Quand le privé mise sur l'avenir des jeunes des quartiers

©Photo News

L’ASBL Tada propose des formations sur 3 ans pour aider 650 enfants défavorisés de Bruxelles à inventer leur propre avenir professionnel. Un projet rendu possible grâce au mécénat de plusieurs grandes entreprises.

Le samedi, dans trois écoles de Molenbeek, Anderlecht et Saint-Josse-Ten-Noode, on joue au journaliste, au chirurgien ou à l’avocat plutôt qu’au ballon, à la marelle ou à Pokémon Go. Grâce à L’ASBL Tada (ToekomstATELIERdelAvenir pour la formule complète), des professionnels de métiers en tout genre viennent bénévolement y donner des cycles d’ateliers aux enfants moins privilégiés de ces quartiers où se concentrent les populations les plus pauvres de la capitale.

"C’est ce que j’appelle de la philanthropie moderne."
Jacques de Vaucleroy
Ancien dg d’axa Europe et membre du CA de TADA

Ces enfants, ils ont entre 10 et 14 ans, viennent dans 99% des cas de familles ayant un passé migratoire et on fait le choix de s’engager chaque week-end pendant 3 années scolaires pour découvrir des métiers voire, qui sait, se trouver une vocation. Oubliez ici les formats scolaires et la "journée des métiers" que vous avez peut-être connue à l’école. Les maîtres mots à Tada sont l’interactivité, la participation et l’apprentissage en situation, sans oublier une certaine dimension ludique. Ici, on simule une plaidoirie en véritable toge, on réalise un JT factice et on se prend au jeu dans l’hémicycle du Parlement bruxellois.

Le concept vient tout droit des Pays-Bas voisins, où il fait un véritable tabac et s’est répandu dans tout le pays. "Une chose dont la fondatrice s’est rendu compte dans ses travaux de recherche sur l’intégration dans les ghettos néerlandais à l’université d’Amsterdam, c’est que la problématique arrive vers 9-10 ans. Si à cet âge-là on perd la motivation, l’envie d’apprendre, les perspectives d’avenir, ça devient difficile", explique Sofie Foets, directrice de Tada, qui a importé l’idée à Bruxelles il y a 5 ans.

Croissance éclair

Le décollage fut immédiat. Lors de son année de lancement, à la rentrée 2012-2013, l’ASBL tournait avec 60.000 euros l’année pour assurer l’encadrement de 45 enfants. Cinq ans plus tard, 650 enfants s’apprêtent à prendre le chemin de Tada dans les prochaines semaines, ce qui représente 700.000 euros de frais opérationnels. Objectif 2020? Le million, pour pouvoir encadrer 1.000 enfants annuellement, rien que ça.

Cette croissance éclair témoigne d’une réalité économique un peu particulière. En effet, outre sa manière novatrice d’envisager l’enseignement extrascolaire, Tada se distingue aussi par son modèle de financement. Hormis le prêt des locaux par les trois communes concernées, l’ASBL tourne en effet exclusivement grâce à l’appui de soutiens privés. Et pas n’importe lesquels. Dans la liste des partenaires financiers structurels de Tada (qui s’engagent à financer les formations sur des cycles de 3 ans), on ne retrouve rien de moins que des multinationales comme CVC Capital Partners, EY, Total ou encore Axa, auxquelles il faut encore ajouter l’appui d’importants mécènes, dont la Fondation Bernheim.

Vitrine de choix

Comment expliquer cet engouement des entreprises pour le projet? Les pistes sont multiples. "De plus en plus, les entreprises ont besoin d’une CSR (NDLR, Corportate Social Responsabilty, soit en langage corporate la politique de responsabilité sociétale d’une entreprise) que les employés peuvent toucher", explique Sofie Foets, qui sévissait dans une autre vie comme "policy advisor" au Parlement européen pour tout ce qui touchait aux questions d’enseignement. "Notamment parce que lors des recrutements, les nouvelles générations demandent visiblement de plus en plus ce que fait l’entreprise pour la société à part faire du profit."

Jacques de Vaucleroy, qui était encore il y a deux ans DG d’Axa Europe, explique comment il a amené l’entreprise à attribuer une large partie de son budget "corporate responsabibility" à Tada. "La question de l’intégration des familles immigrées dans la société est primordiale", soutient-il. Mais le modèle très entrepreneurial et rationnel de l’ASBL, revendiqué par sa directrice, a aussi joué dans l’engagement d’Axa. "C’est ce que j’appelle de la philanthropie moderne", assure-t-il. Aujourd’hui, ce dernier a volé vers d’autres cieux (Fidelity International) et a rejoint le conseil d’administration de Tada, tandis que le bancassureur est resté l’un des partenaires de premier plan de l’ASBL. "Outre l’investissement financier, Axa prend à sa charge le cycle de formation sur la finance et héberge l’ASBL dans ses locaux." En effet, elle a installé ses quartiers au 1er étage du siège flambant neuf du boulevard du Régent. Une vitrine de choix pour Tada mais aussi pour son hôte, c’est certain.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés