classées dans le QS University ranking ont perdu des places. Quatre restent quand même épinglées dans les 200 meilleures universités du monde. Et ce n’est pas rien. 

Le verdict est tombé. A 21h ce mercredi, le QS World University ranking a livré son nouveau classement 2019. Et c’est la déconfiture pour les universités belges. Les huit institutions classées (4 francophones, 4 néerlandophones) ont toutes perdu des plumes. La VUB est la moins mal lotie, elle ne perd que 6 places au classement, mais rate de peu le podium belge des trois meilleures universités du pays (elle est 4e pour la Belgique). L’ULiège, elle, est la moins chanceuse. Elle encaisse une véritable chute: -69 places au classement. 

©Mediafin

La KUL (Katholieke Universiteit Leuven) reste en pôle position du classement belge. C’est aussi la seule à afficher son nom dans le top 100 du classement, même si elle perd 10 places (classée 81e).  Elle est suivie par l’Université de Gand et l’UCL (Université catholique de Louvain), première université francophone classée (en 165e position). Au niveau mondial, le classement reste dominé par les Américains et les Britanniques, qui squattent 9 des 10 premières places. 

Ce recul des universités belges dans leur ensemble n’inquiète pas outre mesure la communauté universitaire francophone. Il est d’ailleurs de tradition chez nous de relativiser fortement ces classements internationaux, dont la méthodologie est souvent contestée en Belgique… Si l’on rapporte les résultats au nombre d’étudiants, on constate d’ailleurs que 2/3 des jeunes belges étudient dans une université qui se situe dans le top 200 mondial… Arriver à un tel ratio est plutôt exceptionnel, disent les spécialistes. 

"On est en baisse dans le classement, je préférerais évidemment que l’on grimpe, commente Jean-Christophe Renauld, prorecteur à la recherche de l’UCL. Mais sur ces cinq dernières années, on a grimpé deux fois, et descendu trois fois. Et ces variations restent faibles. Dans l’ensemble, on peut quand même parler de stabilité…"

"Ces rankings reflètent une culture très anglosaxonne des universités, chez nous, nous préférons accorder plus d’importance à l’implication sociétale de l’université, et cela ne se mesure pas"
Albert Corhay
Recteur de l'ULiège

A l’Université de Liège (ULiège), le recteur Albert Corhay reste tout aussi serein. "Cela ne m’inquiète pas. C’est un classement qui reprend des milliers d’universités à travers le monde, et beaucoup de nouvelles universités étrangères mettent énormément de moyens sur la table pour y monter. Ce n’est pas notre philosophie. Ces rankings reflètent une culture très anglosaxonne des universités, chez nous, nous préférons accorder plus d’importance à l’implication sociétale de l’université, et cela ne se mesure pas", dit le recteur de l’ULiège.

 

La réputation, un critère biaisé

Kim Oosterlinck, vice-recteur à la prospective et au financement à l’ULB, ne dit pas autre chose quand il explique les stratégies d’optimisation mises en place par certaines universités. Un phénomène venu d’Asie, relativement nouveau, et qui pourrait expliquer ces pertes de place des universités belges. "L’un des critères dans lequel nous perdons des points est celui de la réputation académique. Il faut savoir que certains s’amusent aujourd’hui à envoyer des mails aux chercheurs des autres universités lorsque les classements sont calculés, en leur demandant de voter pour elles…", témoigne-t-il. Les responsables des universités pointent aussi le travers du classement QS, qui donne un poids énorme à ce critère lié à la réputation. "L’enquête de réputation — un critère finalement très subjectif — pèse pour 50% dans tout le classement, cela incite à la prudence", dit Jean-Christophe Renauld.

Le vice-recteur de l’UCL pointe aussi le "problème" du critère basé sur le ratio professeur/étudiant, qui tire systématiquement vers le bas du classement les universités belges, en raison du système de financement. "L’accès à l’université n’est pas limité chez nous, contrairement aux autres pays. Et c’est très bien comme cela. Mais on se retrouve avec un nombre d’étudiants par professeur élevé, parce qu’on ne peut pas se permettre d’avoir des classes de 10 élèves. Et on n’est donc pas compétitifs".  Son collègue de l’ULB en rajoute une couche, en pointant que ce ratio n’est pas synonyme de qualité d’enseignement. "On peut très bien avoir un prof excellent devant un auditoire de 200 élèves, et un autre qui sera incapable de faire passer son message devant une classe de trois étudiants. Mais cela, le ranking ne le mesure pas…"

 "On peut très bien avoir un prof excellent devant un auditoire de 200 élèves, et un autre qui sera incapable de faire passer son message devant une classe de trois étudiants. Mais cela, le ranking ne le mesure pas…"
Kim Oosterlinck
Vice-recteur à l'ULB

Manipulation des données, manque de fiabilité, politique institutionnelle de certaines universités clairement orientée sur les rankings (on y incite les chercheurs à ne publier que dans les revues prises en compte pour les classements), tous ces facteurs font dire aux responsables des universités belges que les classements doivent être fortement relativisés. "Pour moi, ce n’est pas sérieux, je n’y crois pas, conclut Kim Oosterlinck. 

Et finalement, ces classements, qui les regarde? D’après les différents responsables, ils n’ont surtout d’importance que pour les étudiants étrangers. "Dans certains pays, les étudiants n’obtiennent une bourse que s’ils vont dans une université classée dans le top 200", explique Jean-Christophe Renauld, qui incite malgré tout à la nuance. "Pour les étudiants belges qui veulent travailler à l’international par contre, la réputation qu’à l’université peut aussi avoir un impact, il ne faut quand même pas négliger cela…"

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés